Quel avenir pour l'ONU?

 

Réforme de l'ONU

 

Mise à jour :  5 décembre 2015

 

Remonter ] Contributions au débat ] Multilateralisme ] Missions de paix ] ONU et nucléaire ] Cour pénale ] Documentation  ONU ] droits humains ] Onu et terrorisme ]

 


Syrie : agir dans légalement avec l'ONU - contribution de Daniel Durand

Une contribution de Roland Weyl, avocat La Charte de l'ONU - questions en 2015
Une contribution de Daniel Durand 70 ans de la Charte de l'ONU - décembre 2015)

Les missions de paix en cours

Le Centre des nouvelles de l'ONU

 

 

4 novembre 1956 : FUNU 1 (Égypte, crise du canal de Suez, première opération de paix sur l'unitiative de l'ONU

4 novembre 2006 : 50ème anniversaire

KOFI ANNAN NOTE LE R Ô LE PIONNIER DE LA FUNU, PREMIÈRE OPÉRATION DE MAINTIEN DE LA PAIX CRÉÉE IL Y A CINQUANTE ANS

Le maintien de la paix est d’accompagner un processus de paix, pas de s’y substituer, affirme-t-il

On trouvera ci-après le texte intégral du message du Secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la création de la première opération de maintien de la paix des Nations Unies, les 4-5 novembre:

Il y aura 50 ans ce week-end qu’une session extraordinaire d’urgence de l’Assemblée générale a porté création de la première opération de maintien de la paix des Nations Unies.  Déployée avec le consentement de toutes les parties, la Force d’urgence des Nations Unies (FUNU) a été chargée d’obtenir et de superviser la cessation des hostilités, notamment le retrait des forces armées françaises, israéliennes et britanniques du territoire égyptien.  Elle s’est ensuite interposée entre les forces égyptiennes et israéliennes et a assuré la surveillance impartiale du cessez-le-feu.

Le Secrétaire général Dag Hammarskjöld et son équipe ont travaillé d’arrache-pied pour mettre en place cette mission sans précédent, le plus rapidement possible.  Les premières unités ont débarqué à Ismaïlia, sur le canal de Suez, 10 jours après la décision de l’Assemblée générale, pour amorcer la première opération de maintien de la paix placée sous le drapeau de l’ONU.  Dag Hammarskjöld a également négocié avec l’Égypte un accord sur le statut des forces, instituant un lien juridique entre la FUNU et le pays hôte et permettant ainsi à la Force de s’ériger en modèle utile pour les opérations futures.

La mission a été un succès extraordinaire.  À la fin de l’année, les forces françaises et britanniques avaient quitté la zone du canal de Suez et les forces israéliennes achevaient leur retrait trois mois plus tard.  La communauté internationale leur a apporté un soutien ferme, et les pays fournisseurs de contingents ont donné corps à leurs paroles en agissant rapidement et de manière efficace.  La première opération de maintien de la paix de l’ONU faisant appel à des forces armées était née.

Soixante missions plus tard, les opérations de maintien de la paix des Nations Unies sont devenues une arme indispensable dans l’arsenal de la communauté internationale.  Elles sont une réponse légitime et impartiale aux conflits; une occasion de partager les obligations; une façon efficace d’agir concrètement; et une passerelle vers la stabilité et la paix et le développement à long terme.  Mais le maintien de la paix ne sera jamais la solution à chaque situation.  Il doit accompagner un processus de paix et ne saurait s’y substituer.  Pour donner vigueur à une paix fragile, il faut des mesures globales permettant d’instaurer une réforme du secteur de la sécurité, et d’assurer le désarmement, la démobilisation et la réinsertion.

Aujourd’hui, 50 ans après avoir lancé sa première mission de maintien de la paix, l’ONU est confrontée à un nouveau défi colossal: avec 18 opérations en cours, et des effectifs sur le terrain s’élevant à 93 000 personnes –un record historique– et qui pourraient atteindre 140 000 en 2007, l’effort de maintien de la paix de l’ONU est mis à rude épreuve.  Et pourtant, nous relevons ce défi avec un optimisme avisé.  Il suffit de penser au déploiement rapide de milliers d’hommes, venus des pays développés aussi bien qu’en développement, venus renforcer la Force intérimaire des Nations Unies au Liban qui a été élargie et revitalisée.  Cet exemple montre, comme auparavant celui de la FUNU, que tout est possible tant que le maintien de la paix bénéficie d’un appui politique et matériel et de la volonté de la communauté internationale, tels qu’exprimés par l’intermédiaire des organes principaux de l’Organisation.  La tâche qui nous attend est difficile, mais nous l’accomplirons.  Nous le ferons dans l’intérêt de la paix et de la sécurité internationales, et dans l’intérêt des populations vulnérables pour lesquelles, partout dans le monde, les Casques bleus sont le meilleur espoir.

 

 

 

Inauguration de la Commission de consolidation de la paix

23 juin 2006 – Après le Conseil des droits de l'homme à Genève, l'ONU marque une nouvelle étape majeure de sa réforme institutionnelle avec l'inauguration de la Commission de consolidation de la paix, organe intergouvernemental chargé d'aider les pays sortant d'un conflit armé, aujourd'hui à New York en présence du Secrétaire général.

« Le nombre des conflits a certes baissé, grâce notamment à la contribution de l'ONU, mais le monde a vu un nombre inacceptable d'accords de paix se désintégrer dans les cinq ans qui sont suivi la guerre civile », a affirmé Kofi Annan dans un discours prononcé aujourd'hui, à l'ouverture de la première réunion de la Commission.

« Comme on vient de le voir au Timor-Leste, un retrait trop rapide peut aboutir à un revers et rendre nécessaire un redéploiement coûteux, en particulier pour la population civile », a-t-il ajouté.

« La consolidation de la paix exige, a-t-il estimé, l'augmentation des ressources, l'amélioration de la coordination des stratégies, mais d'abord et avant tout, leur appropriation par les premiers concernés, gouvernement et population nationaux ».

« Elle exige aussi la mise en place d'institutions publiques efficaces, dans un cadre constitutionnel et d'état de droit », a-t-il ajouté.

Le Secrétaire général a salué la naissance de cette nouvelle Commission aux côtés des présidents de l'Assemblée générale, du Conseil de sécurité et du Conseil économique et social (ECOSOC).

« C'est un jour important pour l'Organisation », a déclaré Kofi Annan, lors d'une rencontre avec la presse, à l'issue de la réunion.

Créée, le 20 décembre 2005, simultanément par l'Assemblée générale et le Conseil de sécurité, la Commission de consolidation de la paix est habilitée à donner un avis à ces deux instances mais aussi au Secrétaire général et aux pays sur le point de sombrer dans un conflit, rappelle un communiqué de l'ONU.

La création d'une telle Commission avait été décidée au sommet mondial de septembre. Dans son document final, les Etats Membres avaient décidé d'instituer « une Commission de consolidation de la paix en tant qu'organe intergouvernemental consultatif ».

Outre les membres de son Comité d'organisation, elle comprend, pour les réunions consacrées à tel ou tel pays, des représentants du pays concerné, des pays de la région et de ceux qui participent au relèvement et qui fournissent des ressources importantes et un nombre élevé de militaires et de membres de la police civile.

Elle accueillera aussi des représentants des institutions financières régionales et internationales dont les institutions de Bretton Woods.

La Commission a élu aujourd'hui son premier président, Ismaël Abraao Gaspar Martins, ressortissant de l'Angola, un pays qui sort d'un long conflit. « Rien ne pourra réellement être accompli sans un financement soutenu et prévisible », a-t-il prévenu.

« Les institutions financières internationales seront des acteurs clefs et centraux des efforts de la Commission », a dit en écho Jan Eliasson, président de l'Assemblée générale.

La Commission a inscrit à son ordre du jour le Burundi et la Guinée-Bissau, deux pays qui continuent de faire face à de grands défis politiques et économiques, des années après la fin d'une guerre civile.

 

 

31 mai : Journée internationale des Casques bleus

pour en savoir plus

 

 

  

Le rapport "Investir dans l'Organisation des Nations Unies pour lui donner les moyens de sa vocation mondiale (mars 2006)

 

 

 

New York, le 20 décembre 2005 (source : centre de Nouvelles ONU) : Le Conseil de sécurité et l'Assemblée créent la Commission de consolidation de la paix, nouvel organe de l'ONU

Suite aux réformes décidées par les Etats Membres lors du sommet mondial, le Conseil de sécurité et l'Assemblée générale ont adopté aujourd'hui une résolution décidant de créer une « Commission de consolidation de la paix », chargée d'aider les pays sortant d'un conflit à gérer leur transition et composée de 31 membres élus pour deux ans renouvelables.
(...) [Cette] nouvelle Commission est un organe subsidiaire à la fois de l'Assemblée générale et du Conseil de sécurité, le premier organe de ce type aux Nations Unies.

Selon le texte, les principales fonctions de la Commission seront de « réunir tous les intéressés afin qu'ils mobilisent des ressources » et de « proposer des stratégies intégrées aux fins de la consolidation de la paix et du relèvement après les conflits et donner des avis en la matière ».
Il s'agira aussi d'« appeler l'attention sur les efforts de reconstruction et de renforcement des institutions nécessaires au relèvement au lendemain d'un conflit » et de « favoriser l'élaboration de stratégies intégrées afin de jeter les bases d'un développement durable ». Il s'agira enfin de « faire des recommandations », étant précisé que la Commission prendra toutes ses décisions par consensus.

(...) La création d'une Commission de consolidation de la paix, « en tant qu'organe intergouvernemental consultatif », était l'une des recommandations formulées par le Secrétaire général, dans son rapport sur la réforme des Nations Unies, intitulé « Dans une plus grande liberté » et publié le 21 mars dernier. Premier résultat concret des réformes décidées par les Etats Membres au sommet mondial, l'Assemblée générale avait adopté, le 15 décembre dernier, une résolution créant un nouveau Fonds central d'urgence humanitaire qui permettrait, pour la première fois, d'intervenir immédiatement en cas de catastrophe, sans attendre les dons des pays donateurs (voir dépêches du 15 décembre 2005).

- New York, le 20 décembre 2005 (source : centre de Nouvelles ONU) : La création d'une Commission de consolidation de la paix, un événement historique, selon le Secrétaire général

(...) Prenant la parole à l'Assemblée générale, après l'adoption par le Conseil de sécurité et l'Assemblée d'une résolution créant une « Commission de consolidation de la paix », le Secrétaire général a déclaré que l'action des Nations Unies dans le domaine de la consolidation de la paix avait évolué au cours des dernières années alors même que la complexité et les défis posés au sortir des conflits avaient augmenté.

A cet égard, Kofi Annan a rappelé que dans les cas du Timor-Leste et du Kosovo, les Nations Unies avaient assumé des responsabilités en lieu et place des gouvernements. « Nous avons travaillé pour lier davantage les notions de développement et de consolidation de la paix », a-t-il affirmé, assurant que l'Organisation avait tiré des enseignements de ces expériences et des erreurs commises. « Cependant, a-t-il ajouté, il nous manquait un cadre institutionnel pour réunir au sein d'une même structure les agents chargés du maintien de la paix et ceux impliqués dans la phase de redressement ». « La création de cette Commission est une mesure historique mais elle ne constitue qu'un début, elle n'est pas une fin en soi », a-t-il fait observer.

Le Secrétaire général a aussi indiqué qu'un Bureau d'appui serait créé, au sein du Département des affaires politiques, afin de soutenir les efforts de la Commission. (...)

 

 

Sommet de l'ONU : document final

 15 septembre 2005 

_________________________

Prévention des conflits : le Conseil de sécurité reconnaît le rôle de la société civile

20 septembre 2005 A l'issue d'une séance publique sur la prévention et le règlement des conflits, le Conseil de sécurité a adopté aujourd'hui une Déclaration présidentielle qui reconnaît le rôle de la société civile. La réunion a été l'occasion d'apporter un soutien à la Commission de consolidation de la paix dont la création a été approuvée lors du sommet mondial.

Dans sa déclaration, le Conseil souligne que la responsabilité de la prévention des conflits incombait en tout premier lieu aux gouvernements nationaux et que l'ONU et la communauté internationale peuvent jouer un rôle important en soutenant l'action nationale de prévention des conflits et participer au renforcement des capacités nationales dans ce domaine, tout en reconnaissant l'importance du rôle d'appui de la société civile.

« Une société civile dynamique et diverse peut jouer un rôle dans la prévention des conflits ainsi que dans le règlement pacifique des différends », notamment en ce qu'elle peut « modeler l'opinion publique et faciliter la réconciliation de communautés en conflit », note le Conseil de sécurité.

La réunion publique, c'est-à-dire ouverte à d'autres pays ou organisations que les membres du Conseil de sécurité, a été l'occasion de rappeler le rôle que pourra jouer la société civile auprès de la future Commission de consolidation de la paix, une des propositions du Secrétaire général dans son rapport intitulé « Dans une liberté plus grande», adoptée par les Etats Membres dans leur déclaration finale du sommet mondial.

« Le principal objectif de la Commission de consolidation de la paix est de rassembler tous les acteurs pertinents, de mobiliser les ressources et de conseiller et d'apporter des propositions sur des stratégies intégrées pour la reconstruction et le relèvement après les conflits », indique le document final, qui entre dans les détails de sa composition et de son fonctionnement, et qui prévoit qu'elle devrait entrer en fonctions au plus tard le 31 décembre 2005.

Kofi Annan proposait la création d'une Commission de consolidation de la paix, « en tant qu'organe intergouvernemental consultatif », afin de répondre aux besoins spécifiques des pays émergeant d'un conflit.

« Les organisations de la société civile peuvent toucher les communautés qui pourraient être hors de portée pour les gouvernements et les Nations Unies. Elles peuvent également compléter le travail des Nations Unies, en offrant une analyse de la situation sur le terrain, en forgeant des partenariats pour l'application des décisions de l'ONU, en assurant la durabilité des opérations de l'ONU et en créant des réseaux de plaidoyer en faveur de la consolidation de la paix. Pour toutes ces raisons, la société civile aura un rôle à jouer dans les délibérations de la future Commission de consolidation de la paix », a déclaré le Sous Secrétaire général aux affaires politiques de l'ONU, Tuliameni Kalomoh.

L'élaboration de la Commission a également été soutenue par les représentants de la société civile présents, dont Paul Van Tongeren, directeur du Centre européen pour la prévention des conflits, et Vasu Gounden, directeur du Centre africain pour le règlement constructif des différends (ACCORD).

La ministre des Affaires étrangères de la Suisse, Micheline Calmy-Rey, a rappelé pour sa part qu'elle soutenait des initiatives concrètes de promotion civile de la paix, telles que l'Initiative de Genève, née des sociétés civiles de Palestine et d'Israël.

Le Vice Ministre des affaires étrangères de la République-Unie de Tanzanie, Abdulkader Shareef, dont le pays siège en ce moment au Conseil de sécurité, a souligné toutefois « qu'il ne fallait pas hésiter à prendre des mesures de prévention contres les segments de la société civile qui se livrent à des campagnes de propagande et attisent les conflits, comme cela a été le cas au Rwanda avec la Radio Mille Collines, responsable d'avoir répandu l'idéologie du génocide, ou aujourd'hui en Côte d'Ivoire avec les médias de la haine ».

« On ne peut ignorer, a déclaré le représentant de la France Nicolas de Rivière, que la société civile peut elle aussi connaître des dérives ». « L'acteur non gouvernemental est parfois le masque d'États peu scrupuleux ou le vecteur d'actes criminels. Dans quelques cas, de véritables mafias sont le fait de la société civile. Il faut donc être vigilant ».

« Mais aucune paix juste et durable ne peut s'établir par la seule entremise de l'État », a-t-il déclaré.

 

 

 

 

Le Rapport de Kofi Anan pour la réforme de l'ONU : "Dans une liberté plus grande : Développement, sécurité et respect des droits de l'homme pour tous" - 21 mars 2005

10 sujets dont le monde n'entend pas assez parler

Lien vers le site de l'ONU relatif à sa réforme

 

 

 

 

 

21/09/2004

Communiqué de presse
SG/SM/9491
GA/10258

KOFI ANNAN INSISTE SUR L’IMPORTANCE DU RESPECT DE L’ÉTAT DE DROIT

DANS LES RELATIONS INTERNATIONALES

Il définit les résolutions du Conseil de sécurité comme la meilleure

base de règlement des conflits qui se prolongent partout dans le monde

On trouvera ci-après le texte du message délivré par le Secrétaire général, Kofi Annan, dans le cadre de la présentation devant l’Assemblée générale de son rapport annuel sur l’activité des Nations Unies :

Je suis heureux de voir tant de pays représentés ici à un niveau si élevé.  C’est, je le sais, parce que vous comprenez qu’en ces temps difficiles, l’Organisation des Nations Unies est –comme vous l’avez dit il y a quatre ans dans la Déclaration du Millénaire– « le lieu de rencontre indispensable de l’humanité tout entière ».

Aujourd’hui, plus que jamais, le monde a besoin d’un mécanisme efficace pour la recherche des solutions communes aux problèmes communs.  C’est précisément dans ce but que l’ONU a été créée.  N’allons pas croire que, si nous n’en faisons pas bon usage, nous trouverons nécessairement un autre instrument plus efficace.

L’année prochaine, à la même époque, vous vous réunirez pour faire le bilan de l’application de la Déclaration du Millénaire.  J’espère qu’à ce moment-là, vous serez prêts à prendre ensemble des décisions énergiques sur tout l’éventail de questions abordées dans la Déclaration, à l’aide du rapport du Groupe de personnalités de haut niveau sur les menaces, les défis et le changement, qui paraîtra avant la fin de l’année.

Comme je l’ai dit il y a un an, nous sommes à la croisée des chemins.  Si vous, les dirigeants politiques des nations du monde, ne pouvez vous mettre d’accord sur la voie à suivre, l’histoire décidera pour vous, ce qui ne servira pas nécessairement les intérêts des peuples de vos pays.

Je n’essayerai pas aujourd’hui de préjuger ces décisions, mais bien de vous rappeler le cadre dans lequel elles devront absolument s’inscrire: la légalité, dans chaque pays et à l’échelle mondiale.

L’idée d’un « gouvernement des lois et non des hommes » est presque aussi vieille que la civilisation elle-même.  Non loin de cette tribune, dans un des couloirs du bâtiment, se trouve une reproduction du code de lois promulgué par Hammourabi il y a plus de trois mille ans, dans un pays qui s’appelle à présent l’Iraq.

Dans l’ensemble, le code d’Hammourabi nous paraît aujourd’hui incroyablement sévère.  Mais gravés dans les tablettes figurent les principes de justice reconnus –à défaut d’être appliqués– par presque toutes les sociétés humaines qui se sont succédées depuis :

Protection juridique pour les pauvres;

Restrictions imposées aux plus forts pour les empêcher d’opprimer les plus faibles;

Lois promulguées publiquement et connues de tous.

Ce code a marqué une étape importante dans les efforts de l’humanité pour établir un ordre régi non par la loi du plus fort mais par la force de la loi.  Bien des nations représentées ici peuvent fièrement citer des textes fondateurs qui donnent corps à cette notion.  Et c’est aussi sur ce principe que repose l’Organisation des Nations Unies, votre Organisation.

Pourtant, aujourd’hui, l’état de droit est en péril aux quatre coins du monde.  Jour après jour, les lois les plus fondamentales –celles qui exigent le respect des innocents, des civils, des plus vulnérables, en particulier les enfants– sont impudemment foulées aux pieds.

Je ne citerai que quelques exemples flagrants tirés de l’actualité.

En Iraq, des civils sont massacrés de sang froid, tandis que des agents humanitaires, des journalistes et d’autres non-combattants sont pris en otage et mis à mort de la façon la plus barbare.  Par ailleurs, des prisonniers iraquiens on été honteusement maltraités.

Au Darfour, des populations entières sont déplacées, leurs habitations sont détruites et le viol est une stratégie délibérée.

Dans le nord de l’Ouganda, des enfants sont mutilés et forcés de prendre part à des actes d’une cruauté indicible.

À Beslan, des enfants ont été pris en otage et sauvagement massacrés.

En Israël, des civils, y compris des enfants, délibérément pris pour cibles par des Palestiniens, sont victimes d’attentats-suicide.  En Palestine, des maisons sont détruites, des terres sont confisquées et des civils sont blessés ou tués parce qu’Israël fait un usage excessif de la force.

Et, partout dans le monde, des gens sont préparés, par la propagande anti-juive, anti-musulmane, anti-quiconque fait partie d’un groupe différent, à commettre d’autres actes du même genre.

Ces actes sont absolument injustifiables; il n’est pas une cause, pas une revendication, aussi légitime soit-elle, qui puisse les légitimer.  Ils nous déshonorent tous, car leur fréquence signale notre incapacité collective à faire appliquer la loi et à inspirer le respect du droit aux hommes et aux femmes du monde.  Nous avons tous le devoir de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour cultiver ce respect du droit.

Nous devons pour cela partir du principe que nul n’est au-dessus des lois, et que nul ne doit non plus être privé de leur protection.  Les gouvernements qui proclament la primauté du droit chez eux doivent respecter la légalité en dehors de chez eux; ceux qui insistent pour que le droit prime en dehors de chez eux doivent en assurer la prééminence dans leur pays.

Le respect de la légalité est, à n’en pas douter, un principe qu’il faut d’abord appliquer chez soi.  Or, dans bien des endroits, il demeure un vain mot. La haine, la corruption, la violence et l’exclusion ont libre cours. Les plus vulnérables n’ont aucun recours réel, et les plus puissants manipulent la loi pour garder le pouvoir et s’enrichir toujours plus.  Il arrive même que la lutte contre le terrorisme, parfaitement justifiée, soit prétexte à des atteintes aux libertés du citoyen qui elles ne se justifient en rien.

Au niveau international, tous les États, les forts et les faibles, les grands et les petits, doivent disposer d’un ensemble de règles équitables et savoir que les autres s’y plieront.  Heureusement, cet ensemble de règles existe.  Du commerce au terrorisme, du droit de la mer aux armes de destruction massive, les États se sont dotés d’une impressionnante collection de normes et de lois.

Mais malheureusement, cet ensemble présente beaucoup de lacunes et de points faibles.  Trop souvent, il est appliqué de façon sélective et arbitraire.  Et il n’a pas le pouvoir qui fait d’un assortiment de lois un système juridique efficace.

Là où existe un pouvoir coercitif, comme au Conseil de sécurité, beaucoup estiment qu’il n’est pas toujours utilisé de façon juste ou efficace.  Et là où le principe de la légalité est invoqué le plus solennellement, comme à la Commission des droits de l’homme, ceux qui l’invoquent ne prêchent pas toujours par l’exemple

Ceux qui prétendent conférer la légitimité doivent eux-mêmes l’incarner; ceux qui invoquent le droit international doivent eux-mêmes s’y soumettre.

Au niveau national, la loi ne sera respectée que si chacun a l’impression d’avoir son mot à dire dans son élaboration et son application, et il en va de même dans notre communauté mondiale.  Aucune nation ne doit se sentir exclue.  Chacun doit considérer le droit international comme sien et avoir le sentiment qu’il protège ses intérêts légitimes.

La légalité théorique ne suffit pas.  Les lois doivent être mises en pratique et imprégner tous les aspects de notre vie.

C’est en renforçant et en appliquant les traités de désarmement, y compris leurs dispositions relatives aux régimes de vérification, que nous nous prémunirons le mieux contre la prolifération –et le risque d’utilisation– des armes de destruction massive.

C’est en appliquant la loi que nous priverons les terroristes de ressources financières et de refuge, ce que nous devons absolument faire pour vaincre le terrorisme.

C’est en rétablissant l’état de droit et en persuadant chacun que la loi sera appliquée de façon impartiale que nous pourrons espérer ramener à la vie les sociétés anéanties par des conflits.

C’est le droit, notamment en la forme des résolutions du Conseil de sécurité, qui offre la meilleure base de règlement des conflits qui se prolongent, au Moyen-Orient, en Iraq, et partout dans le monde.

Et c’est en respectant rigoureusement le droit international que nous pourrons, comme nous en avons la responsabilité, protéger les civils innocents menacés par des génocides, des autres crimes contre l’humanité et des crimes de guerre.  Comme je l’ai dit devant cette Assemblée il y a cinq ans, l’histoire nous jugera sévèrement si nous renonçons à nous acquitter de cette tâche ou si nous pensons pouvoir en être dispensés pour des raisons de souveraineté nationale.

Le Conseil de sécurité vient de me demander de nommer une commission internationale chargée d’enquêter sur les violations des droits de l’homme signalées au Darfour et de déterminer si des actes de génocide ont été commis.  Je le ferai dans les meilleurs délais.  Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il y ait un répit, que nous puissions laisser les événements suivre leur cours dans cette région dévastée.  Il se passe des choses au Darfour qui, quelle que soit leur définition juridique, ne peuvent que choquer la conscience humaine.

L’Union africaine a dignement décidé de prendre en main le déploiement d’observateurs et d’une force de protection au Darfour, ainsi que la recherche d’un règlement politique, qui seul pourra déboucher sur une sécurité durable.  Mais nous connaissons tous les limites actuelles de cette jeune Union, et nous devons lui apporter tout l’appui possible.  Que personne n’aille penser que le Darfour est l’affaire des Africains et des Africains uniquement. Les victimes sont des êtres humains, dont les droits fondamentaux doivent être sacrés pour nous tous.  Nous avons tous le devoir de tout faire pour les secourir, et de le faire immédiatement.

Le mois dernier, j’ai promis au Conseil de sécurité que, jusqu’à la fin de mon mandat, je donnerais la priorité aux activités que mène l’ONU pour promouvoir l’état de droit et la justice dans les sociétés en situation de conflit ou d’après conflit.

Dans le même ordre d’idées, je vous engage vivement à redoubler d’efforts pour faire respecter la légalité chez vous et ailleurs.  Je demande à chacun d’entre vous de tirer parti des dispositions que nous avons prises pour vous permettre de signer les traités sur la protection des civils –traités que vous avez vous-mêmes négociés–, puis, une fois rentrés chez vous, d’en appliquer de bonne foi toutes les dispositions.  Et je vous implore d’accorder tout votre soutien aux mesures que je vous soumettrai, à cette session, en vue d’améliorer la sécurité du personnel des Nations Unies.  Vous conviendrez, je crois, que ces non-combattants, qui prennent volontairement de grands risques pour venir en aide à d’autres êtres humains, méritent non seulement votre respect, mais aussi votre protection.

Partout dans le monde, les victimes de la violence et de l’injustice attendent.  Elles attendent que vous teniez votre parole.  Quand l’inaction se dissimule derrière des mots, elles s’en rendent compte.  Quand les lois qui devraient les protéger ne sont pas appliquées, elles s’en rendent compte aussi.

Je crois sincèrement que nous pouvons rétablir et faire régner l’état de droit partout dans le monde. Mais en fin de compte, cela dépendra de l’emprise que le droit a sur notre conscience.  L’Organisation des Nations Unies a été bâtie sur les cendres d’une guerre qui avait infligé d’indicibles souffrances à l’humanité. Aujourd’hui, nous devons à nouveau examiner notre conscience collective et nous demander si nous faisons tout ce que nous pouvons.

Chaque génération doit poursuivre les efforts inlassables qu’a déployés la précédente afin de renforcer l’état de droit pour tous, seul moyen de garantir la liberté de tous.

Nous devons veiller à ce la nôtre fasse sa part.

Je vous remercie.