Spécial DARFOUR

Dans cette page mise à jour le 5 mars 2009

« Aucun pays n'est assez éloigné pour ne jamais être touché par un petit groupe de personnes à l'autre bout du monde », David Hamburg, président du Comité consultatif sur la prévention des génocides.

Carte générale du Soudan

Dépêches et actualité

4 mars 2009

Le mandat d’arrêt contre Omar el-Béchir provoque des remous
par  RFI

La Cour pénale internationale (CPI) a franchi ce mercredi un pas de plus dans ses poursuites contre le président soudanais Omar el-Béchir. Le procureur Luis Moreno-Ocampo affirme avoir « de lourdes preuves » contre lui. La CPI a émis un mandat d'arrêt contre le président soudanais estimant avoir des motifs raisonnables de croire que le président soudanais a commis des « meurtres, exterminations, tortures, transferts forcés, viols, attaques contre des civils et pillages » au Darfour. La décision a provoqué de très nombreuses réactions. Le Soudan l'a immédiatement rejetée. D'ailleurs le président soudanais participera fin mars au sommet arabe de Doha.

Omar el-Béchir, le président soudanais, fait depuis mercredi l'objet d'un mandat d'arrêt de la CPI pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre au Darfour. La procédure a été engagée il y a huit mois pour aboutir ce mercredi. Il était un peu plus de 14 heures (13H00 T.U.) quand Laurence Blairon, la porte-parole de la CPI, s'est exprimée depuis La Haye, aux Pays-Bas, où se trouve le siège de la Cour pénale internationale.
Laurence Blairon
Porte-parole de la Cour pénale internationale
« Le mandat d’arrêt est effectif immédiatement. En ce qui concerne le Conseil de sécurité, c’est une question qui doit être réglée par le Conseil de sécurité lui-même ».

Sept chefs d'accusation ont été retenus par la CPI contre Omar el-Béchir : meurtres, exterminations, transferts forcés de population, tortures, viols, pillages, attaques contre des civils ; des crimes commis depuis 2003 au Darfour par le gouvernement soudanais dans sa campagne contre les rebelles du Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) et du Mouvement de libération du Soudan (SLM), entre autres. En tant que président et commandant en chef de l'armée, Omar el-Béchir est accusé d'avoir organisé et mis en œuvre cette campagne anti-insurrectionnelle dans cette région de l’ouest du Soudan.
Pour les juges de la CPI, il y a donc des raisons de penser que le président soudanais est indirectement auteur ou co-auteur de ces crimes de guerre et crimes contre l'humanité. En ce sens, les juges donnent raison au procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, qui enquête depuis trois ans sur cette guerre qui a fait plus de 300 000 morts et près de 3 millions de déplacés. C'est ce procureur qui, il y a huit mois, a réclamé un mandat d'arrêt contre Omar el-Béchir.
En revanche, les juges n'ont pas retenu l'accusation de génocide, qu'avait aussi réclamé le procureur. La Chambre reconnaît que les ethnies Four, Massalite et Zagawa ont été les principales cibles de l'armée soudanaise et des janjawids, les milices arabes. Mais, pour l'instant, la CPI dit manquer de preuves selon lesquelles il y aurait eu une  « intention génocidaire », c'est-à-dire une intention spécifique du régime soudanais de détruire en partie ou en totalité ces trois ethnies du Darfour. La CPI appelle, en tout cas, le Soudan lui même, tous les pays qui ont ratifié les statuts de cette cour internationale, et tous les pays membres des Nations unies, à arrêter le président soudanais. La CPI rappelle que personne, pas même un chef d'Etat, ne bénéficie d'une immunité devant sa juridiction.
En début d'après-midi de mercredi, le procureur de la CPI, l'Argentin Luis Moreno-Ocampo a expliqué que « le gouvernement soudanais est obligé, par le droit international, d'exécuter le mandat d'arrêt sur son territoire » et il laisse entendre que la Cour n'a pas dit son dernier mot en ce qui concerne les accusations  de génocide.  

Luis Moreno-Ocampo
Procureur de la Cour pénale internationale
« En ce qui concerne le chef d’accusation de génocide, nous allons passer en revue attentivement les arguments de la décision ».

Réactions à Khartoum
Dès l’annonce de ce mandat d’arrêt international lancé contre le président Béchir, il y a eu des centaines, puis des milliers de manifestants qui sont venus le soutenir. Certains arboraient des portraits du président, qu’ils montraient comme martyr. D’autres ont choisi de mettre en avant le « diable », mais un diable aux traits du président de la CPI, Luis Moreno-Ocampo.
Alors toute la fin d’après-midi, toujours à Khartoum, des politiques aussi ont défilé sur le toit de l’immeuble du conseil des ministres. Plusieurs d’entre eux sont venus défendre le président soudanais, en jugeant la décision de la Cour pénale internationale « inique ». Parmi eux, il y avait aussi Nafi Ali Nafie, l’éminence grise du régime, qui est venu fustiger les Américains et Israël, responsables selon lui, de cette « propagande anti-soudanaise ». De leur côté, les organisations humanitaires et les Nations unies, avaient décidé d’arrêter leurs activités deux heures avant la décision.


Moustapha Ousmane Ismaël
Conseiller du président Omar el-Béchir
« Nous ne sommes pas signataires du traité de la CPI, nous ne sommes donc pas concernés par les décisions de ce tribunal ! »


Cette réaction donne un petit peu le ton des positions de la classe politique soudanaise : plusieurs agences humanitaires ont été révoquées par le gouvernement de Khartoum, notamment Médecins sans frontières (MSF). Ce personnel international est invité à quitter le Soudan dans les vingt-quatre heures. Cette riposte risque donc d’être douloureuse pour les organisations non-gouvernementales et on s’attend, jeudi, à de grosses manifestations dans les rues de la capitale soudanaise.
 Du côté des victimes, on se réjouit bien évidemment de cette décision de la CPI d'inculper Omar el-Béchir. Les rebelles du Darfour considèrent cette inculpation comme une « victoire ». Khalil Ibrahim est le président du Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE) qui, il y a près d’un an, avait mené la bataille jusqu’aux portes de la capitale soudanaise, avant de battre en retraite.
Khalil Ibrahim
Chef du Mouvement pour la Justice et l'Egalité (MJE)
« Le MJE est prêt à collaborer pour faire arrêter Omar el-Béchir le plus rapidement possible afin de l’envoyer devant la Cour pénale internationale. C’est la fin d’Omar el-Béchir en tant que président du Soudan ! ».


Réactions négatives en Afrique
Ce n'est pas une surprise, la Libye dénonce une « décision illégale ». Du côté de l'Ethiopie, un ministre a affirmé que son pays ne tiendrait pas compte de ce mandat d'arrêt. L'Union africaine (UA) n'y était pas non plus favorable et se dit « préoccupée ».
Jean Ping
Président de la Commission de l'Union africaine
« La Commission a toujours souligné que la recherche de la justice devrait être poursuivie de manière à ne pas gêner ou mettre en péril la promotion de la paix ».

Autre réaction négative, celle du président du Sénégal, Abdoulaye Wade, qui s'inquiète de voir la Cour pénale internationale ne juger que des Africains.
Abdoulaye Wade
Président du Sénégal
« Le problème aujourd’hui est que beaucoup d’Africains ont l’impression que ce tribunal ne juge que les Africains ! »

La Russie craint que ce premier mandat d'arrêt contre un président en exercice soit un « dangereux précédent ». L'Egypte, allié traditionnel du Soudan, ancienne puissance coloniale, se dit « très troublée ». Le Caire appelle à une réunion en urgence du Conseil de sécurité pour trouver un moyen de retarder cette décision. La suspension du mandat d'arrêt est une idée également proposée par l'Ouganda.
En revanche, l’Union européenne ainsi que la Grande-Bretagne, le Canada et la France, entre autres Etats, ont appelé le gouvernement de Khartoum à coopérer avec la CPI.


Eric Chevallier
Porte-parole du Quai d'Orsay
« Nous demandons instamment au Soudan de coopérer pleinement avec la CPI. (...) Nous rappelons que la lutte contre l’impunité est indispensable dans la recherche de la paix au Darfour ».

Enfin, il y a les gouvernements qui craignent d’éventuelles représailles au Darfour ou plus largement au Soudan. Les Etats-Unis appellent toutes les parties soudanaises, dont le gouvernement, à la « retenue ». Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, demande au gouvernement soudanais d’assurer la sécurité des populations civiles sur son territoire.
A écouter également

« Au département d'Etat, on qualifie le mandat d'arrêt de "pas en avant" qui peut être utile et le ministère américain encourage tous les Etats à coopérer avec la Cour »
05/03/2009


Maître Sidiki Kaba, président de la FIDH
« C’est un moment historique pour tous ceux qui croient qu’il faut qu’il y ait une justice internationale pour les crimes de masse qui heurtent la conscience de tous ! »

Jacky Mamou, président du collectif Urgence Darfour
« C'est la confirmation qu'effectivement, au Darfour, des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre ont été commis à une grande échelle ».
04/03/2009
 

 

Le vendredi 11 juillet 2008

Crimes au Darfour : le procureur de la CPI va viser Omar el-Béchir lundi

Agence France-Presse - La Haye

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) Luis Moreno-Ocampo va mettre en cause lundi le président soudanais Omar el-Béchir pour des crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide commis au Darfour (ouest du Soudan), affirmaient vendredi plusieurs quotidiens.

Le quotidien français Le Monde écrit vendredi que M. Moreno-Ocampo «(avait) l'intention de demander, lundi 14 juillet, un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar Al-Bachir (...) selon nos informations recueillies auprès des Nations unies et de la CPI».

«Le procureur accuse notamment le dirigeant soudanais de +crime contre l'humanité+ et de +génocide+ au Darfour», précisait Le Monde, dont les informations ont également été rapportées par les journaux britannique The Guardian et américain The Washington Post.

«Ca aura lieu lundi», précise une source du Guardian.

«Le bureau du procureur refuse de donner des détails. Le procureur présentera cela devant le juge de la Cour lundi et ne donnera de détails à la presse qu'après», a indiqué sa porte-parole interrogée par l'AFP.

M. Moreno-Ocampo avait annoncé jeudi dans un communiqué qu'il présenterait lundi devant les juges de la CPI de nouvelles «preuves» de crimes commis ces cinq dernières années contre des civils au Darfour et «nommer(ait)» ceux qui en sont responsables selon lui.

Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme avaient demandé que ces nouvelles accusations concernent des personnalités de rang élevé dans la hiérarchie soudanaise.

Toujours selon Le Monde, «le département du maintien de la paix de l'ONU craint des mesures de rétorsion des forces soudanaises à l'encontre de la Minuad (la mission conjointe de l'ONU et de l'Union africaine au Darfour)». «Les hommes de la Minuad stockent notamment des vivres, de l'eau et du carburant (...) Les ambassades occidentales à Khartoum seraient aussi sur leurs gardes».

Selon le Washington Post, l'ambassadeur du Soudan à l'ONU Abdalmahmoud Abdalhalim Mohamad a estimé que cela «détruirait» le fragile processus de paix au Darfour car le procureur «joue avec le feu (...)».

Les juges de la CPI pourront, s'ils estiment que les preuves présentées par M. Moreno-Ocampo sont suffisantes, émettre d'ici quelques mois une citation à comparaître ou un mandat d'arrêt à l'encontre du président soudanais.

«Pour nous, c'est exactement pour cela que cette institution a été créée, à savoir la lutte conte l'impunité», s'est réjouie Géraldine Mattioli, de l'ONG de défense des droits de l'homme Human Rights Watch.

La CPI avait déjà émis deux mandats d'arrêt contre des Soudanais impliqués dans le conflit et soupçonnés de crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

M. Moreno-Ocampo demande en effet depuis avril 2007 l'arrestation d'Ahmed Haroun, ministre soudanais aux Affaires humanitaires, et Ali Kosheib, un chef de la milice pro-gouvernementale janjawid.

Mais Omar el-Béchir a toujours refusé de les remettre à la CPI.

Depuis 2003, les forces gouvernementales appuyées par les milices arabes janjawid luttent contre des mouvements rebelles du Darfour. Le conflit a fait plus de 300 000 morts et entraîné le déplacement de 2,2 millions de personnes, selon l'ONU. Khartoum parle de quelque 10 000 morts.

 

 

Soudan : Ban Ki-moon insiste sur la mise en oeuvre de l'Accord de paix global

24 avril 2008 – Dans son dernier rapport au Conseil de sécurité sur le Soudan, le Secrétaire général explique que l'ONU devrait centrer ses efforts sur l'appui à la mise en oeuvre de l'Accord de paix global, afin d'aider les parties à honorer l'engagement qu'elles ont pris de 'rendre attrayant le concept d'unité' et à créer les conditions requises pour l'organisation d'un référendum pacifique en 2011.

« La crise au Darfour a détourné l'attention de la feuille de route stratégique offerte par le processus de paix. Il est essentiel de continuer à centrer les efforts sur l'Accord pour assurer la stabilité du Soudan à long terme », affirme Ban Ki-moon- dans son rapport rendu public aujourd'hui et qui porte sur la période postérieure au 31 janvier.

Car s'il se félicite du partenariat entre le Parti du Congrès national et le Mouvement populaire de libération du Soudan des trois dernières années, il note cependant qu'il ne s'est pas encore traduit par une action effective dans tous les domaines envisagés par l'Accord, dont la mise en oeuvre a pris dans l'ensemble un retard considérable.

« Je me félicite de la détermination des parties à travailler ensemble au sein du Gouvernement d'unité nationale et à surmonter les désaccords et les tensions par le dialogue », affirme-t-il, avant de recommander une réorientation des priorités et des activités de la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS), afin de maximiser sa contribution au processus de paix.

Il recommande, en particulier, la réorientation des activités de maintien de la paix à proximité de la zone de la frontière du 1er janvier 1956. Il demande aussi au Conseil de sécurité d'autoriser que la Mission fournisse un soutien technique et logistique au processus de démarcation de la frontière, comme le demandent les parties.

Il souhaite aussi que la Mission obtienne du Conseil l'autorisation de fournir un appui au système pénitentiaire, ainsi que de surveiller les activités de l'Armée de résistance du Seigneur au Sud-Soudan qui peuvent affecter la sécurité de l'UNMIS.

Par conséquent, Ban Ki-moon demande au Conseil la prorogation du mandat de la UNMIS pour 12 mois, jusqu'au 30 avril 2009.

« Nos activités devraient également contribuer à jeter les bases de la stabilité au-delà de 2011 », précise-t-il, car « l'ONU devrait s'efforcer d'aider les parties à exécuter leurs obligations, de manière que la période intérimaire ne marque pas la fin d'une trêve mais le rétablissement de la paix et de la stabilité à long terme ».

Le Conseil de sécurité doit se réunir cet après-midi pour discuter du rapport et écouter un exposé de Jean-Marie Guéhenno, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, sur les pays qui fournissent des contingents.

 

 

Darfour : cinq ans de souffrances, et la crise s’aggrave, dénonce John Holmes

22 avril 2008 – Devant le Conseil de sécurité, John Holmes, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l’ONU, a appelé aujourd’hui tant le gouvernement soudanais que les mouvements rebelles à faire « bien plus » pour protéger la population. A ce jour, 4,27 millions de personnes sont affectées, sur les six millions d’habitants que compte le Darfour.

Depuis que le Conseil de sécurité s’est saisi de la crise au Darfour, il y a quatre ans, le nombre de personnes affectées a été multiplié par six. 4,27 millions sont gravement affectées par le conflit, 2,45 millions sont déplacées dans le pays et 260.000 ont trouvé refuge dans les pays voisins, a déclaré le Secrétaire général adjoint lors d’une réunion du Conseil de sécurité sur l’Opération hybride UA-ONU au Darfour (MINUAD).

Une étude de 1986 évaluait le nombre de victimes à 200.000. « Ce chiffre doit avoir encore augmenté de 50% », a dit John Holmes.

Devant la presse, John Holmes a précisé que ce chiffre était une "extrapolation raisonnable" qui comprenait les victimes directes de violence et les morts du fait de l'état de conflit : malnutrition, déplacement, maladies.

« Je suis rempli de tristesse et de colère de constater qu’après 5 ans de conflit et 4 ans après l’engagement du Conseil, nous n’avons toujours pas trouvé de solution durable », a dénoncé le Coordonnateur humanitaire.

Au gouvernement du Soudan, ce dernier a lancé un appel à « améliorer la sécurité des civils et de la communauté internationale dans les zones sous son contrôle », à « démanteler une fois pour toutes les milices janjawid et à poursuivre les auteurs de crimes », notamment les crimes sexuels, et enfin, dans la mesure où « le Soudan est un pays de plus en plus prospère », « à fournir une assistance à sa propre population plutôt que de laisser la communauté internationale en porter toute la responsabilité financière ».

Aux rebelles, John Holmes a intimé « d’arrêter de mettre en danger la vie des civils en lançant des attaques depuis les zones civiles », « d’arrêter d’attaquer les convois humanitaires » et de respecter les principes humanitaires ».

Le Secrétaire général adjoint a rappelé que 14.700 humanitaires restaient sur le terrain et faisaient face à l’accroissement des violences.

Depuis le début de 2008, le pourcentage de détournements de convois humanitaires s’est accru de 350% par rapport aux chiffres alarmants de 2007.

En 2008, 42 bâtiments humanitaires ont été attaqués, six travailleurs humanitaires tués. Cent-six véhicules ont été détournés : 46 appartenant à l’ONU et à des organisations non gouvernementales (ONG) et 60 sous contrat avec le Programme alimentaire mondial (PAM). Un chauffeur du PAM a été tué et 26 sont portés disparus.

Le Secrétaire général adjoint a prévenu contre la « marginalisation » et même la « militarisation » des populations dans les camps de réfugiés surpeuplés depuis cinq ans.

« Chaque mois qui passe rendra le retour à la normale plus difficile », a-t-il souligné.

 

 

Ouest-Darfour : les attaques contre les civils violent le droit international, affirme un rapport de l'ONU

20 mars 2008 – Les attaques commises en janvier et février contre quatre villages dans l'Ouest du Darfour constituent des violations du droit international humanitaire et des droits de l'homme, affirme un rapport publié aujourd'hui par le Haut Commissariat aux droits de l'homme et par l'Opération conjointe ONU/Union africaine au Darfour (MINUAD).

« Ces actions ont violé le principe de distinction reconnu dans le droit international humanitaire, en ne distinguant pas les civils des cibles militaires. Par ailleurs, l'ampleur de la destruction des biens civils, notamment ceux indispensables à la survie de la population civile, donne à penser que les dégâts faisaient partie de la stratégie militaire », indique un communiqué publié aujourd'hui à Genève.

Commises par les forces armées soudanaises et des milices, les attaques de Saraf Jidad, par trois fois en janvier, et celles de Sirba, Silea et Abu Suruj en février, ont fait 115 victimes et provoqué le déplacement d'environ 30.000 personnes.

Le rapport fait aussi état de pillages et d'informations « consistantes et crédibles » sur des viols commis par des hommes armés.

Par ailleurs, le Représentant spécial adjoint de la MINUAD Henry Anyidoho s'est rendu à Silea pour y évaluer la situation sécuritaire ainsi que la possibilité de déployer la Mission dans la zone.

« La protection des civils est notre priorité. Nous ne vous abandonnerons pas », a-t-il dit à des personnes âgées restées sur les lieux, selon un communiqué publié aujourd'hui à El-Fasher.

La MINUAD, qui n'en est encore qu'à ses débuts, a augmenté le nombre de patrouilles dans la zone.

 

 

MINUAD : l'Opération des Nations Unies et de l'Union africaine au Darfour officiellement opérationnelle

 

31 décembre 2007 – La Mission de l'Union africaine au Darfour a transféré officiellement aujourd'hui son autorité à la nouvelle mission conjointe des Nations Unies et de l'Union africaine, à laquelle il manque encore des équipements cruciaux dans le transport terrestre et l'appui tactique aérien.

« Nous sommes déterminés à déployer la force la plus robuste possible afin qu'elle puisse mener à bien le difficile mandat conféré par la résolution 1769 (2007) du Conseil de sécurité » du 31 juillet 2007, a déclaré le Secrétaire général dans un message transmis à l'occasion de la cérémonie de transfert.

Ban Ki-moon a rappelé que la mission conjointe, dont le nom officiel est « Opération hybride UA-ONU au Darfour (MINUAD) » était une « opération sans précédent ». C'est en effet la première fois que les Nations Unies et l'Union africaine joignent leurs forces et la cérémonie d'aujourd'hui mettait fin officiellement à la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) sur le terrain depuis 2004, sous équipée, et forte seulement de quelque 7.000 soldats pour un territoire grand comme la France.

« Si nous voulons avoir un véritable impact sur le terrain dans la première moitié de 2008, les déploiements [de troupes] devront aller bien plus vite que jusqu'à présent », a affirmé le Secrétaire général.

La MINUAD est appelée à devenir la plus grande Mission des Nations Unies avec 20.000 soldats et plus de 6.000 policiers et personnels civils. Déjà, plus de 9.000 personnels en uniforme sont sur le terrain, dont 7.000 soldats et 1.200 policiers au service de la MUAS ou envoyés en renforts au cours de l'année 2007.

« Au-delà de ce que les gouvernements ont promis mais pas encore déployé, il reste des failles critiques dans la force de la MINUAD », a noté le Secrétaire général. « Nous n'avons pas encore reçu de promesses relatives à des unités de transport terrestre ni d'équipements aéroportés », a-t-il une fois de plus déploré.

Des requêtes en ce sens ont été formulés publiquement et en privé à de nombreuses reprises par Ban Ki-moon cette année.

Il manque notamment une unité de transport lourde et une moyenne, trois unités militaires d'aviation (18 hélicoptères) et une unité tactique légère (6 hélicoptères).

Le Secrétaire général a par ailleurs insisté sur la « coopération active du gouvernement soudanais » et sur les progrès à accomplir sur le plan politique.

L'ONU estime que plus de 200.000 personnes sont mortes et au moins 2 millions déplacées au Darfour depuis le début des affrontements, en 2003, entre les forces gouvernementales et leurs alliés parmi les milices janjawids d'une part et les mouvements armés d'autre part.

Des atrocités telles que le meurtre de civils et le viol des femmes et des filles ont marqué le conflit et continuent à l'heure actuelle.

La cérémonie de signature d'aujourd'hui a été menée au nouveau siège de la Mission à El Fasher, par le Représentant spécial conjoint pour la MINUAD, Rodolphe Adada, le Représentant de l'UA, Mahmoud Kane, et le commandant de la Force, Martin Luther Agwai.

Elle s'est déroulée en présence du Wali (gouverneur) du Nord Darfour, Osman Mohamed Yousif Kibir, et du Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, Ashraf Qazi.

Ce dernier est aussi chef de la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS), autre Mission des Nations Unies de premier plan, chargée de surveiller la mise en oeuvre pacifique de l'Accord de paix global conclu entre le Nord et le Sud-Soudan, du 31 décembre 2004.

Cet Accord avait mis fin à une guerre civile de 21 ans, qui a fait deux millions de morts et causé le déplacement de quatre millions de Soudanais.

 

 

AP - Mardi 23 octobre, 21h51

Ben Laden appelle au jihad contre une force de maintien de la paix qui doit être déployée au Darfour

LE CAIRE - Le chef d'Al-Qaïda Oussama ben Laden a appelé à mener la guerre sainte contre une force internationale de maintien de paix qui doit être déployée au Darfour, dans l'ouest du Soudan, dans un message diffusé mardi sur des sites web djihadistes.

L'enregistrement audio était accompagné d'une image et des extraits ont été diffusés par la chaîne Al-Jazira lundi. Ben Laden a exhorté les habitants des régions voisines du Darfour à chasser toute force étrangère de la région.

"Il est du devoir du peuple de l'Islam au Soudan et dans ses environs, particulièrement la péninsule arabique, de mener le jihad contre les envahisseurs croisés et d'organiser une rébellion armée pour faire partir ceux qui les laissent entrer", a-t-il dit, selon une transcription fournie par IntelCenter, qui suit les sites web djihadistes.

L'adjoint de Ben Laden, Ayman al-Zawhiri, d'origine égyptienne, avait lancé un appel similaire à la guerre sainte au Darfour dans un message vidéo le 20 septembre. AP

 

 

La Mission des Nations Unies au Darfour aura besoin d'hélicoptères de combat

8 octobre 2007 – Si les préparatifs du déploiement de l'Opération hybride UA-ONU au Darfour (MINUAD) sont en bonne voie, pour l'instant cette mission qui sera déployée sur un territoire grand comme la France manque d'un élément essentiel : des hélicoptères de combat.

« Sur le terrain, la situation s'est détériorée. Nous avons assisté à un cycle de violence à Haskanita avec l'attaque contre un poste de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) et puis la récente destruction de cette ville », sans compter l'extension du conflit vers l'Etat du Kordofan, a déploré aujourd'hui le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l'ONU, Jean-Marie Guéhenno lors d'une conférence de presse à New York.

Interrogé sur l'attaque menée à Haskanita, qui a été rasée et brûlée ce week-end, Jean-Marie Guéhenno a souligné qu'après l'attaque perpétrée par les rebelles contre le poste de la MUAS, Haskanita était sous le contrôle de l'armée soudanaise, ce qui était « troublant ».

Selon la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS), la ville de Haskanita aurait été totalement détruite par le feu, à part quelques immeubles, samedi 6 octobre. Le marché a été pillé et quelques civils seulement sont revenus chercher de la nourriture et de l'eau.

S'agissant du déploiement de la future Opération hybride UA-ONU au Darfour (MINUAD), le Secrétaire général adjoint a indiqué aujourd'hui qu'une liste des pays contributeurs de troupe avait été transmise au gouvernement soudanais.

Par ailleurs, l'ONU a envoyé une équipe technique à Khartoum pour expliquer le plan de déploiement, a-t-il expliqué.

« L'incident de Haskanita prouve qu'il faut des troupes très mobiles et puissantes, c'est-à-dire des transports terrestres, des hélicoptères de transport et des hélicoptères tactiques légers ». « Ces ressources sont vitales, et elles nous manquent », a-t-il fait observer. « Nous n'avons pas les hélicoptères d'attaque, qui sont pourtant essentiels ».

Interrogé sur les moyens nécessaires pour obtenir ces ressources, Jean-Marie Guéhenno a souligné que l'un d'entre était déjà de rendre la question aussi publique que possible. « Nous en appelons au monde entier », a-t-il lancé.

En outre, Jean-Marie Guéhenno a salué le déploiement de l'Union européenne au Tchad, « mais il faut un engagement au Darfour, sinon tous nos efforts seront remis en cause », a-t-il plaidé.

Pour sa part, Jane Hall Lute, Sous-Secrétaire aux opérations de maintien de la paix, a rapporté que le nombre total de personnels prévus pour la MINUAD était de plus de 19.000 soldats, outre les 6.000 policiers et 5.500 membres du personnel civil.

« Les préparatifs de la mise en place du siège de la Mission sont prévus pour le mois de décembre. En octobre, nous aurons le personnel de base sur le terrain, notamment ses responsables », a-t-elle dit.

« Le budget a été préparé et présenté. Il sera de 1,5 milliards de dollars pour couvrir la période jusqu'au mois de juin prochain ».

Enfin, un appel d'offre concernant l'aviation civile, le carburant et les rations pour le plan d'appui à la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) doit être approuvé. Deux bataillons doivent être déployés, a-t-elle ajouté.

Par ailleurs, la question des terrains et des terrains d'aviation pour la Mission fait encore l'objet de discussions avec le gouvernement.

Jean-Marie Guéhenno a également indiqué qu'il faudrait presque toute l'année 2008 pour déployer la totalité de la force de la MINUAD, ne serait-ce que parce que les installations sur le terrain ne sont pas prêtes.

En attendant, il faut que chaque rotation serve à renforcer la force, a-t-il insisté.

Sur le plan politique, le Secrétaire général adjoint a rappelé que Jan Eliasson était ce week-end à Addis Abeba, pour finaliser la stratégie de négociation en vue des pourparlers de paix, qui s'annoncent difficile.

Jean-Marie Guéhenno a enfin estimé que l'on était à un tournant et qu'un cessez-le-feu était indispensable. Les progrès au Darfour influeront sur la tenue de l'élection de 2009, qui dépendent du respect de l'accord Nord-Sud, a-t-il ajouté.

 

 

Soudan : les enfants victimes des exactions de toutes les parties

13 septembre 2007 – Les enfants continuent d'être recrutés par toutes les parties au conflit au Soudan en général et au Darfour en particulier, déplore un rapport du Secrétaire général qui met en lumière la responsabilité de divers groupes dans des massacres, des viols et des rapts d'enfants au Soudan.

« Entre le 16 juillet 2006 et le 31 juin 2007, il y a eu des progrès significatifs en ce qui concerne la libération, par l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS), des enfants qu'elle a recrutés ou utilisés pendant le conflit, mais il est encore nécessaire d'intervenir auprès des autres groupes armés affiliés aux Forces armées soudanaises et de surveiller celles-ci et les Forces de défense populaires pour faire respecter l'Accord de paix global et d'autres accords internationaux », souligne le Secrétaire général dans son dernier rapport au Secrétaire général sur les enfants

et le conflit armé au Soudan.

Ban Ki-moon y lance un appel « au gouvernement d'unité nationale et au gouvernement du Sud-Soudan pour qu'ils mettent fin au recrutement et à l'utilisation d'enfants par leurs forces armées, conformément aux dispositions du Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant, concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés, que le Soudan a ratifié ».

Au Sud-Soudan, le rapport cite par exemple le cas des « forces de défense de Pibor ? précédemment alliées aux Forces armées soudanaises ? sont responsables d'avoir recruté et utilisé au moins 78 enfants, dont le plus jeune était un garçon de 6 ans ».

Au Darfour, le précédent rapport ne citait « que les forces d'opposition tchadiennes, les milices alliées au gouvernement du Soudan (Janjaouid) et l'ALS (Minni Minawi) comme recrutant et utilisant des enfants ».

Or, « d'après des sources crédibles, les forces et les groupes armés suivants ont recruté et utilisé des enfants au Darfour au cours de la période considérée dans le présent rapport : les Forces armées soudanaises, le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE-faction Peace Wing), l'Armée de libération du Soudan (Minni Minawi), ALS (Abu Gasim), ALS (Faction Peace Wing), ALS (faction d'Abdul Wahid), les forces de défense populaires, les forces rebelles tchadiennes, les milices alliées au gouvernement du Soudan (Janjaouid) et les forces centrales de police ».

« Certains enfants interrogés par des observateurs des Nations Unies ont déclaré se battre depuis trois ans à l'est de Jebel Mara (Sud-Darfour). Les rapports de novembre 2006 ont confirmé que l'ALS (Abu Gasim) recrutait et utilisait des enfants. Des enfants portant l'uniforme de l'ALS (Minawi), dont certains âgés de 12 ans seulement, ont été signalés en avril 2007 à Khazan Tunjur, au sud-ouest d'El-Fasher (Nord-Darfour). En mai 2007, 13 garçons ont confirmé aux observateurs de la Mission des Nations Unies au Soudan présents sur le terrain qu'ils avaient été recrutés à des fins de combat par le groupe armé MJE-faction Peace Wing ».

« Si les Forces armées soudanaises nient avoir jamais recruté ou utilisé des enfants parmi leurs rangs, les observateurs de l'ONU et de la MUAS sur le terrain ont repéré des enfants associés tant aux Forces armées soudanaises qu'aux milices alliées », affirme le rapport du Secrétaire général.

Outre le recrutement d'enfants soldats, ce dernier dénonce le massacre d'enfants lors des combats.

Ainsi, « les pilonnages aériens de l'armée soudanaise ont entraîné le décès d'enfants. Ainsi, deux enfants âgés de 4 et 15 ans ont été tués en mai 2007 quand l'armée soudanaise a bombardé des villages du Darfour-Nord. Lors d'une série d'incidents survenus fin août 2006 dans la région de Buram (Darfour-Sud), 11 enfants au moins ont trouvé la mort lorsqu'une milice du groupe ethnique local des Habaniya, décrits comme des Janjaouid, a attaqué une cinquantaine de villages et massacré des enfants en les jetant dans des maisons en flammes. Enfin, au cours du premier semestre de 2007, des engins non explosés ont entraîné la mort de 16 personnes, pour la plupart des enfants qui gardaient le bétail, jouaient ou travaillaient aux champs ».

« Bien que les attaques qui se produisent en divers points du Darfour continuent d'entraîner la mort de civils, on ignore le nombre exact d'enfants décédés, en raison des difficultés d'accès. Il est extrêmement ardu de déterminer qui sont les auteurs de ces actes », souligne le rapport.

Enfin, le phénomène du viol est ici encore dénoncé comme une véritable arme de guerre dans le pays.

« Au Darfour, le viol est généralisé et utilisé comme arme de guerre. Il est clair que le problème est bien plus vaste que ne le laissent croire les rares cas qui ont été confirmés. Les assaillants sont généralement des hommes armés, souvent en uniforme, qui s'attaquent aux femmes et aux enfants des camps de personnes déplacées ou des villages lors de leurs déplacements liés à des activités de subsistance. Bon nombre de victimes ont identifié leurs assaillants comme étant des éléments des Forces armées soudanaises, des forces centrales de police et des Janjaouid ».

Ainsi, « le 15 avril 2007, deux fillettes du Darfour-Nord âgées de 10 et 12 ans qui rentraient chez elles après avoir travaillé à la ferme ont été abordées par deux soldats armés en uniforme vert kaki. L'un des deux a jeté la fille de 12 ans à terre et l'a violée, tandis que l'autre battait celle de 10 ans. À l'approche d'un groupe de personnes déplacées, les soldats auraient rapidement fui vers le sud, en direction du camp militaire des Forces armées soudanaises d'Oum Dereisa. Le 15 octobre 2006, à Taradona (Darfour-Nord), deux soldats de l'ALS (Minawi) ont violé une fille de 12 ans après l'avoir brutalement assaillie et battue. Cet acte a été confirmé et imputé à l'ALS (Minawi). En septembre 2006, à l'est de Jebel Marra, quatre soldats des Forces armées soudanaises ont violé une adolescente de 16 ans. L'agression a eu lieu en présence de son bébé de 6 mois, né d'un viol précédent. Ces affaires reflètent les atrocités que subissent les filles au quotidien, généralement lorsqu'elles vont chercher de l'eau, ramasser du bois ou accomplir d'autres tâches ménagères ».

« Le gouvernement d'unité nationale est responsable au premier chef du recrutement et de l'utilisation d'enfants par les Forces armées soudanaises et par toutes les forces qui sont alliées avec elles, tandis que le gouvernement du Sud-Soudan est responsable au premier chef du recrutement et de l'utilisation d'enfants par l'APLS. L'un et l'autre doivent faire le nécessaire pour mettre fin à ces pratiques et pour démobiliser sans tarder les enfants qui sont dans leurs rangs », affirme le Secrétaire général dans son rapport.

À cet égard, il salue le plan d'action concernant le recrutement et la réintégration des enfants convenu par l'ALS/Minawi avec l'UNICEF et invite les signataires à appliquer cet accord sans délai afin de faciliter la démobilisation des enfants et leur retour dans leur famille.

Ban Ki-moon exhorte enfin « toutes les parties au conflit au Darfour ? signataires ou non de l'Accord de paix ? à prendre des mesures concrètes pour s'acquitter de l'engagement qu'elles ont pris auprès de ma Représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés de mettre fin aux violations graves des droits de l'enfant ».

 

 

HCDH : le gouvernement soudanais appelé à enquêter sur de nouveaux cas de violence sexuelle

21 août 2007 – Un rapport du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) publié aujourd'hui à Genève demande instamment au gouvernement soudanais d'ouvrir une enquête indépendante sur des cas d'enlèvements, de viols et de violences sexuelles commis par l'armée au Darfour et de proclamer le caractère intolérable de ces crimes.

« Le rapport, qui fait suite à celui publié en avril 2007, contient des témoignages de victimes décrivant comment des femmes ont été kidnappées, utilisées comme esclaves sexuelles et soumises à d'autres violations des droits fondamentaux à Deribat et dans les villes voisines par les forces armées soudanaises ainsi que les groupes qui les soutiennent », affirme un communiqué publié aujourd'hui à Genève.

Ces actes seraient intervenus à la fin du mois de décembre 2006, à la veille d'une attaque aérienne et terrestre.

Le rapport établit en coopération avec la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS) souligne que le gouvernement soudanais porte une responsabilité pour les actes de ses armes forcées et des groupes informels alliés, notamment les « Forces de défense populaires et l'Armée de libération du Sud/faction Abu Gasim ».

Ces actes pourraient aussi constituer des crimes de guerre, souligne le HCDH, qui déplore qu'aucune enquête n'ait été menée par le gouvernement soudanais.

Les accusations ont été transmises par les autorités locales aux forces armées soudanaises. Le Conseil consultatif sur les droits de l'homme du Soudan a soumis à l'UNMIS une proposition visant à établir un comité d'enquête conjoint, avec la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS).

Le rapport recommande notamment au gouvernement soudanais d'établir un organe d'enquête indépendant dont le rapport sera public, de juger les responsables, de suspendre immédiatement tout responsable présumé et de faire passer le message du caractère intolérable des actes de viol et de violences sexuelles.

Enfin, le gouvernement est invité à réformer la loi, à savoir les articles 145 et 149 du Code pénal de 1991, afin que les femmes qui voudraient parler ne soient pas dissuadées de dénoncer les cas de viol de peur d'être accusées du crime d'adultère.

 

 

Il faut avancer rapidement pour le Darfour, souligne Jane Holl Lute

7 août 2007 – « Le temps presse », a déclaré aujourd'hui Jane Holl Lute, Chef du Département de l'appui aux missions de maintien de la paix, lors de la présentation des préparatifs de l'opération hybride de l'Union Africaine et de l'ONU au Darfour (MINUAD), qui prévoit le déploiement d'environ 30.600 effectifs à la fin décembre, pour un mandat initial de douze mois.

« Il faut agir », a-t-elle insisté devant la presse réunie à New York, au siège de l'ONU, car les structures de commande et de contrôle doivent être déployées immédiatement dans la région.

Le siège des capacités opérationnelles, financières et administratives, devra être en place au plus tard en octobre. C'est en décembre que l'opération prendra toute son ampleur.

Jane Holl Lute a souligné que la mission devrait être la plus importante des missions actuelles. Elle se déroulera dans une région aride et hostile, aux infrastructures faibles et limitées, et où les ressources en eau représentent à la fois un défi et une donnée géopolitique.

Un rationnement et même une « discipline de l'eau » ont été prévus, dans ce qu'elle a présenté comme une « stratégie multiforme » de gestion de cet élément.

La force conjointe sera « mobile et dynamique », a insisté Jane Lute, car il s'agit d'un engagement sur le terrain afin de faire avancer le processus politique, protéger les civils et permettre l'acheminement de l'aide humanitaire.

La contribution en troupes devrait être finalisée le 15 août, a-t-elle précisé, mais jusqu'ici la majorité des effectifs est africaine.

Elle s'est par ailleurs dite « déterminée » et « confiante », car les défis sont identifiés, et la force bénéficie de « toute l'autorité dont elle a besoin ».

Quant au budget, il est encore en processus d'élaboration, mais Jane Holl Lute a avancé un chiffre supérieur à 2 milliards de dollars pour la première année. En revanche, elle n'a pas fixé de date pour la durée de la mission. C'est impossible, a-t-elle insisté.

La mission conjointe UA/ONU a été approuvée à l'unanimité par une résolution du Conseil de sécurité le 31 juillet dernier.

Composée en premier lieu du personnel de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) déjà sur le terrain et forte de quelque 7.000 hommes, la nouvelle Mission comportera au final 19.555 personnels militaires, dont 360 observateurs militaires et officiers de liaison, ainsi qu'une composante civile de 3.772 hommes au maximum et de 19 unités de police de 140 personnes chacune. Le personnel civil comprendra entre 4.700 à 5.000 personnes, augmentant les effectifs totaux à 30.600 environ.

Le siège de la mission sera situé à El Fasher, au centre de la région du Darfour. Trois sièges sectoriels et un sous-siège sectoriel seront installés. Par ailleurs, l'opération se déploiera dans 55 points différents.

 

 

Darfour : les groupes rebelles réunis à Arusha adoptent une position commune

6 août 2007 – La réunion à Arusha en Tanzanie des groupes rebelles du Darfour, présidée par les Envoyés spéciaux de l'ONU et de l'Union africaine, Jan Eliasson et Salim Ahmed Salim, s'est achevée aujourd'hui avec la présentation d'une plate-forme commune de propositions qui servira de base aux négociations finales avec le gouvernement soudanais.

Pour les Envoyés spéciaux, il s'agit d' « un développement important dans les préparations des négociations ».

Ils tiendront des consultations sur ce sujet avec le gouvernement du Soudan et d'autres parties, a annoncé le porte-parole adjoint du Secrétaire général lors de son point presse quotidien au siège des Nations Unies, à New York.

Les participants à la réunion d'Arusha ont convenu d'une plate-forme commune concernant le partage du pouvoir et des richesses, les dispositions de sécurité, les problématiques foncières et les questions humanitaires.

Ils ont recommandé que les négociations finales aient lieu dans les deux à trois mois à venir. Ils ont en outre décidé que des parties qui n'ont pas participé aux consultations d'Arusha pourront rejoindre la plateforme commune, si elles le souhaitent.

Les Envoyés spéciaux ont rappelé de leur côté qu'ils avaient évoqué avec le gouvernement la situation de Suleiman Jamous, détenu au Soudan, et exprimé leur intention de continuer à considérer quel rôle il pourra jouer dans le processus politique en cours.

Selon des informations parues dans la presse, Suleiman Jamous est une figure clef de la rébellion qui a joué un rôle de coordinateur afin de faciliter la distribution de l'aide alimentaire à la population du Darfour. Il est détenu par le gouvernement soudanais dans un hôpital depuis plus d'un an.

Jan Eliasson est arrivé aujourd'hui à Khartoum où il rencontrera des responsables gouvernementaux. Il visitera ensuite les trois États du Darfour, avant de se rendre au Tchad samedi prochain.

 

 

Soudan : le Conseil de sécurité crée une nouvelle Mission de maintien de la paix pour le Darfour

31 juillet 2007 – A l'issue de plus d'un an de négociations, le Conseil de sécurité a adopté aujourd'hui, dans le cadre du Chapitre VII de la Charte, une résolution créant une nouvelle mission de maintien de la paix des Nations Unies, mission pour la première fois conjointe avec l'Union africaine, pour assurer la sécurité des populations et garantir les accords de paix au Darfour.

La résolution a été adoptée cet après-midi à New York, à l'unanimité des 15 membres du Conseil de sécurité, et en présence du Secrétaire général, Ban Ki-moon (webcast).

La Mission est créée pour une durée initiale de 12 mois sous le nom de Mission conjointe des Nations Unies et de l'Union africaine (UA) au Darfour (UNAMID sous son acronyme anglais).

Composée en premier lieu du personnel de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) déjà sur le terrain et forte de quelque 7.000 hommes, la nouvelle Mission comportera au final 19.555 personnels militaires, dont 360 observateurs militaires et officiers de liaison, ainsi qu'une composante civile de 3.772 hommes au maximum et de 19 unités de police de 140 personnes chacune.

Ceci pour assurer la sécurité au Darfour, l'Etat du Soudan situé le plus à l'ouest, à la frontière du Tchad, de la Libye et de la Centrafrique, grand à peu près comme la France.

Depuis 2003, près de 200.000 personnes ont été tuées et près de 2 millions de personnes ont été déplacées par les combats entre groupes rebelles et l'armée soudanaises et par les attaques des milices janjawids contre la population. Aujourd'hui, près de 4 millions de personnes y dépendent de l'aide alimentaire internationale.

La résolution, parrainée par la France, le Royaume-Uni et la Slovaquie, établit qu'un siège opérationnel devra être établi au plus tard en octobre prochain, et qu'à cette date les arrangements financiers pour le soutien des troupes devront être finalisés.

Le déploiement final de la Mission est fixé, lui, au plus tard à décembre 2007. Aussi, le statut des forces devra être finalisé dans les 30 jours.

S'agissant du mandat de la nouvelle Mission, la résolution précise qu'il y aura « une chaîne de commandement unique », comme c'est la règle en matière de maintien de la paix, et qu'elle relèvera des Nations Unies.

Adoptée sous l'enseigne du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, qui autorise le recours à des mesures allant de sanctions au recours à la force pour en faire respecter ses dispositions, la résolution dispose que l'UNAMID est autorisée à prendre les mesures nécessaires pour « protéger son personnel, ses installations et équipements et pour assurer la sécurité et la liberté de mouvement de son propre personnel et des travailleurs humanitaires ».

Elle a aussi mandat de « soutenir la mise en oeuvre rapide de l'Accord de paix sur le Darfour, à prévenir toute entrave à sa mise en oeuvre » et à contrer « les attaques armées, et ainsi à protéger les civils, sans préjudice de la responsabilité du gouvernement du Soudan ».

L'UNAMID surveillera aussi le transfert d'armes au Darfour, en contravention des accords de paix et des embargos imposés.

A quelques jours d'un cycle de négociations à Arusha, en Tanzanie, pour convaincre les groupes rebelles qui n'ont pas signé l'Accord de paix du 5 mai 2006 à Abuja avec le gouvernement du Soudan, la résolution appelle une nouvelle fois « toutes les parties au Darfour à cesser immédiatement toutes les hostilités et à s'engager envers un cessez-le-feu permanent ».

Elle demande aussi la cessation des attaques contre la MUAS, les civils et les personnels humanitaires.

Le texte, enfin, souligne « qu'il ne saurait y avoir de solution militaire au conflit au Darfour » et salue l'engagement du gouvernement soudanais et des autres parties à tenir des pourparlers.

« C'est un jour important pour le Darfour. Depuis trois ans, l'UA assume seule le fardeau du Darfour », a déclaré Jean-Marie Guéhenno, Secrétaire général adjoint au maintien de la paix devant la presse, à l'issue de la réunion du Conseil de sécurité.

« C'est une Mission sans précédent. Il n'y pas de précédent d'une Mission conjointe, comme l'UNAMID avec l'UA », a-t-il expliqué.

« Les arrangements financiers sont aussi sans précédents, puisque le coût des troupes de l'UA sera supporté par les Nations Unies ».

« Il y a maintenant une grande urgence », a estimé Jean-Marie Guéhenno, avant de préciser que les 26.000 personnels prévus ne seraient pas déployés du jour au lendemain.

En réponse à une question, Jean-Marie Guéhenno a précisé que la Mission coûterait dans un premier temps 2 milliards et demi de dollars. Ce sera « la plus grande et la plus coûteuse des opérations de maintien de la paix », alors que l'ONU a déjà déployé la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS), qui a pour mandat de préserver la paix au Sud-Soudan.

Lors de la séance d'aujourd'hui, le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, en avait appelé au soutien de « tous les Etats », en particulier pour ce qui est des troupes et du personnel de police.

« Aussi fondamental sera le soutien sans équivoque et constant du gouvernement du Soudan », a dit le Secrétaire général.

« Si le gouvernement ne se montre pas de bonne foi dans son partenariat, l'opération échouera », a-t-il affirmé, avant de préciser que l'ONU avait les « mêmes attentes à l'égard des mouvements rebelles ».

Le Conseil de sécurité avait demandé en mars 2006 au Secrétaire général, « conjointement avec l'Union africaine, en consultation étroite et constante avec le gouvernement soudanais » et « les parties aux pourparlers de paix d'Abuja, dont le gouvernement d'unité nationale, de faciliter la planification préparatoire nécessaire pour un passage de la mission de l'Union africaine au Darfour à une opération des Nations Unies » (dépêche du 27.03.06).

Mais au long de l'année 2006, le Soudan s'est constamment opposé au déploiement d'une telle force, en dépit d'une résolution du Conseil de sécurité en arrêtant le principe et les modalités, adoptée l'été dernier.

Le Conseil de sécurité avait donc appuyé au mois de décembre 2006 le principe d'une force mixte.

A l'issue d'une visite d'une mission du Conseil de sécurité au Soudan, le gouvernement soudanais avait finalement accordé, le 18 juin dernier, son« acceptation sans condition » au déploiement de la force conjointe créée aujourd'hui.

 

 

PAM : les attaques se multiplient contre les travailleurs humanitaires au Darfour

25 juillet 2007 – Le PAM a dénoncé aujourd'hui la grave augmentation des attaques contre le personnel humanitaire et les convois alimentaires au Darfour, qui porte un coup sévère à sa capacité de fournir l'assistance nécessaire à des millions de personnes affamées dans cette région du Soudan déchirée par les conflits.

« Ces deux dernières semaines, neuf convois alimentaires ont été attaqués par des hommes armés au Darfour », a rapporté dans un communiqué publié à Khartoum Kenro Oshidari, le Représentant du Programme au Soudan.

« Le personnel du PAM et les contractuels sont arrêtés, extirpés hors de leurs voitures et dévalisés, sous la menace des armes, de plus en plus fréquemment, ce qui est très préoccupant », a-t-il ajouté.

Kenro Oshidari a appelé toutes les parties au conflit au Darfour à garantir la sécurité des travailleurs humanitaires afin que l'agence alimentaire des Nations Unies et les autres organisations puissent continuer leur travail.

« Ces attaques odieuses contre ceux qui justement tentent de venir en aide aux plus vulnérables doivent être maîtrisées », a-t-il plaidé.

Cette année, 18 convois du PAM ont été victimes d'attaques armées, et quatre de ses véhicules ont été victimes de 'car-jacking', c'est-à-dire de détournement.

Six véhicules, voitures ou camions, ont été volés et dix membres du personnel, contractuels ou non, ont été détenus ou enlevés.

Le Darfour accueille la plus importante opération du PAM actuellement, avec 790 personnels qui nourrissent plus de deux millions de personnes chaque mois. Le Programme charge également des compagnies commerciales de transport d'acheminer de la nourriture dans la région.

En tout, le PAM envisage de distribuer jusqu'à 450.000 tonnes de nourriture au Darfour cette année, pour un coût total d'un demi-milliard de dollars environ.

En raison des mauvaises conditions de sécurité, le PAM n'a pas été en mesure d'aider 170.000 personnes au mois de juin, ce qui constitue une évolution négative non négligeable puisque ce chiffre ne s'élevait qu'à 60.000 au mois de mars.

Les attaques contre les convois ces dernières semaines ont fait que la route entre Nyala, capitale de l'état du Sud-Darfour, et Kass, a été déclarée « zone dangereuse » pour le personnel de l'ONU qui ne s'y aventure plus.

Dans le Nord-Darfour, c'est l'approvisionnement en nourriture de la ville de Kabkabiya qui a été touché.

Le personnel de sécurité de l'ONU indique que les attaques contre les véhicules constituent aujourd'hui la préoccupation numéro un de la communauté humanitaire qui travaille au Darfour.

L'une des évolutions récentes les plus inquiétantes est l'enlèvement des personnels dont les véhicules sont volés afin qu'ils ne puissent pas donner l'alerte.

Même s'ils ont été jusqu'ici tous relâchés, certains ont été blessés et hospitalisés suite à ces attaques.

 

 

Darfour : nouveau cycle de négociations le 3 août en Tanzanie

24 juillet 2007 – L'ONU et l'Union africaine ont lancé aujourd'hui une invitation à plusieurs dirigeants de mouvements non signataires de l'Accord de paix sur le Darfour à participer à une réunion à Arusha, en Tanzanie, du 3 au 5 août prochains.

L'idée de cette réunion avait été approuvée lors de la rencontre qui s'est tenue récemment sur le Darfour à Tripoli, en Libye, sous la coprésidence de leurs Envoyés spéciaux pour le Soudan, respectivement Jan Eliasson et Salim Ahmed Salim (dépêche du 19.07.2007).

« La réunion d'Arusha vise à s'appuyer sur les récents progrès réalisés dans la mise en oeuvre de la Feuille de route du processus politique et à donner aux Envoyés spéciaux la possibilité de consulter les parties au conflit sur le cycle final de négociations. Les discussions se focaliseront sur le rôle clef que ces parties doivent jouer dans un règlement rapide, négocié et durable de la crise au Darfour, y compris les modalités et le lieu des négociations », a rapporté la porte-parole adjointe du Secrétaire général, lors de son point de presse quotidien, au siège de l'ONU, à New York.

En outre, concernant toujours le Darfour, le Secrétaire général s'est entretenu aujourd'hui avec le professeur Farouk El-Baz, de l'Université de Boston, qui a supervisé les recherches concernant les ressources aquifères souterraines localisées au Darfour.

M. El-Baz devrait se rendre en août dans la région pour se joindre à la Mission des Nations Unies déployée sur place et aux géologues soudanais afin d'évaluer l'importance de ces ressources.

S'agissant par ailleurs du statut de la mission conjointe de l'ONU et l'UA qui doit être bientôt déployée au Darfour, le président du Conseil de sécurité pour le mois de juillet, Wang Guangya de la Chine, a indiqué qu'un projet de résolution avait été présenté au Conseil aujourd'hui après des consultations avec les pays africains (webcast).

« Un nouveau projet doit être présenté cet après-midi », a-t-il souligné.

Il a ajouté qu'il faudrait adopter rapidement une telle résolution, rappelant que la Chine souhaitait que cette dernière fasse l'objet de consultations avec les représentants du Soudan.

Pour sa part, l'envoyé des Etats-Unis pour le Darfour, Andrew Natsios, a indiqué aujourd'hui à l'ONU avoir eu un entretien avec le Secrétaire général Ban Ki-moon et avec le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Jean-Marie Guéhenno (webcast).

Ce dernier a salué, avec l'adoption de la déclaration de Tripoli, l'adoption d'une position unie au niveau international sur le processus politique.

Il a néanmoins estimé indispensable de faire effectivement participer aux négociations les chefs tribaux, des représentants des femmes et des personnes déplacées.

Interrogé sur une participation militaire des Etats-Unis dans l'opération des Nations Unies, Andrew Natsios a exprimé l'opinion que cela n'enverrait pas le bon message et que cela pourrait être utilisé à des fins politiques pour contrer la mission.

Mais les Etats-Unis pourraient participer aux opérations de transport, a-t-il précisé.

 

 

Darfour : le procureur de la CPI appelle à l'arrestation de deux Soudanais inculpés de crime de guerre

7 juin 2007 – Le procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno-Ocampo, a appelé aujourd'hui, devant le Conseil de sécurité à New York, à l'arrestation d'Ahmad Harun, ex-ministre d'État chargé de l'Intérieur au sein du gouvernement soudanais et actuellement ministre d'Etat chargé des Affaires humanitaires, et d'Ali Kushayb, un dirigeant de miliciens/Janjawid.

« Le Conseil et les organisations régionales doivent prendre la tête du mouvement appelant le Soudan, en tant qu'Etat territorial, à arrêter ces deux individus et à garantir qu'ils soient présentés devant la Cour », a-t-il déclaré.

« Et nous comptons sur tous les Etats pour procéder à cette arrestation si l'un de ces individus venait à pénétrer sur leur territoire », a ajouté Luis Moreno-Ocampo.

Dans sa déclaration au Conseil, le procureur de la CPI a souligné qu'Ahmad Harun est le Ministre responsable de l'aide humanitaire à plus de quatre millions de personnes au Darfour.

« Il s'agit du même homme qui, en 2003, lors d'une réunion publique, avait déclaré qu'en le nommant à la sécurité pour le Darfour, on lui avait donné le pouvoir et l'autorité de tuer ou d'épargner quiconque au Darfour, au nom de la paix et de la sécurité », a dénoncé Luis Moreno-Ocampo.

« Mon bureau est particulièrement préoccupé par le fait qu'un individu recherché par la Cour pour des atrocités commises envers la population civile, des atrocités qui ont conduit de nombreux civils à devoir se réfugier dans des camps de personnes déplacées, soit encore aujourd'hui le ministre d'Etat chargé des affaires humanitaires du Soudan, avec le pouvoir de contrôler et d'avoir un impact sur ces personnes vulnérables et le personnel international qui leur vient en aide », a-t-il ajouté.

« Je demande au Conseil de sécurité des Nations Unies de prendre en main cette situation inacceptable », a-t-il dit.

A la fin du mois de février dernier, des éléments de preuve indiquant qu'Ahmad Harun et Ali Kushayb, dirigeant des Milices/Janjaouid, ont commis de concert des crimes contre la population civile au Darfour avaient été présenté par le procureur (dépêche du 27.02.2007) et un mandat d'arrêt a été délivré quelques mois plus tard à leur encontre (dépêche du 02.05.2007).

A eux deux, les deux hommes doivent répondre de 51 chefs d'accusation de crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

Luis Moreno-Ocampa a souligné devant le Conseil de sécurité que la situation au Darfour demeure alarmante et que son bureau rassemble des informations concernant des crimes qui sont actuellement perpétrés dans la région mais aussi au Tchad et en République centrafricaine, tous Etats parties au statut de Rome.

Il a notamment évoqué des accusations faisant état de frappes « sans distinction et disproportionnées » opérées par le gouvernement du Soudan entre les mois de janvier et d'avril de cette année, avec certains villages bombardés pendant dix jours.

En outre, les viols se poursuivent si les femmes s'aventurent à l'extérieur des camps de déplacés, a-t-il déclaré.

Le procureur a aussi insisté sur les allégations de crimes commis par des groupes rebelles, notamment des attaques ciblées contre des soldats de la paix internationaux et contre des travailleurs humanitaires.

Entre le début février et le début mai, 11 soldats ou policiers de l'Union africaine ont perdu la vie, et 5 ont été gravement blessés, alors que de nombreux travailleurs humanitaires ont été attaqués, battus et volés.

« Si l'on se réfère aux informations recueillies, il semble que les parties au conflit continuent de violer le droit international humanitaire », a dit le procureur de la CPI.

Les documents qui donnent un aperçu des preuves accumulées contre Ahmad Harun et Ali Kushayb, ainsi que la décision qui a suivi de délivrer des mandats à leur encontre, sont disponibles à l'adresse suivante : http://www.icc-cpi.int/cases/Darfur/c0205.html  .

 

 

Darfour: le Secrétaire général appelle les Etats Membres à fournir rapidement des troupes à l'ONU

16 avril 2007 – Le Secrétaire général a salué aujourd'hui la décision du gouvernement soudanais d'accepter, après plus de six mois de négociations, un soutien des Nations Unies à l'Union africaine au Darfour, engageant les Etats Membres à lui fournir au plus vite les moyens nécessaires.

Dans un message transmis aujourd'hui par sa porte-parole, Ban Ki-moon s'est déclaré « encouragé » et a annoncé qu'il souhaitait un « déploiement rapide », en étroite coopération avec l'Union africaine (UA).

Le Secrétaire général attend par ailleurs que le gouvernement soudanais « fournisse d'urgence les terrains et autres infrastructures nécessaires au déploiement de 'l'appui lourd' à l'UA, y compris la permission de rechercher des sources d'eau ».

Le Secrétaire général a encouragé les pays qui fournissent des troupes et des policiers, ainsi que les donateurs à se montrer généreux afin de renforcer le plus rapidement possible l'opération de maintien de la paix au Darfour.

Ban Ki-moon a aussi lancé un appel au cessez-le-feu immédiat sur le terrain.

Le Soudan a fait connaître son accord par l'envoi d'une lettre au Conseil de sécurité et au Secrétaire général ce matin (dépêche du 16.04.2007).

Les Nations Unies disposent déjà d'une mission de maintien de la paix au Sud-Soudan, déployée à l'issue de pourparlers de paix qui ont mis fin à une guerre civile de près de vingt ans.

Forte de 9 000 soldats, l'(UNMIS)a été déployée au sud du Soudan en 2005, pour la mise en oeuvre de l'accord de paix global signé le 9 janvier 2005 entre le gouvernement du Soudan et le Mouvement/l'Armée populaire de libération du Soudan.

Mais l'ONU cherche, depuis déjà un an, à mettre en place et à déployer une mission au Darfour, dans un premier temps en apportant un soutien à la mission de l'Union africaine (UA) déjà déployée qui compte 7.000 soldats relativement peu équipés pour un territoire plus grand que la France.

En août 2006, le Conseil de sécurité a autorisé, en dépit de l'abstention de la Chine, de la Fédération de Russie, et du Qatar, la création d'une mission de l'ONU au Darfour, forte d'un maximum de 17.300 soldats.

Ce projet a été rejeté par le Soudan, mais le gouvernement soudanais a par la suite accepté au mois de novembre le principe d'une opération hybride ONU/UA, avec un « caractère principalement africain », devant « disposer de quelque 17.000 militaires et 3.000 policiers » et devant bénéficier d'une liberté de mouvement au Darfour.

C'est cet ensemble de mesures, négociées à l'origine par le prédécesseur de Ban Ki-moon, Kofi Annan, dont le Secrétaire général a salué aujourd'hui l'acceptation par le Soudan.

Le Secrétaire général tenait aujourd'hui des consultations avec le président de la Commission de l'Union africaine, Alpha Oumar Konaré, aux côtés de son Envoyé spécial, Jan Eliasson, et de l'envoyé spécial de l'UA, Salim Ahmed Salim.

A l'issue des consultations avec les membres du Conseil de sécurité, Alpha Oumar Konaré a exprimé l'espoir, devant la presse, que la mise en oeuvre de l'accord accepté par le Soudan se fasse le plus vite possible.

Il a rappelé qu'un compromis avait déjà été réalisé sur l'aide humanitaire.

« Il faut maintenant progresser sur le plan politique », a-t-il ajouté.

Le président a souligné que les troupes seront empruntées en priorité auprès des pays africains.

« Si ce n'est pas suffisant, alors les casques bleus seront recrutés ailleurs », a-t-il souligné, ajoutant que le Soudan avait accepté le nombre de soldats total à déployer.

Alpha Oumar Konaré a souligné que la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) avait « accompli sa mission » mais qu'elle avait été en sous-effectif et qu'elle ne disposait pas elle-même de force de protection.

Le Conseil de sécurité, par la voie d'une déclaration à la presse, a lui aussi salué la décision du Soudan d'accepter le déploiement de l'ONU au Darfour.

Prenant la parole à son tour, Jan Eliasson a insisté sur le soutien exprimé par le Conseil de sécurité au processus de négociations politiques.

 

 

La chef de la Mission sur la situation des droits de l'homme au Darfour appelle la communauté internationale à réagir

16 mars 2007 – Jody Williams, qui a conduit une Mission sur la situation des droits de l'homme au Darfour, a déclaré aujourd'hui devant le Conseil des droits de l'homme réuni actuellement à Genève que le Soudan n'avait pas assumé sa responsabilité de protéger sa population, ce dernier s'estimant victime d'une conspiration à des fins politiques.

L'Américaine, prix Nobel de la paix en 1997, a déploré que les civils soient victimes de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.

« Ces crimes continuent d'être commis dans toute la région », a-t-elle insisté, avant d'ajouter que les mécanismes judiciaires sont inefficaces et que l'absence d'un désarmement digne de ce nom, couplée à un climat d'impunité, a laissé la région totalement étrangère à l'état de droit.

« Le conflit continue de faire rage, tuant 200 000 personnes; les espaces humanitaires deviennent de plus en plus restreints et l'espoir s'évanouit peu à peu », a souligné la chef de la mission présentant son rapport au Conseil.

Jody Williams a déclaré qu'il faut, entre autres mesures, renforcer la protection des civils, augmenter l'espace humanitaire, mettre en ?uvre des programmes pour faire face aux causes du problème et assurer que les victimes des violations des droits de l'homme soient indemnisées.

La communauté internationale a consacré le principe de responsabilité de protéger, chaque État a donc la responsabilité de protéger sa population contre le génocide, les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et l'épuration ethnique.

« Lorsqu'un État n'est pas capable ou refuse de le faire, il est de la responsabilité de la communauté internationale de réagir », a-t-elle estimé.

Elle a demandé à la communauté internationale de prendre des mesures urgentes pour protéger les populations du Darfour, et notamment d'établir un mécanisme spécial pour évaluer et surveiller la situation et faire en sorte que les coupables soient tenus de rendre des comptes.

Elle a également demandé au Soudan de respecter la proposition de déploiement d'une force conjointe de l'Union africaine et des Nations Unies sur le terrain.

« La situation est claire et la documentation nombreuse; il n'y a pas de doute à ce sujet », a plaidé la chef de la Mission.

« La population n'a pas besoin de rapports supplémentaires, mais de protection », a-t-elle martelé, avant d'exhorter le Conseil à réagir pour soulager les victimes du Darfour et leur donner foi en leur avenir.

Répondant à cette intervention, le Soudan a estimé être victime d'une conspiration à des fins politiques et a assuré que la situation au Darfour progresse.

Concerne le rapport de la Mission, le Soudan ne lui accorde aucune légitimité et estime que le Conseil ne doit pas s'en saisir.

Incapable de se rendre au Darfour ou même au Soudan, malgré des demandes répétées tendant à obtenir des visas, la mission s'est rendue au siège de l'Union africaine à Addis Abeba ainsi que sur le terrain au Tchad.

Elle était composée de Sima Samar, rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme au Soudan ; Mart Nutt, membre du Parlement estonien et membre de la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI) du Conseil de l'Europe; Bertrand Ramcharan, ancien Haut-Commissaire aux droits de l'homme par intérim et Haut-Commissaire adjoint; Patrice Tonda, Représentant permanent du Gabon auprès des organisations internationales à Genève; et Makarim Wibisono, Représentant permanent de l'Indonésie auprès de l'Office des Nations Unies à Genève et ancien président de la session de 2005 de la Commission des droits de l'homme.

 

 

PNUD : un réseau national d'aide juridique pour favoriser la réconciliation au Soudan

15 mars 2007 – Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a salué le lancement le 13 mars d'un réseau d'aide juridique au Soudan, y voyant le point de départ du renforcement de sa relation avec le ministère de la Justice soudanise et les organisations de la société civile sur le terrain.

« Mettre en place un réseau d'aide juridique (Legal Aid Network) est essentiel dans le contexte plus large de la formation d'agents des droits de l'homme et de l'offre de services d'aide juridique, en particulier à destination des groupes pauvres et vulnérables », a déclaré Jerzy Skuratowicz, Directeur du PNUD au Soudan, dans un communiqué publié à Khartoum.

Le lancement de ce réseau vient couronner deux ans d'efforts depuis l'établissement du premier Centre de justice et de confiance (JCC), en novembre 2004 au Darfour. Ces centres, qui sont aujourd'hui 14 dans le pays, sont des organisations indépendantes constituées de 25 juristes soudanais travaillant sur une base volontaire avec des avocats pour fournir une aide juridique et des services de médiation.

A travers ces centres, le réseau d'aide juridique fournit aux communautés une aide juridique gratuite, particulièrement pour les groupes les plus pauvres et les plus vulnérables, y compris les femmes et les personnes déplacées.

Le PNUD souligne que le but ultime de ce réseau est de fournir un accès égal à la justice pour tous et de renforcer la réconciliation et la confiance entre les déplacés qui retournent dans leurs foyers, les communautés locales et les autorités soudanaises.

Dans la formation du réseau, le PNUD a travaillé en partenariat avec le Département de l'aide juridique du ministère de la Justice du Soudan, le Comité international de secours (IRC) et le Centre d'aide juridique à la population (PLACE).

 

 

Darfour : près de 24.000 hommes seront nécessaires pour la mission de l'ONU et de l'Union africaine

7 mars 2007 – Le Secrétaire général a envoyé au président du Soudan, Omar El-Béchir, une lettre évoquant le cadre d'une opération conjointe des Nations Unies et de l'Union africaine (UA) qui devrait marquer le début de plans opérationnels détaillés.

« Cette lettre s'inscrit dans le cadre de notre accord visant à procéder dans la transparence vis-à-vis du gouvernement soudanais quant aux planifications en cours sur le renforcement de la présence de maintien de la paix au Darfour », a déclaré la porte-parole du Secrétaire général, Michèle Montas, lors de son point de presse quotidien, au siège de l'ONU, à New York.

« Une lettre en termes identiques devrait être envoyée par le président de la Commission de l'UA au président soudanais », a-t-elle précisé.

Hier, Hedi Annabi, Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, avait affirmé devant la presse que l'ONU et l'UA prévoyaient désormais le déploiement de 19.000 à 20.000 soldats, 3.700 policiers et 19 unités de police pour répondre aux besoins sur le terrain.

Le Conseil de sécurité avait demandé en mars 2006 au Secrétaire général, « conjointement avec l'Union africaine, en consultation étroite et constante avec le gouvernement soudanais » et « les parties aux pourparlers de paix d'Abuja, dont le Gouvernement d'unité nationale, de faciliter la planification préparatoire nécessaire pour un passage de la mission de l'Union africaine au Darfour à une opération des Nations Unies » (dépêche du 27.03.06).

Mais le Soudan s'est constamment opposé au déploiement d'une force des Nations Unies dans sa région de l'Ouest du pays, en dépit d'une résolution du Conseil de sécurité en arrêtant le principe et les modalités, adoptée cet été.

Le Conseil de sécurité a donc appuyé au mois de décembre 2006 le principe d'une force mixte.

Le Secrétaire général a exhorté à lors d'un voyage à Addis-Abeba le gouvernement soudanais et les milices à mettre fin aux violences et aux bombardements dans la région du Darfour, appelant aussi à la relance du processus politique et au déploiement « urgent » d'une force « Nations Unies-Union africaine » sur le terrain.

Toutefois, si Ban Ki-moon a communiqué par lettre du 24 janvier un plan d'appui pour le maintien de la paix convenu avec l'Union africaine, il attend aujourd'hui encore une réponse à cette lettre.

De retour d'une mission prolongée sur le terrain, hier à New York, l'Envoyé spécial des Nations Unies pour le Darfour, Jan Eliasson, a souligné que le gouvernement du Soudan et toutes les parties au Darfour, signataires ou non de l'Accord de paix d'Abuja, devaient faire la preuve de leur volonté politique de mettre fin au conflit).

Le conflit au Darfour a causé la mort d'au moins 200.000 personnes et fait près de 4 millions de déplacés.

 

 

Le mardi 27 février 2007

Le CPI pointe les premiers accusés de crimes au Darfour

Frédéric Bichon - Agence France-Presse - La Haye

Un secrétaire d'État soudanais et un chef de la milice djandjawid ont été les premiers accusés de crimes au Darfour devant la Cour pénale internationale (CPI) mardi, quatre ans presque jour pour jour après le début du conflit qui a fait plus de 200 000 morts selon l'ONU.

Le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo a annoncé lors d'une conférence de presse avoir présenté aux juges des «preuves (montrant) que Ahmed Haroun, ancien secrétaire d'État à l'Intérieur du Soudan et Ali Kosheib (nom de guerre de Ali Mohamed Ali, un des chefs de la milice pro-gouvernementale des djandjawids) ont commis de concert des crimes contre la population civile au Darfour».

Le procureur les accuse de «51 chefs de crimes contre l'humanité et crimes de guerre présumés (...), dont persécution, meurtre, torture et viol», commis entre août 2003 et mars 2004 contre des villageois de l'ouest de la région soudanaise du Darfour.

Ahmed Haroun, aujourd'hui secrétaire d'État aux Affaires humanitaires, était en charge du dossier Darfour à l'Intérieur. Quant à Ali Kosheib, il est considéré par les organisations de défense des droits de l'Homme, notamment Human Rights Watch (HWR), comme un des principaux responsables des attaques lancées par les milices en 2003-2004. Il a été arrêté au Soudan en novembre dernier.

Les juges de ce premier tribunal permanent chargé de juger le génocide, crime de guerre et crime contre l'humanité, basé à La Haye, doivent maintenant examiner ces «preuves».

Ils décideront ensuite, s'ils les estiment suffisantes, de réclamer les accusés au Soudan, qui n'est pas un État partie de la CPI, ou de lancer des mandats d'arrêts internationaux contre eux.

Dans sa requête, M. Moreno-Ocampo accuse Ahmed Haroun d'avoir armé et financé les miliciens, «sachant qu'ils combattaient aux côtés des forces gouvernementales» et qu'ils attaquaient «les populations civiles et commettaient des crimes». D'après des témoins, il aurait déclaré avoir «le pouvoir et l'autorité de tuer et de pardonner», écrit le procureur.

Ali Kosheib commandait «des dizaines de milliers de miliciens» qui ont commis «des meurtres de masse, des exécutions et des viols de civils», selon le parquet.

«Le procureur de la CPI envoie un signal à Khartoum et aux chefs de la milice des djandjawids : in fine, ils ne pourront se laver les mains des atrocités épouvantables», a commenté dans un communiqué Richard Dicker, directeur du programme Justice internationale de HRW.

Lundi, le Soudan a affirmé que la CPI «ne peut avoir aucune compétence lorsqu'il s'agit de juger les Soudanais».

Luis Moreno Ocampo, qui enquête depuis juin 2006 sur des accusations de persécutions, tortures, viols et meurtres, avait déclaré à l'ONU qu'il estimait avoir des preuves suffisantes de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.

Son travail porte sur la période 2003 et 2004, considérée comme la plus violente dans cette province soudanaise en proie à la guerre civile depuis quatre ans.

«Mon bureau ne peut pas enquêter sur les centaines de crimes et poursuivre tous les auteurs de ces crimes», avait-t-il dit en décembre. «Je me suis donc concentré sur les faits les plus graves et sur les personnes ayant le plus de responsabilités dans ces faits».

Son équipe a effectué plus de 70 missions dans 17 pays, a étudié les cas de centaines de victimes potentielles et a réalisé une centaine d'entretiens avec des témoins, avait-t-il précisé.

M. Moreno Ocampo avait été critiqué par des ONG et par le Haut commissaire des Nations unies pour les droits de l'Homme Louise Arbour notamment parce que ses enquêteurs ne se sont pas rendus au Darfour même, invoquant des problèmes de sécurité.

La CPI peut agir si une juridiction nationale ne peut ou ne veut pas le faire. C'est le Conseil de sécurité de l'ONU qui lui a demandé d'enquêter sur le Darfour.

Selon l'ONU, quelque 200 000 personnes ont péri de la guerre et de ses conséquences et plus de 2 millions ont été déplacées, des chiffres jugés exagérés par le Soudan.

 

 

Le Conseil des droits de l'homme désigne les membres de sa mission spéciale sur le Darfour

26 janvier 2007 – Le président du Conseil des droits de l'homme, Luis Alfonso de Alba, a annoncé aujourd'hui que la Mission de haut niveau au Darfour sera dirigée par Jody Williams, prix Nobel de la Paix 1997 et co-fondatrice en 2006 de la Nobel Women's Initiative.

Mme Sima Samar, rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme au Soudan, participera également à la mission, indique un communiqué publié aujourd'hui à Genève.

Le président a également invité les personnalités suivantes à faire partie de la Mission de Haut niveau en leur qualité personnelle : M. Mart Nutt, membre du Parlement estonien et membre de la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI) du Conseil de l'Europe; M. Bertrand Ramcharan, ancien Haut-Commissaire aux droits de l'homme par intérim et Haut-Commissaire adjoint; M. Patrice Tonda, Représentant permanent du Gabon auprès des organisations internationales à Genève; et M. Makarim Wibisono, Représentant permanent de l'Indonésie auprès de l'Office des Nations Unies à Genève et ancien président de la session de 2005 de la Commission des droits de l'homme.

A l'issue d'une session extraordinaire consacrée à la situation des droits de l'homme au Darfour, le Conseil des droits de l'homme avait décidé, par consensus, de dépêcher une mission de haut niveau au Darfour pour y évaluer la situation des droits de l'homme et les besoins du Soudan à cet égard.

Le Conseil avait décidé que la mission serait composée de cinq personnes, hautement qualifiées, désignées par le président du Conseil après consultation avec les membres du Conseil ainsi que de la rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme au Soudan.

Il leur est demandé de présenter un rapport à la prochaine session ordinaire du Conseil, qui se tiendra à Genève du 12 mars au 5 avril 2007.

Les membres de la mission arriveront à Genève dans les prochains jours afin de préparer la mission avant leur départ pour la région peu de temps après.

Une première commission d'enquête internationale avait été déployée fin 2004.

Dans un rapport publié début 2005, la commission d'enquête avait accusé le gouvernement soudanais de « crimes contre l'humanité ».

Dans son dernier rapport sur la question, le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) avait dénoncé au mois d'octobre de nouveaux massacres « à grande échelle » commis par les milices arabes, soutenues par le gouvernement du Soudan, sur les villages du Darfour, peuplés principalement de tribus africaines.

« Au cours des six dernières semaines, plusieurs centaines de civils ont été tués et plus de 80 000 personnes ont été obligées de fuir leurs maisons », avait rappelé hier Louise Arbour, Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme, dans un discours prononcé au Conseil.

« Des viols massifs et d'autres violations des droits de l'homme flagrantes se poursuivent. L'impunité qui règne permet et même encourage les auteurs de ces crimes à continuer », avait encore dénoncé.

Dans une déclaration conjointe publiée la semaine dernière, les agences humanitaires des Nations Unies ont tiré à nouveau la sonnette d'alarme, dénonçant « la violence inacceptable » à l'encontre des travailleurs humanitaires au Darfour et expliquant que l'insécurité était devenue telle que l'accès aux populations n'était pratiquement plus possible.

« Au cours des six derniers mois, plus de 250 000 personnes ont été déplacées par les combats, la plupart d'ente eux fuyant pour la deuxième ou troisième fois. Les villages ont été brulés, pillés et bombardés de manière arbitraire. Les plantations et les récoltes ont été détruites. La violence sexuelle contre les femmes a atteint des niveaux alarmants », dénonçaient les agences.

 

 

Ban Ki-moon préoccupé par les bombardements au Darfour

24 janvier 2007 – Le Secrétaire général a fait savoir au ministre des Affaires étrangères du Soudan, qu'il a rencontré hier au siège de l'ONU à New York, qu'il était préoccupé par les derniers développements au Darfour et notamment par les derniers bombardements conduits par son gouvernement, a rapporté son porte-parole.

Ban Ki-moon a dit sa profonde inquiétude face aux bombardements aériens que le gouvernement soudanais a conduit dans plusieurs zones du Darfour Nord, a indiqué le porte-parole adjoint lors de son point de presse, rendant compte aux journalistes de la réunion entre les deux hommes.

Il s'est dit aussi inquiet pour la population du Darfour alors que l'insécurité sur le terrain ne fait qu'augmenter et alors que les massacres continuent (dépêche du 18.01.07 et dépêche du 17.01.07).

Le Secrétaire général est aussi extrêmement préoccupé par l'arrestation, le 19 janvier dernier, d'une vingtaine de personnes travaillant au service d'une ONG, des Nations Unies et de l'Union africaine (UA) à Nyala, dans le Sud Darfour, a ajouté le porte-parole.

Il espère une enquête rapide sur les circonstances des arrestations alors que les personnes arrêtées ont été brutalisées et insultées par la police soudanaise, a-t-il encore rapporté (dépêche du 22.01.07).

Le porte-parole a aussi indiqué que la Mission de l'UA au Soudan (MUAS) et la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS) avaient publié aujourd'hui un communiqué sur leur dernière réunion sur la mise en place d'un mécanisme tripartite UA-ONU-Soudan.

L'UNMIS a par ailleurs fait savoir que dans le cadre d'un « soutien léger » à la MUAS, l'ONU avait maintenant déployé 27 officiers légers et 25 policiers.

 

 

Darfour : la Cour pénale internationale arrive au terme de son enquête

Luis Moreno-Ocampo 14 décembre 2006 – Présentant son 4e rapport au Conseil de sécurité, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a affirmé aujourd'hui qu'il arrivait au terme de son enquête et qu'il avait recueilli des éléments de preuve suffisants pour identifier les personnes qui portent la responsabilité la plus lourde dans les crimes commis au Darfour, des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre.

« Mon Bureau arrive au terme de son enquête et achève de recueillir des éléments de preuve suffisants aux fins d'identifier les personnes qui portent la responsabilité la plus lourde pour certains des pires crimes commis au Darfour », a déclaré le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, lors d'une séance publique au Conseil de sécurité sur la situation au Soudan.

« Les éléments de preuve recueillis fournissent des motifs raisonnables de croire que les personnes identifiées ont commis des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre, y compris des crimes de persécution, de torture, de meurtre et de viol », a affirmé Luis Moreno-Ocampo.

Depuis la résolution 1593 du Conseil de sécurité qui renvoie à la CPI la situation au Darfour, « la violence n'a connu aucune trêve au Darfour dont la population, notemment les millions de personnes déplacées, a vu ses souffrances empirer », a-t-il estimé.

« Certains rapports préoccupants font également état d'un débordement de la violence au Tchad et en République centrafricaine », a-t-il ajouté.

« La signature de l'accord de paix pour le Darfour par certains des belligérants n'empêche pas que l'on signale presque chaque jour des crimes graves, dont certains pourraient relever de la compétence de la Cour. Des heurts violents entre les factions qui composent les différents mouvements ou entre les mouvements eux-mêmes ont provoqué la mort d'un grand nombre de civils », a-t-il confirmé.

« Selon certains rapports alarmants, le mode opératoire des crimes commis par le passé semblerait se reproduire. C'est ainsi que l'on signale des attaques à l'encontre de positions civiles menées par des milices armés soutenues par des éléments des forces soudanaises de sécurité », a-t-il encore dénoncé.

« Les cas de viols et d'agressions sexuelles restent très nombreux », a-t-il ajouté.

Expliquant les progrès réalisés dans l'enquête, le procureur a indiqué que son bureau avait recueilli « des éléments de preuves auprès d'un grand nombre de sources différentes, menant une enquête minutieuse tant à charge qu'à décharge, dans un souci d'égalité, d'indépendance et d'impartialité ».

« Parmi ses sources figurent des déclarations de victimes, mais également d'agents soudanais, des milliers de documents recueillis par la Commission internationale d'enquête et des renseignements de la Commission nationale d'enquête, de même que des documents et des éléments matériels provenant de ce Conseil et d'autres organisations internationales », a-t-il précisé.

Sur les poursuites éventuelles, Luis Moreno-Ocampo a rappelé que la CPI n'était « qu'une juridiction de dernier recours ».

« Les affaires feront l'objet de poursuites devant la CPI dans les situations pour lesquelles : (i) il n'y a eu ni enquête ni poursuites à l'échelle nationale, ou (ii) une enquête ou des poursuites ont été engagées, mais elles sont entachées de l'absence de volonté ou de l'incapacité de les mener véritablement à bien », a-t-il expliqué.

« Mon bureau a cherché à déterminer si les autorités soudanaises mènent ou ont mené des procédures à l'échelon national », a-t-il ajouté.

Selon les informations recueillies, 14 personnes soupçonnées d'avoir été impliquées dans les violations du droit international et des atteintes aux droits de l'homme ont été arrêtées par les autorités soudanaises.

« Mais, a conclu le procureur » ces informations ne suffisent pas à interrompre l'enquête de la CPI.

Dans son 3e rapport au Conseil de sécurité présenté au mois de juin, Luis Moreno-Ocampo affirmait déjà avoir rassemblé des preuves « de milliers d'assassinats présumés de civils » qui incluent des « massacres à grande échelle ».

Dans sa résolution 1593 adoptée en mars 2005, le Conseil de sécurité avait déféré la situation au Darfour au procureur de la CPI, permettant ainsi de traduire devant la Cour les auteurs des exactions commises depuis le 1er juillet 2002.

 

Le Conseil des droits de l'homme décide de l'envoi d'une nouvelle mission d'enquête au Darfour

13 décembre 2006 – A l'issue d'une session extraordinaire et après l'appel lancé hier par le Secrétaire général, les 47 membres du Conseil des droits de l'homme se sont finalement mis d'accord aujourd'hui sur l'envoi d'une nouvelle mission d'enquête « pour évaluer la situation des droits de l'homme au Darfour ».

Dans une résolution adoptée par consensus, le Conseil a décidé « d'envoyer une mission de haut niveau pour évaluer la situation des droits de l'homme au Darfour et les besoins du Soudan à ce sujet ».

Selon le texte, cette mission comprendra « cinq personnes hautement qualifiées, désignées par le président du Conseil des droits de l'homme après consultation des Etats membres du Conseil, ainsi qu'avec le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme au Soudan ».

Le Conseil a aussi demandé au Secrétaire général de « fournir une aide administrative, technique et logistique afin de permettre à la mission de haut niveau de remplir son mandat de manière rapide et efficace », en coordination avec son président.

Le Conseil a ouvert hier une session extraordinaire sur le Darfour, au cours de laquelle Kofi Annan avait demandé de dépêcher sur le terrain une nouvelle équipe indépendante pour enquêter sur les abus commis récemment dans le domaine des droits de l'homme (dépêche du 12.12.06).

Une première commission d'enquête internationale avait été déployée fin 2004.

Dans un rapport publié début 2005, la commission d'enquête avait accusé le gouvernement soudanais de « crimes contre l'humanité » (dépêche du 01.02.05).

Dans son dernier rapport sur la question, le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) a dénoncé au mois d'octobre de nouveaux massacres « à grande échelle » commis par les milices arabes, soutenues par le gouvernement du Soudan, sur les villages du Darfour, peuplés principalement de tribus africaines (dépêche du 09.10.06).

« Au cours des six dernières semaines, plusieurs centaines de civils ont été tués et plus de 80 000 personnes ont été obligées de fuir leurs maisons », avait rappelé hier Louise Arbour, Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme, dans un discours prononcé au Conseil.

« Des viols massifs et d'autres violations des droits de l'homme flagrantes se poursuivent. L'impunité qui règne permet et même encourage les auteurs de ces crimes à continuer », avait encore dénoncé.

La session extraordinaire, qui s'est ouverte hier et terminée aujourd'hui, a été convoquée à la demande de l'Union européenne, appuyée par 33 des 47 États membres du Conseil (dépêche du 30.11.06).

 

 

Darfour/Tchad : Kofi Annan dénonce la dégradation continue de la situation humanitaire

7 décembre 2006 – Le Secrétaire général s'est déclaré aujourd'hui « profondément préoccupé » par la dégradation de la situation au Darfour et par ses conséquences pour l'ensemble de la région, notamment le Tchad et la République centrafricaine.

Kofi Annan s'est dit « alarmé par l'impact dévastateur de la violence sur la population civile dans la région », condamnant « fermement » les récentes attaques et la destruction de dizaines de villages au Nord Darfour, a dit à New York son porte-parole.

« Plus de 80.000 personnes ont dû fuir leurs foyers dans les six dernières semaines seulement, dont 50.000 au Darfour et 30.000 au Tchad ». Plusieurs centaines de civils, dont des femmes, des enfants et des personnes âgées, ont été tuées et des informations très inquiétantes font mention de très nombreux viols et d'autres graves violations des droits de l'homme, a-t-il ajouté.

La violence a coupé plus d'un million de personnes au Darfour de l'assistance humanitaire. Les récents affrontements entre l'ALS (Armée de libération du Soudan) dirigée par Mini Minawi et les milices à El Fasher ont forcé les Nations Unies et les organisations non gouvernementales (ONG) à se retirer, menaçant les opérations de secours de plus de 1,3 millions de personnes à travers le Nord Darfour.

Les affrontements ont aussi interrompu le soutien de l'ONU à la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS).

La violence au Tchad sape les opérations de secours à plus de 300.000 personnes, alors que tant dans ce pays qu'au Darfour les travailleurs humanitaires sont attaqués quotidiennement, que des dizaines de véhicules ont été détournés ces dernières semaines, menaçant la chaîne humanitaire qui soutient plus de 4,3 millions de personnes dans la région.

Kofi Annan a appelé toutes les parties à cesser immédiatement les hostilités et à mettre fin à toutes les attaques contre les civils.

« Il faut rechercher la responsabilité des auteurs de violations du droit humanitaire qui se livrent à des attaques contre les civils et le personnel humanitaire », a-t-il insisté.

Le Secrétaire général a aussi appelé le gouvernement soudanais à rétablir l'ordre public dans les zones sous son contrôle, notamment à El Fasher et à El Geneina.

La Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS) a rapporté aujourd'hui que la situation à El Fasher était tendue à la suite d'une manifestation d'étudiants contre la présence de miliciens arabes qui a tourné à l'affrontement après des lancers de pierre contre la police.

Une autre manifestation contre la présence des milices et l'absence de protection contre les miliciens a été dispersée par la force au camp de Zam Zam, dans la périphérie d'El Fasher.

« La région est en 'chute libre' et représente un trou noir sécuritaire », a déclaré pour sa part Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU lors d'une conférence de presse à New York.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a récemment demandé de l'aide pour son assistance aux populations du nord de la République centrafricaine, en proie à des affrontements entre des milices rebelles et le gouvernement.

Les projets des Nations Unies concernant le déploiement d'une mission de l'ONU au Darfour s'étant heurtés à la résistance du gouvernement soudanais, les derniers pourparlers ont conduit à un accord sur un soutien renforcé de l'ONU à la mission de l'Union africaine.

Le Secrétaire général avait annoncé la semaine dernière attendre la réponse du président soudanais sur les questions restées en suspens quant à la d'une force mixte ONU-UA pour protéger les populations du Darfour.

Il s'agit notamment de la taille et du commandement de la force.

Kofi Annan avait annoncé le 17 novembre à Addis-Abeba que le gouvernement du Soudan avait accepté le principe d'une force hybride « Nations Unies-Union africaine » bien que sa taille restait à déterminer.

Les conclusions de la rencontre de haut niveau sur le Darfour le 16 entre le Soudan, le Conseil de sécurité et l'Union africaine (UA) prévoyaient la relance du processus de paix, le renforcement du cessez-le-feu et les préparatifs pour une force de maintien de la paix ONU-UA

 

 

10 Décembre 2006 : Manifestation et appel « Pour les femmes violées du Darfour, rompons le silence »

Aziza a dix-sept ans. Elle ne sait pas encore si elle est enceinte mais elle sait qu'elle ne se mariera sans doute jamais. Il y a un mois, alors qu'elle ramassait du bois avec six femmes, elle a été pourchassée par des cavaliers Janjaweed. L'un d'eux l'a attrapée et l'a violée, après l'avoir mordue au bras et au cou pour la « marquer ».
Des histoires comme celle d'Aziza, il y en a des centaines, des milliers au Darfour où se déroule, en silence, le premier génocide du 21ème siècle. Femmes de tous âges et aussi fillettes, au Darfour et à présent au Tchad où se poursuit l'épuration ethnique des tribus noires africaines.
Dans les environs du camp de Kalma, le plus grand camp de réfugiés du monde, le nombre des agressions sexuelles est passé de 10 par mois à 10 par jour. Chiffres horribles, chiffres froids, chiffres qui réifient les victimes.
Ici encore les femmes sont devenues des objets et le viol, l'instrument du nettoyage ethnique. « Tu portes un enfant Janjaweed », lance le violeur à sa victime. En même temps qu'on viole les femmes, on massacre leurs enfants. « Si je te laisse partir, tu vas grandir » lance, avant de l'abattre, l'assassin Janjaweed à l'enfant qui implore sa pitié.
Parce que nous savons, nous ne voulons pas nous taire.
Parce que nous devons exiger l'envoi l'immédiat de casques bleus au Darfour, en nombre suffisant, pour protéger les populations civiles, accord du Soudan ou non.
Parce que chaque minute compte,
Parce que la force des bourreaux leur vient de l'indifférence de l'opinion.
Parce que les femmes violées ne doivent pas être les victimes invisibles du 1er génocide du 21 ème siècle.
Parce que se taire c'est être complice de non-assistance à personne massacrée.
Nous devons manifester notre horreur, notre indignation. Désignons les bourreaux, exigeons la justice. Le 10 décembre, dans le monde entier, des femmes forgeront une chaîne de solidarité avec les femmes du Darfour.


A Paris, dimanche 10 décembre - 15h00
Place Simone de Beauvoir (devant le café de Flore – Paris 6ème)
Journée Internationale de solidarité avec les femmes violées du Darfour
De nombreuses personnalités feront la lecture publique des témoignages de ces victimes.

 

samedi 16 septembre 2006, 8h40

Tony Blair juge "complètement inacceptable" la situation au Darfour

LONDRES (AFP) - Le Premier ministre britannique Tony Blair a jugé samedi "complètement inacceptable" la situation au Darfour (ouest du Soudan) et accusé le gouvernement soudanais d'avoir rompu l'accord de cessez-le-feu signé avec les rebelles.

"Je m'engage à intensifier les efforts internationaux pour pousser le gouvernement soudanais à changer d'attitude et d'action", a déclaré Tony Blair, pour qui la communauté internationale "ne peut pas juste assister à l'aggravation de cette tragédie".

M. Blair, qui s'exprimait à la veille de la Journée internationale pour le Darfour, prévue dimanche, a assuré que cette crise figurait "en tête de (son) agenda".

"J'ai déjà parlé au Premier ministre (chinois) Wen Jiabao et au président (américain) George Bush au sujet du Darfour ces derniers jours", a-t-il dit. "Dans les prochaines semaines, je vais discuter avec d'autres dirigeants quue nous nous mettions d'accord sur une initiative prévoyant l'aide que le Soudan peut attendre s'il respecte ses obligations et ce qui se passera s'il ne le fait pas", a expliqué le Premier ministre britannique.

M. Blair a par ailleurs affirmé "ne pas avoir compris" le refus de Khartoum de voir se déployer une force de l'Onu dans la région, une opération pourtant approuvée le 31 août par le Conseil de sécurité de l'Onu.

"Le gouvernement du Soudan doit autoriser la poursuite de l'action de la force de l'Union africaine (UA) pour faire la transition avec celle des Nations unies", a-t-il affirmé.

Le mandat de l'UA, constituée de 7.000 hommes mais sous-équipée et sous-financée, s'achève le 30 septembre.

Le Darfour est en proie depuis février 2003 à une guerre civile opposant des groupes rebelles au pouvoir central de Khartoum et aux milices arabes qui lui sont alliées. Le conflit a fait environ 300.000 morts et plus de 2,5 millions de déplacés, d'après l'Onu.

Un accord de paix signé en mai entre le gouvernement soudanais et les principaux groupes de rebelles devait mettre un terme au conflit dans cette région. Mais des incidents entre factions rebelles rivales au cours des derniers mois ont encore augmenté le nombre de victimes.

 

 

 

Kofi Annan met en garde contre un 'nouveau Rwanda' au Darfour

13 septembre 2006 – Devant la presse aujourd'hui à New York, le Secrétaire général a mis l'accent une nouvelle fois sur la question du Darfour, prévenant qu'un désastre allait se produire si la communauté internationale n'était pas capable de déployer une force de l'ONU dans la région et comparant la situation à celle du Rwanda.

« La situation là-bas est désespérée. Le gouvernement continue de refuser d'accepter la transition vers une force de l'ONU. Le maintien de la présence des forces de l'Union africaine n'est elle-même pas certaine », a insisté Kofi Annan, lors d'une conférence de presse donnée au siège de l'ONU.

Le Secrétaire général a rappelé qu'il avait demandé à tous les gouvernements qui peuvent avoir de l'influence sur le Soudan de faire pression sur Khartoum et de faire en sorte que les autorités soudanaises changent d'attitude.

« Si les forces de l'Union africaine quittent le Darfour et si nous ne pouvons pas déployer une force de l'ONU pour la remplacer, nous courons au désastre. Et je ne pense que nous pouvons nous le permettre, surtout depuis que nous avons adopté cette résolution sur la 'responsabilité de protéger' », a-t-il déclaré en référence au principe de droit international adopté dans le document final du Sommet mondial.

« Et pas seulement ça, lorsqu'il y a eu le Rwanda, tout le monde avait dit qu'il ne fallait pas que cela se reproduise », a-t-il ajouté.

Répondant à une question sur la « responsabilité de la communauté internationale de protéger les populations victimes de violations graves des droits de l'homme, le Secrétaire général a estimé que la communauté internationale ne pouvait pas déployer de troupes au Darfour sans le consentement du gouvernement Soudan.

C'est la raison pour laquelle, a-t-il précisé, il a demandé aux Etats membres de faire pression sur le gouvernement soudanais pour qu'il accepte la transition.

A la question sur la mise en place d'une coalition de forces au Soudan, le Secrétaire général a rappelé que la communauté internationale était déjà « serrée » sur le nombre de troupes déployées dans le monde, rappelant qu'il y avait déjà 160 000 militaires en Iraq, 1 000 en Afghanistan et que l'ONU elle-même arriverait bientôt à 100.000, avec le Liban et le Timor Oriental.

« Et les gouvernements continuent de nous dire qu'ils sont au maximum de leurs capacités. Regardez les difficultés que l'OTAN a eu pour obtenir les 2.500 hommes supplémentaires en Afghanistan », a-t-il précisé.

Les Soudanais exploitent de plus le thème de l'invasion américaine en Iraq en disant « si vous voulez un autre Iraq, venez », ce qui fait peur à certains gouvernements, a-t-il ajouté.

Kofi Annan a résumé le problème en expliquant que si le Soudan donnait son consentement, se poserait dans l'immédiat le problème des troupes et que s'il fallait former une coalition, il n'y aurait pas de pays pour y participer.

Face à l'escalade militaire au Darfour et la recrudescence de la violence à l'encontre des populations civiles, Kofi Annan avait affirmé lundi, devant le Conseil de sécurité, que le gouvernement du Soudan serait tenu pour responsable.

Il avait lancé un appel aux dirigeants et des gouvernements africains, qui sont en position d'influencer le gouvernement du Soudan, pour qu'ils fassent pression.

Il avait aussi demandé au Conseil de sécurité d'envoyer « un message clair, fort et uniforme » (dépêche et communiqué du 11.09.06).

Se tournant aujourd'hui vers la situation en République démocratique du Congo (RDC), le Secrétaire généra a espéré que « le second tour [des élections présidentielles] se déroule aussi calmement que le premier ».

« Nous avons organisé les premières élections depuis 40 ans, et le second tour est prévu le 29 octobre. Nous travaillons très sérieusement avec toutes les parties concernées pour s'assurer que le second tour se déroule avec aussi peu d'accrocs que le premier et pour que les leaders politiques jouent les règles du jeu et acceptent les résultats quelque soit le gagnant », a-t-il affirmé.

Après cinq années de guerre (1998- 2003) et une période de transition politique chaotique, le premier tour des élections présidentielles s'est tenu le 30 juillet. Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba sont arrivés en tête avec respectivement 44,8% et 20% des suffrages exprimés.

 

 

La prévention des conflits ne peut être laissée aux gouvernements, souligne un rapport de Kofi Annan

7 septembre 2006 – Étant que les conflits armés continuent de faire rage dans le monde, la prévention ne peut pas être laissée entre les seules mains des gouvernements, a estimé le Secrétaire généra de l'ONU dans un rapport dévoilé hier par son adjoint aux affaires politiques, à la veille d'une réunion de l'Assemblée générale sur la question.

Publié cinq ans après un premier rapport global sur la question, le document affirme qu' « une culture de la prévention est effectivement en train de prendre pied aux Nations Unies », mais qu' « un fossé inacceptable entre la rhétorique et la réalité demeure dans le domaine de la prévention des conflits ».

Lors d'une conférence de presse donnée à New York, Ibrahim Gambari, Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, a souligné que le rapport préconisait une approche sur trois fronts : l'identification des sources de tension à l'intérieur et entre les sociétés, les États ou les régions ; le renforcement des normes et des institutions de la paix et le renforcement des mécanismes permettant de régler les différents interne aux États.

« S'attaquer aux conflits politiques n'était pas suffisant. Les questions de la dégradation de l'environnement, des migrations, de la pauvreté et du SIDA sont aussi à prendre en compte », a-t-il insisté.

Au Darfour, a-t-il donné en exemple, « le conflit porte sur l'environnement, l'eau et les pâturages pour le bétail ».

Ibrahim Gambari a aussi rappelé l'importance de faire en sorte que les pays soient moins vulnérables au conflit en s'attaquant aux problèmes de mauvaise gouvernance, de corruption, de manque de transparence et de distribution inéquitable des ressources.

« Aucun pays n'est assez éloigné pour ne jamais être touché par un petit groupe de personnes à l'autre bout du monde », a déclaré de son côté David Hamburg, président du Comité consultatif sur la prévention des génocides.

Soulignant que la planète était submergée par les petites armes et que la communication rendait encore plus facile l'incitation à la haine et à la violence, il a estimé que « si l'on ne parvient pas à stimuler les gens partout dans le monde à penser à la prévention, la question de la survie de l'espèce humaine au 21e siècle se pose très sérieusement ».

L'Assemblée générale débat aujourd'hui du rapport du Secrétaire général.

 

Darfour : Kofi Annan rappelle la nécessité de l'accord du Soudan pour le déploiement d'une force de l'ONU

5 septembre 2006 – A l'issue d'une rencontre avec le président égyptien à Alexandrie, le Secrétaire général a rappelé aujourd'hui la nécessité du « consentement » et de la « coopération » du gouvernement soudanais pour le déploiement d'une force onusienne au Darfour, alors que le Conseil de sécurité a annoncé la tenue lundi d'une réunion sur la question.

La coopération est « la seule façon de faire fonctionner efficacement » une force de maintien de la paix, a rappelé Kofi Annan, lors d'une conférence de presse donnée en Egypte, faisant écho aux propos tenus hier par le président soudanais sur la force de l'Union africaine (UA).

Khartoum a annoncé lundi que la Mission de l'UA au Soudan (MUAS) devait quitter le pays d'ici la fin du mois de septembre, refusant toujours le déploiement d'une force de l'ONU au Darfour et du coup « laissant planer la question de ce qui se passera pour les personnes déplacées et les personnes dans le besoin ».

« La communauté internationale a nourri et aidé environ trois millions de personnes dans des camps et ailleurs et, si nous devons partir par manque de sécurité et d'accès à la population, que se passera-t-il ? », s'est demandé le Secrétaire général.

« Le gouvernement devra en assumer la responsabilité et, s'il échoue, il devra répondre à de nombreuses questions devant le reste du monde », a-t-il prévenu.

« J'ai toujours dit que les troupes internationales viendraient pour aider le peuple soudanais, pour aider le gouvernement à protéger la population. Il ne s'agit pas d'une invasion », a-t-il ajouté.

Le président soudanais continue d'opposer sa réticence à ce qu'il considère comme une ingérence de la part de la communauté internationale.

Le Conseil de sécurité a par ailleurs décidé aujourd'hui de reporter à lundi une réunion prévue initialement vendredi sur la question du Darfour, ce qui permettra au Secrétaire général, actuellement en tournée au Moyen-Orient, d'y participer.

Les membres du Conseil ont demandé au gouvernement du Soudan, à la Ligue des Etats arabes et à l'Organisation de la conférence islamique d'envoyer à la réunion des représentants, a précisé son président pour le mois de septembre, Adamantios Vassilakis de la Grèce, lors d'une conférence de presse donnée à New York pour présenter le programme de travail mensuel.

Adamantios Vassilakis n'a pour l'instant reçu aucune réponse du Soudan.

Le Conseil de sécurité a autorisé jeudi le déploiement au Darfour d'une force des Nations Unies, qui pourrait compter jusqu'à 17 300 soldats et qui serait chargée de relayer la mission de l'UA, pour soutenir l'application de l'accord de paix signé en mai.

Sous-équipée et mal financée, la MUAS, déployée au Darfour depuis 2004, s'est révélée incapable de protéger les populations civiles de la région.

Dans sa résolution 1706, le Conseil invitait le gouvernement soudanais à consentir à un tel déploiement.

Commencée en février 2003, la guerre civile au Darfour a déjà fait au moins 200 000 morts et plus de 2 millions de déplacés.

L'accord de paix signé en mai à Abuja entre le gouvernement du Soudan et une partie des mouvements rebelles n'a pas mis fin aux combats. L'insécurité et l'impunité continuent de régner au Darfour. Les massacres à grande échelle, les viols et les pillages se poursuivent.

Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, Jan Egeland, craint une « catastrophe humanitaire sans précédent » au Darfour.

 

Soudan : l'ONU dénonce l'enrôlement généralisé d'enfants dans les conflits et la multiplication des violences sexuelles à leur encontre

22 août 2006 – Dans un rapport publié à New York sur les mauvais traitements dont sont victimes les enfants dans les conflits armés au Soudan, le Secrétaire général des Nations Unies a exhorté aujourd'hui les dirigeants des gouvernements de l'Unité nationale et du Sud Soudan à faire cesser l'enrôlement d'enfants.

Le rapport adressé au Conseil de sécurité détaille les méthodes de recrutement, les assassinats et les viols d'enfants perpétrés dans différentes localités de la région.

Il en identifie précisément les auteurs, à savoir les Forces armées soudanaises, l'Armée populaire de libération du Soudan, les Forces de défense populaires, l'Armée de libération du Soudan, l'Armée blanche, les milices janjaouid, le mouvement rebelle ougandais de l'Armée de résistance du Seigneur et les forces d'opposition tchadiennes.

« Le gouvernement d'unité nationale et le gouvernement du Sud-Soudan sont responsables directement de la commission de telles violations par des personnes relevant de leurs structures de commandement », souligne-t-il.

Le Secrétaire général est particulièrement préoccupé par la multiplication des violences sexuelles contre les jeunes filles et les femmes au Darfour, ainsi que par les informations qui font état d'enlèvements et de détournements systématiques des enfants dans cette région.

Il souligne particulièrement l'absence d'accès à plusieurs zones du Soudan pour les programmes et services de protection des enfants, surtout dans l'Est du pays.

Le Secrétaire général « engage les autorités nationales responsables du désarmement, de la démobilisation et de la réintégration à recenser sans délai les enfants qui sont dans les forces gouvernementales au Sud-Soudan et au Darfour, de sorte que les nombreux enfants du Sud-Soudan qui ont récemment été incorporés dans les Forces armées soudanaises ne soient pas démobilisés sans bénéficier d'une aide adéquate pour retrouver leur famille et reprendre une vie normale ».

Le rapport indique enfin que la Représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés, Radhika Coomaraswamy du Sri Lanka, prévoit de diriger une mission au Soudan prochainement.

 

mardi 18 juillet 2006, 20h29 

La communauté internationale fait pression sur Khartoum pour qu'il accepte des casques bleus au Darfour

BRUXELLES (AP) - La communauté internationale a exhorté mardi le régime soudanais d'accepter le déploiement de casques bleus au Darfour pour prendre le relais d'un contingent de l'Union africaine.

"Ceux qui ont signé l'accord de paix sur le Darfour ne l'appliquent pas, et il y a deux parties importantes qui continuent à refuser de le signer", a déploré le chef de la diplomatie européenne Javier Solana lors d'une conférence des donateurs sur le conflit. "Pendant ce temps, la population du Darfour vit une troisième année de souffrances".

Cette conférence co-présidée par l'ONU et l'Union européenne à Bruxelles était destinée à faire pression sur les deux factions rebelles qui refusent encore de signer l'accord de paix du 5 mai dernier et à convaincre Khartoum d'accepter les casques bleus.

Les participants, parmi lesquels le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, le chef de l'Union africaine Alpha Oumar Konaré et des représentants de plus de 70 pays, ont uni leurs voix pour exhorter le gouvernement soudanais à accepter une mission de maintien de la paix de l'ONU et appeler à l'arrêt des violences. "Cela doit cesser immédiatement", a déclaré Kofi Annan.

La conférence a permis de récolter 200 millions de dollars (159,6 millions d'euros) pour financer la mission de l'UA, forte de 7.300 hommes, dans les mois qui viennent. Les Etats-Unis se sont engagés à verser 116 millions de dollars (92,6 millions d'euros), la Commission européenne 38 millions de dollars (30 millions d'euros) et les Pays-Bas 25 millions de dollars (20 millions d'euros).

Ce chiffre représente environ la moitié du montant jugé nécessaire par l'Union africaine pour poursuivre sa mission jusqu'à la fin de l'année, date à laquelle les casques bleus devraient prendre le relais. Mais Alpha Oumar Konaré a déclaré à la presse que plusieurs pays lui avaient promis des fonds supplémentaires dans les mois qui viennent.

Plusieurs responsables ont espéré que Khartoum reviendra sur sa position de refuser le déploiement d'un contingent de l'ONU. "Nous nous rapprochons probablement d'un changement de position", a déclaré Javier Solana à l'issue d'un entretien avec le ministre soudanais des Affaires étrangères Lam Akol. "La situation actuelle nécessite une action immédiate", a-t-il ajouté.

Depuis février 2003, la province du Darfour, dans l'ouest du Soudan, est ravagé par une guerre civile qui a fait environ 200.000 morts et plus de deux millions de déplacés. Le conflit oppose les rebelles de la province au gouvernement soudanais, accusé d'avoir lancé les milices arabes, les Janjawid, contre les populations noires de la région. Un accord de paix a été signé le 5 mai dernier à Abuja, au Nigeria, entre Khartoum et certains mouvements rebelles, dont l'Armée de libération du Soudan. AP

Déclaration de Kofi Annan en ce 18 juillet 2006 à propos du Darfour :

SELON KOFI ANNAN, LE RÉTABLISSEMENT DE LA PAIX AU DARFOUR PASSE PAR LE RENFORCEMENT DE LA MISSION DE L’UNION AFRICAINE ET LA TRANSITION VERS UNE OPÉRATION DE L’ONU

On trouvera ci-après l’allocution du Secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan, à la Conférence d’annonce de contributions de la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS) qui s’est tenue aujourd’hui à Bruxelles:

La présente réunion, qui ne s’est faite que trop attendre, est d’une importance capitale. Nous nous trouvons ici pour que l’Union africaine obtienne les ressources dont elle a besoin pour mener à bien ses activités fondamentales au Darfour. La vie de nombreux milliers d’enfants, de femmes et d’hommes dépend sans doute de l’issue de nos efforts.

Nous nous sommes réunis à Addis-Abeba il y a un an, pour exprimer notre appui aux efforts de la Mission de l’Union africaine au Soudan, la MUAS, et pour annoncer des contributions à cet égard, en espèces et en nature.

Depuis lors, nous avons eu certaines raisons d’espérer que le conflit au Darfour pouvait être réglé et qu’il pourrait être mis fin aux souffrances terribles qui en découlaient.

Nous disposons au moins maintenant de l’Accord de paix sur le Darfour, qui constitue un cadre indispensable pour en finir avec la violence. Cet accord est une feuille de route qui devrait nous permettre de passer des destructions infligées durant les trois dernières années à la stabilité et, dans le plus long terme, à une vie meilleure pour tous les habitants du Darfour.

De même, l’an dernier, une opération humanitaire sans précédent –la plus grande du monde– a permis, malgré tous les obstacles, de soutenir des millions de vies au Darfour et même d’assurer des services d’éducation et de santé à des niveaux inconnus avant le conflit.

Il s’agit là de réalisations majeures –fruits des efforts inlassables du peuple soudanais, de l’Union africaine et de la communauté internationale.

Oui, nous avons des raisons d’espérer. Mais notre déception sera cruelle si nous n’évaluons pas honnêtement les obstacles qu’il nous reste à vaincre au Darfour et si nous ne nous engageons pas à y faire front.

En particulier, il nous faut admettre que certaines parties n’ont pas accepté l’Accord de paix et que, pour parler en toute franchise, de nombreux secteurs de la population du Darfour sont très inquiets devant certaines de ses dispositions fondamentales.

Ces appréhensions ne doivent pas être négligées, mais ne doivent pas non plus servir d’excuses pour rouvrir les négociations. Le dialogue sur la paix au Darfour doit se poursuivre et être élargi de manière à inclure les principales parties prenantes qui n’y participent pas encore.

Ce qu’il faut éviter –et ce qui malheureusement arrive encore beaucoup trop souvent à l’heure actuelle– c’est le retour de la violence. Les fautifs sont en partie ceux qui ont refusé de signer l’Accord, mais aussi certains des signataires.

Cet état de choses doit cesser immédiatement. Ceux qui préparent et commettent des attaques et ceux qui les tolèrent ou en sont complices nuisent aux acquis chèrement obtenus à Abuja. Ils sapent activement les espoirs de paix du Darfour.

Aucune partie ne doit pouvoir utiliser l’Accord de paix comme prétexte à de nouvelles violences. Cette démarche nuirait gravement à ses chances de devenir un instrument efficace de paix et de réconciliation qu’attendent depuis plus de trois ans des millions de personnes au Darfour.

Une porte est maintenant ouverte pour qu’il puisse être mis fin à ce conflit cruel. Mais il faut agir vite, car elle se refermera bientôt.

Notre tâche, aujourd’hui, consiste à faire obstacle à cette éventualité. Ce que nous pouvons accomplir ici est essentiel.

La MUAS a agi vaillamment, dans des conditions très difficiles. Mais elle doit absolument obtenir davantage de ressources et de pouvoirs pour être à même d’exécuter ses activités essentielles. Sinon, l’Accord de paix sera mis en péril et personne ne sera en sécurité au Darfour.

C’est pourquoi les annonces que nous allons faire aujourd’hui sont d’une importance capitale et doivent se traduire sans retard par des contributions effectives, en nature et en espèces.

Entre-temps, je proposerai au Conseil de sécurité que l’Organisation des Nations Unies soit autorisée à assurer un nouvel appui à la MUAS, comme il a été convenu durant notre mission d’évaluation conjointe. Toutefois, cet appui viendra en complément de ce qui vous est demandé aujourd’hui –et ne s’y substituera pas. Nous ne pouvons nous permettre de perdre encore du temps avant de commencer à donner à la MUAS les ressources supplémentaires dont elle a besoin.

La MUAS doit pouvoir se concentrer sur les nombreuses tâches complexes qui lui sont demandées dans l’Accord de paix pour ce qui est de protéger les civils et de répondre aux violations du cessez-le-feu.

Nous attendrons aussi beaucoup, bien entendu, du Gouvernement soudanais. Le succès de l’Accord de paix dépendra dans une large mesure de ses actions, ainsi que de celles des autres signataires.

Le Président Bashir et moi-même avons examiné cette question au Sommet de l’Union africaine à Banjul. Il m’a assuré que son Gouvernement avait l’intention d’appliquer l’Accord de paix. Pour ma part, j’ai réaffirmé que l’ONU s’engageait à tout faire en son pouvoir pour mettre fin à la violence au Darfour et permettre à la paix de prendre racine. Le Gouvernement soudanais a collaboré étroitement avec la communauté internationale pour mettre en œuvre l’Accord de paix global dans le sud. J’espère que nous pourrons nous prévaloir de cette coopération pour appliquer aussi l’Accord de paix sur le Darfour.

J’ai dit sans ambages au Président Bashir que le renforcement de la MUAS, à court terme, et la transition vers une opération des Nations Unies au Darfour, à moyen terme, constituaient deux outils fondamentaux dont disposaient le peuple et le Gouvernement soudanais, ainsi que la communauté internationale.

Nous n’avons pas d’intentions cachées; notre seul souci est de répondre aux besoins urgents de la population du Darfour. Les forces de maintien de la paix des Nations Unies –qui viendront essentiellement de l’Afrique et de l’Asie, avec un certain appui supplémentaire et indispensable de pays développés– arriveront au Darfour non pas en tant qu’occupants, mais en tant que porteurs d’aide.

Ceux qui évoquent le spectre de la violence contre les Casques bleus font non seulement fausse route, mais refusent aussi à leurs propres compatriotes l’aide dont ils ont si désespérément besoin.

Le renforcement de la MUAS et la transition vers une opération des Nations Unies sont des moyens par lesquels le Gouvernement soudanais peut assurer la protection de sa population au Darfour et lui donner l’espoir d’une vie meilleure dans la paix, la liberté et la prospérité.

Nous poursuivrons nos discussions actives avec le Gouvernement soudanais sur cette base et, ensemble, nous trouverons une solution qui soit acceptable pour le Gouvernement, le peuple soudanais et la communauté internationale. L’Organisation des Nations Unies, l’Union africaine et le Gouvernement soudanais partagent le même objectif: celui d’assurer une paix durable au Darfour. Faisons en sorte d’y parvenir.

Le peuple soudanais s’est enfin engagé sur la route de la paix au Darfour. L’Union africaine les a accompagnés pas à pas. Il importe maintenant d’atteindre à coup sûr la destination finale, afin que les millions de personnes déplacées puissent regagner leurs foyers et que ce terrible conflit puisse enfin prendre fin.

Je vous remercie.

 

 

Situation "intenable" au Darfour, affirme Jan Egeland

11 juillet 2006 – La situation au Darfour est « totalement intenable », a déclaré aujourd'hui le responsable des opérations humanitaires des Nations Unies, Jan Egeland, qui a souligné l'urgence du déploiement d'une force de l'ONU dans la région où les factions rebelles sont maintenant principalement responsables des exactions.

« La situation au Darfour ne va pas dans le bon sens. Nous avons un accès légèrement amélioré dans le Sud-Darfour, mais il est désormais difficile dans le Nord et Ouest Darfour », a déclaré aujourd'hui Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU, lors d'une conférence de presse à New York.

« La sécurité est inexistante pour la population civile, comme pour les travailleurs humanitaires », a-t-il affirmé.

Fait nouveau, les combats les plus importants ont lieu désormais entre les membres du mouvement rebelle de l'ALS (Armée de libération du Soudan). La faction conduite par Mini Minawi, qui a, de façon positive, signé l'accord de paix sur le Darfour avec le gouvernement soudanais a ainsi attaqué un village abritant une de ses factions qui entend poursuivre le combat, le 'G19' et la faction Abdul Wahid.

« Ces combats ont déplacés 8.000 civils au cours des 10 jours seulement », a dit Jan Egeland.

Le Coordonnateur humanitaire a souligné que les meurtres, les viols massifs et les pillages se poursuivaient.

« Il est désolant de voir que l'ALS est en train de faire exactement ce qu'elle reproche aux janjawids », a dit Jan Egeland.

Interrogé sur le fait que l'accord de paix d'Abuja aurait aggravé la situation, Jan Egeland en a défendu le contenu mais a ajouté qu'un accord de paix renforçait toujours les tensions dans un premier temps.

Après des mois de négociations, un accord de paix a été signé le 5 mai dernier à Abuja, entre certains mouvements rebelles du Darfour, notamment l'Armée de libération du Soudan (ALS), et le gouvernement soudanais (dépêche du 5.5.06). Néanmoins, la faction Abdul Wahid de l'ALS et le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), deux importants mouvements rebelles du Darfour, ont refusé de s'y associer.

« Par ailleurs, a annoncé Jan Egeland, les attaques se poursuivent quotidiennement contre le personnel humanitaire».

Le Secrétaire général adjoint a notamment fait état du meurtre d'un travailleur humanitaire de l'ONG 'CARE' cette semaine dans le camp de Kalma, près de Nyala, et du pillage de camions du Programme alimentaire mondial (PAM). Par ailleurs OXFAM a dû interrompre ses opérations dans deux de ses six bureaux du Nord Darfour après l'enlèvement d'un de ses membres nationaux.

Jan Egeland a aussi confirmé que le gouvernement soudanais utilisait pour ses opérations militaires et ses forces de sécurité des hélicoptères blancs, de la même couleur que ceux de l'ONU et des ONG.

« C'est une violation du droit international et cela constitue une menace pour nos personnel qui se déplacent dans des véhicules de cette couleur pour annoncer leur neutralité », a-t-il déploré.

Face à la dégradation de la situation, qu'il a qualifiée de « totalement intenable », le Secrétaire général adjoint a plaidé une fois de plus pour l'envoi au plus vite d'une mission des Nations Unies sur le terrain.

A cet égard, Jan Egeland a rejeté les critiques provenant des milieux gouvernementaux soudanais consistant à considérer la future mission comme une opération occidentale.

Le président Béchir du Soudan s'est en effet pour l'instant opposé à l'idée d'une telle force.

« Les plus importants contributeurs de troupes à la future mission proviennent de l'Asie du Sud Est et de l'Afrique, les pays européens et occidentaux, une fois de plus, n'ayant pas contribué de troupes. Il est donc faux de dire que la force serait une force occidentale », a souligné Jan Egeland.

Revenant d'une mission d'évaluation effectuée sur le terrain, Jean-Marie Guéhenno, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, expliquait à la fin du mois de juin qu'il espérait pouvoir déployer une force qui serait composée de trois brigades, comprenant chacune trois à cinq bataillons, à partir du mois de janvier 2007.

Il avait aussi appelé une fois de plus au renforcement immédiat de la force de l'Union africaine (UA) déployée au Darfour jusqu'au mois de décembre.

Le Darfour est ravagé depuis février 2003 par une guerre civile qui a fait au moins 200.000 morts et plus de 2 millions de déplacés.

Le Secrétaire général plaide depuis le mois de janvier pour le déploiement de casques bleus au Darfour. Le Conseil de sécurité a donné son feu vert au mois de mars.

Kofi Annan se rendra le 18 juillet à Bruxelles pour participer à une conférence des donateurs en vue de renforcer la Mission de l'Union africaine au Darfour, a annoncé aujourd'hui sa porte-parole à New York.

 

Le Conseil de sécurité préoccupé par les conséquences de la violence au Darfour sur la Centrafrique

7 juillet 2006 – Dans une déclaration à la presse, le Conseil de sécurité s'est déclaré aujourd'hui « gravement préoccupé » par le fait que la persistance de la violence au Darfour et la détérioration des relations entre le Tchad et le Soudan pourraient avoir « un impact négatif sur la sécurité et la stabilité de la République centrafricaine ».

Le Conseil de sécurité a souligné l'importance qu'il attache à « la mise en ?uvre de l'accord de Tripoli du 8 février 2006 par les parties signataires », réitéré « le respect de l'intégrité territoriale de la République centrafricaine » et appelé tous les États de la région à « coopérer en vue d'assurer la stabilité régionale », a déclaré le président pour le mois de juillet, l'ambassadeur de la France, Jean-Marc de la Sablière, devant les journalistes.

« Les membres du Conseil de sécurité ont invité les autorités centrafricaines à accélérer leurs efforts de restructuration des Forces armées nationales », a encore affirmé le président.

Le Conseil a par ailleurs exprimé sa préoccupation devant « le développement de la pauvreté dans le pays, la fragilité du redressement économique et la détérioration de la situation humanitaire ».

Les membres du Conseil ont en conséquence invité les autorités centrafricaines à poursuivre leurs efforts visant à réformer les finances publiques et à améliorer la gouvernance.

Ils ont également appelé les partenaires bilatéraux et les institutions internationales à « renforcer leur appui aux efforts des autorités centrafricaines et à fournir à ce pays toute l'aide humanitaire nécessaire ».

Le Conseil de sécurité a enfin appelé les autorités centrafricaines et tous les acteurs politiques à régler leurs différends « de façon pacifique et par le dialogue » et à ?uvrer pour la paix et la cohésion nationale « dans le strict respect des droits de l'homme et de l'état de droit ».

A cet égard, les membres ont demandé aux autorités centrafricaines de « mettre un terme à l'impunité en traduisant devant la justice les responsables de violations des droits de l'homme ».

La déclaration a été faite à l'issue de consultations à huis clos sur la situation en République centrafricaine au cours desquelles le Représentant spécial du Secrétaire général, le général Lamine Cissé, a dressé un bilan de la situation dans le pays.

 

27 juin 2006 –  L'ONU au Darfour en janvier 2007 ?

Après une mission d'évaluation effectuée sur le terrain, Jean-Marie Guéhenno, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, a espéré aujourd'hui pouvoir déployer une force des Nations Unies au Darfour qui serait composée de trois brigades, comprenant chacune trois à cinq bataillons, à partir du mois de janvier.

« Il faut renforcer immédiatement la force de l'Union africaine (UA) déployée au Darfour jusqu'au mois de décembre », a d'abord rappelé Jean-Marie Guéhenno, lors d'une rencontre avec la presse, à l'issue de consultations avec le Conseil de sécurité sur le Soudan.

La Mission de l'UA au Soudan (MUAS) a en effet prévu de se retirer au mois de décembre.

Lors de consultations à huis clos, Jean-Marie Guéhenno a fait un bilan de la mission d'évaluation conjointe ONU/UA pour le déploiement d'une force des Nations Unies au Darfour qu'il a mené pendant 10 jours.

A l'issue de cette mission et devant les journalistes à New York, le Secrétaire général adjoint a espéré pouvoir déployer « une mission substantielle », « sérieuse », composée de trois brigades, comprenant chacune entre trois et cinq bataillons, au mois de janvier 2007.

« Mais une opération de maintien de la paix ne pourra être déployée au Darfour que si nous avons le consentement du gouvernement du Soudan », a-t-il souligné.

Le président Béchir est pour l'instant opposé à l'idée d'une telle force.

Kofi Annan a indiqué aujourd'hui qu'il avait prévu de rencontrer le président du Soudan, en marge du sommet de l'UA à Banjul en Gambie samedi, pour tenter de le convaincre.

« D'autres dirigeants africains le rencontreront aussi (...) J'espère qu'avec les autres leaders nous serons en mesure de convaincre le président du Soudan. (...) J'espère que la pression collective fera la différence », a expliqué le Secrétaire général, lors d'une rencontre avec la presse également à New York.

Jean-Marie Guéhenno a aussi rappelé la nécessité d'un « dialogue Darfour-Darfour » et la mise en oeuvre de l'accord de paix, signé le 5 mai dernier à Abuja, entre le gouvernement du Soudan et les rebelles.

Il a en effet observé une diminution de la violence dans certaines zones du Darfour depuis la signature de l'accord - pas dans le Darfour ouest.

« Nous avons besoin d'un dialogue Darfour-Darfour qui soit crédible, transparent et inclusif autant que nous avons besoin d'une force des Nations Unies », a-t-il insisté.

Le Darfour est ravagé depuis février 2003 par une guerre civile qui a fait près 300 000 morts et plus de 2 millions de déplacés.

Le Secrétaire général plaide depuis le mois de janvier pour le déploiement de casques bleus au Darfour. Le Conseil de sécurité a donné son feu vert au mois de mars.

 

La violence au Darfour est montée d'un cran au cours des cinq derniers mois

23 mai 2006 – Un nouveau rapport sur la situation des droits de l'homme au Soudan, réalisé par le Haut Commissariat des Nations Unies et publié aujourd'hui, affirme que la violence au Darfour est montée d'un cran au cours des cinq derniers mois, à la fois en intensité et en fréquence, comme en atteste le bombardement récent de Gereida par un avion des forces gouvernementales.

« Les violations des droits de l'homme au Darfour ont continué alors que le conflit s'est intensifié. Il y a eu échec à protéger les civils contre les attaques, y compris contre les violences sexuelles. Les auteurs n'ont pas eu non plus à répondre de leurs crimes », indique un communiqué du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) publié aujourd'hui pour annoncer la parution du rapport réalisé.

Le rapport qui couvre la période de décembre 2005 à avril 2006 atteste de violences à travers toute la région du Darfour. Preuves à l'appui, il fait notamment état des attaques d'une vingtaine de villages dans la zone de Gereida au Darfour Sud, entre les mois de janvier et d'avril, par des milices armées et des forces du gouvernement.

Dans son communiqué, le HCDH est particulièrement alarmé par le fait que « le gouvernement ait eu recours à des hélicoptères armés » et à « un avion pour bombarder le village de Gereida, pas plus tard que le 24 avril ».

Le retour des combats a eu des conséquences désastreuses pour les populations civiles et les travailleurs humanitaires, souligne aussi le rapport. « L'accès des travailleurs humanitaires aux populations dans le besoin a été très limitée en raison de l'insécurité », précise le HCDH.

« Alors que les massacres de civils, les viols de femmes et de filles et les pillages de villages entiers continuent au Darfour, la culture de l'impunité continue de régner », affirme le document.

« Il apparaît que la Cour pénale internationale a un rôle important à jouer au Darfour pour porter devant la justice des membres du gouvernement, de milices et de groupes rebelles », ajoute le HCDH.

Le rapport, réalisé en collaboration avec la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS selon son acronyme anglais), dénonce aussi les mauvais traitements, les détentions arbitraires et les harcèlements de personnes qui militent pour les droits de l'homme dans tout le Soudan.

Le document déplore aussi l'échec de la réforme de la Sécurité nationale et des lois qui protègent les membres du gouvernement contre les poursuites judiciaires.

Il accuse enfin les autorités soudanaises de faire obstruction aux experts des droits de l'homme de l'UNMIS.

 

Darfour : le Conseil de sécurité adopte une résolution pour accélérer le déploiement d'une force de l'ONU

16 mai 2006 – Le Conseil de sécurité a adopté aujourd'hui une résolution, sous chapitre VII, destinée à accélérer le déploiement d'une force des Nations Unies dans la région du Darfour au Soudan qui remplacerait l'actuelle force de l'Union africaine pour faire respecter l'accord de paix signé à Abuja et protéger les populations civiles qui continuent d'être victimes d'atrocités.

Par la résolution 1679 adoptée aujourd'hui à l'unanimité, le Conseil de sécurité demande à toutes les parties à l'accord de paix au Darfour de « collaborer » pour accélérer la transition d'une force de l'Union africaine (UA) - appelée la MUAS - à une force de maintien de la paix.

Dans sa résolution 1633 adoptée le 24 mars, le Conseil de sécurité avait déjà autorisé le déploiement d'une telle force.

Le Conseil de sécurité a notamment demandé que soit dépêchée sur le terrain « une mission d'évaluation technique conjointe de l'UA et de l'ONU dans la semaine » afin d'étudier le déploiement d'une opération de maintien de la paix.

A ce propos, le Conseil prie le Secrétaire général de le saisir, dans la semaine qui suivra le retour de la mission d'évaluation, de « recommandations sur tous les aspects du mandat que l'opération des Nations Unies au Darfour, y compris la structure de la force, les renforts nécessaires, les pays qui pourraient fournir des contingents et le détail des coûts à prévoir ».

En attendant la transition, le Conseil de sécurité demande à l'UA de se concerter avec l'ONU à propos des ressources qu'il faut prévoir pour « donner à la MUAS les moyens de faire appliquer les arrangements de sécurité de l'accord de paix ».

La résolution demande aussi aux parties de « respecter les engagements qu'elles ont pris et de mettre l'accord en application sans retard et invite « les parties qui ne l'ont pas fait à signer l'accord sans attendre ».

Le 5 mai dernier à Abuja, le gouvernement du Soudan et le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM) ont signé un accord de paix. Deux autres groupes rebelles du Darfour ont refusé de signer. Le conflit qui a démarré en février 2003 a déjà plus de 300.000 morts et provoqué le déplacement de plus de 2 millions de personnes.

Agissant en vertu du chapitre VII de la Charte de l'ONU, le Conseil « entend envisager de prendre (...) des mesures énergiques et efficaces, telles que l'interdiction de voyager et le gel des avoirs, à l'encontre de toute personne ou tout groupe qui contreviendrait à l'accord de paix au Darfour ou tenterait d'en empêcher la mise en oeuvre ».

Le chapitre VII prévoit des « mesures coercitives » en cas de menace à la paix, allant « des sanctions économiques et autres sanctions n'impliquant par l'emploi de la force armée jusqu'à l'intervention militaire internationale ».

A l'issue du vote, les représentants de la Russie, de la Chine et du Qatar ont expliqué leur position.

Le représentant russe a voulu que la référence au chapitre VII ne préjuge pas du mandat de la présence future des Nations Unies au Darfour qui devra tenir compte de tous les facteurs et de la dynamique de la situation.

Le représentant chinois a également fait part de ses réserves quant à la mention du chapitre VII. Il a souligné que ce chapitre n'était évoqué qu'en cas de « menaces à la paix et à la sécurité internationales ou de menaces d'agression », ce qui ne correspond pas à la situation au Darfour. L'approbation de la Chine ne « saurait être considérée comme un précédent pour les futures discussions au Conseil de nouvelles résolutions sur le Soudan ».

Tout déploiement d'une mission de l'ONU doit se fonder sur l'accord du gouvernement soudanais. Il s'agit là d'un principe fondamental et d'une condition préalable au déploiement de toute mission de l'ONU, a-t-il ajouté.

Dans une déclaration présidentielle adoptée le 9 mai dernier, le Conseil de sécurité avait déjà demandé au Secrétaire général d'accélérer les mesures pour renforcer la force de l'UA au Darfour et les préparatifs visant à mettre en place une opération des Nations Unies qui la remplacerait.

Dans sa déclaration, le Conseil de sécurité avait aussi appelé le Secrétaire général à convoquer sans retard une conférence des donateurs.

Dans une tribune publiée hier dans le « Financial Times », Kofi Annan a mentionné l'organisation d'une conférence des donateurs « éventuellement à Bruxelles début juin ». « Mais j'en appelle aux donateurs pour qu'ils n'attendent pas jusque-là. Qu'ils se montrent très généreux et qu'ils le fassent tout de suite », a-t-il ajouté.

« Il n'y a pas un jour à perdre », a-t-il insisté.

 

Darfour : Louise Arbour appelle la CPI à exercer son mandat au Darfour

11 mai 2006 – Après une mission effectuée au Darfour, Louise Arbour, Haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, a déclaré aujourd'hui qu'il était important que la Cour pénale internationale (CPI) exerce son mandat de manière « plus musclée et plus visible » face aux crimes contre l'humanité commis dans la région depuis le 1er juillet 2002.

« Du fait de l'inaptitude persistante du gouvernement soudanais à s'attaquer au problème de l'impunité, il est essentiel que la Cour pénale internationale exerce son mandat dans cette affaire de façon musclée et visible », a affirmé Louise Arbour, lors d'une conférence de presse donnée aujourd'hui à Genève, à l'issue de sa deuxième visite dans la région du Darfour au Soudan.

Selon la Haut Commissaire, les attaques contre les civils, les raids, les pillages dans les villages se poursuivent. L'insécurité demeure à l'extérieur comme à l'intérieur des camps de personnes déplacées au Darfour.

Louise Arbour a aussi indiqué que la violence sexuelle autour des camps ne semblait pas avoir baissé ou avoir été limitée par le gouvernement de quelque manière que ce soit.

Elle a aussi fait part de sa préoccupation sur le sort des femmes qui avaient été violées et qui craignaient maintenant que leurs enfants ne soient mis au ban de la société.

« Un an et demi après ma première visite, la situation est toujours aussi critique, et même pire, sous certains aspects », avait déjà déclaré Louise Arbour dans un communiqué diffusé vendredi dernier à Khartoum.

Louise Arbour s'était rendue pour la première fois dans la région du Darfour au mois de septembre 2004.

Dans sa résolution 1593 adoptée en mars 2005, le Conseil de sécurité avait déféré la situation au Darfour au Procureur de la Cour pénale internationale (CPI), permettant ainsi de traduire devant la Cour les auteurs des exactions commises depuis le 1er juillet 2002.

Le rapport de la Commission d'enquête sur les violations des droits de l'homme perpétrées au Soudan avait confirmé, en février 2005, que le gouvernement soudanais et les milices janjaouites avaient commis des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre

 

Darfour et Ouganda, deux "plaies ouvertes" de l'Afrique, selon Jan Egeland

20 avril 2006 – Le responsable des affaires humanitaires de l'ONU, Jan Egeland, a demandé aujourd'hui au Conseil de sécurité de faire pression sur l'Ouganda et le Soudan pour faire cesser l'insécurité qui menace des millions de vies, prévenant qu'au Darfour les secours humanitaires sont « au bord de l'effondrement ».

« En Ouganda, la situation est aussi grave que lorsque j'ai pris la parole au Conseil de sécurité il y a deux ans, mais pour la première fois nous avons l'espoir d'améliorer les choses », a déclaré Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU, lors d'une rencontre avec la presse, à l'issue d'un exposé à huis devant le Conseil de sécurité, sur la situation humanitaire en Afrique.

« Hier encore des enfants ont été kidnappés par l'Armée de résistance du Seigneur (Lord's Resistance Army, LRA) », groupe armé connu pour ses activités sanguinaires dans le nord de l'Ouganda, mais pour la première fois nous avons « un véritable dialogue avec le gouvernement », a estimé Jan Egeland a rendu compte au Conseil de sécurité de sa récente visite dans la région.

Pour la première fois aussi, le Conseil de sécurité a aussi abordé la situation en Ouganda en tant que point à l'ordre du jour de son agenda, à travers un exposé des ministres des Affaires étrangères et de la Défense du pays.

Abordant par ailleurs la situation au Darfour, Jan Egeland annoncé qu'il comptait se rendre dans la région au début du mois de mai, indiquant que le gouvernement semblait avoir changé de position sur sa visite.

Le gouvernement soudanais avait refusé début avril l'entrée du Secrétaire général adjoint au Darfour lors de sa dernière visite dans la région.

« Aujourd'hui nous avons 14.000 travailleurs humanitaires sur le terrain, des Nations Unies, de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, et nous avons 3 millions de personnes à aider », a rappelé Jan Egeland.

« Alors que nous avions réussi à réduire la mortalité au niveau d'avant la guerre au Darfour, la tendance a changé en août dernier et je ne crois pas que la communauté internationale comprenne à quel point la situation est terrible à présent », a affirmé le Coordonnateur des secours d'urgence.

« En janvier, 60 villages ont été vidés malgré la présence des forces courageuses de l'Union africaine. Pour l'heure, nous retirons notre personnel du front en raison de l'insécurité », ce qui signifie une aggravation de la situation pour les plus de 200.000 personnes qui sont inaccessibles et n'ont pas de nourriture, a dénoncé Jan Egeland.

« Nous nous sentons trop seuls », en tant que personnel humanitaire, a-t-il déploré.

Interrogé sur l'absence des pays occidentaux dont pas un seul n'a offert de troupes pour une future opération de maintien de la paix au Darfour, Jan Egeland a estimé qu'ils « n'avaient pas été très courageux ».

« On ne peut pas laisser les Africains et les Asiatiques faire le travail sur un continent qui représente la plus grande tragédie de notre temps », a-t-il ajouté.

« On met des sparadraps sur des plaies ouvertes. Il faut d'abord soigner la plaie. Une force des Nations Unies sera mieux à même d'aider », a souligné le Secrétaire général adjoint, qui a déploré que le gouvernement soudanais ait récemment refusé l'entrée de la mission exploratoire de l'ONU sur le terrain ».

Le Conseil de sécurité a demandé le 11 avril dernier au Secrétaire général l'envoi d'une mission d'évaluation avant le 30 avril, afin d'accélérer les préparatifs d'une mission de maintien de l'ONU au Darfour, qui devra remplacer définitivement celle de l'Union africaine d'ici au 30 septembre.

Pour l'avenir, « il nous faut la sécurité sur le terrain, il faut que le gouvernement [soudanais] nous permette de travailler, il faut que la guérilla cesse ses opérations de détournement des convois humanitaires, et enfin il faut de l'argent », a déclaré le Secrétaire général adjoint.

Jan Egeland a indiqué que les secours au Darfour souffraient d'un déficit de financement drastique. « Nous n'avons que le dixième des sommes dont nous avons besoin. Un seul donateur – le Royaume-Uni - a donné plus que l'année dernière. Certains ont donné la même chose voire moins », a-t-il précisé

« Nous avons aujourd'hui 18% du 1,5 milliard dont nous avons besoin. L'année dernière nous avions plus du double de cette somme à la même époque », a-t-il ajouté.

« Dans quelques semaines voire quelques mois nous assisterons à un effondrement de l'opération humanitaire au Darfour », a-t-il prévenu. « Dix ans après le Rwanda, je ne crois pas que l'on souhaite assister à un tel effondrement au Darfour », a-t-il comparé.

Interrogé sur les raisons de ce déficit, Jan Egeland s'est demandé si la communauté internationale n'était peut-être capable de courir que des « sprints » et pas des « marathons ». « Et la situation au Darfour est un marathon », a-t-il insisté.

Sur la question du financement, Jan Egeland a souhaité que la communauté internationale dans son ensemble contribue, qu'il s'agisse de l'Asie ou du Moyen-Orient. A cet égard, il a rappelé avoir abordé la question de l'assistance avec les pays du Golfe, plaidant pour une assistance multilatérale.

 

mardi 18 avril 2006, 21h42 

Le président Idriss Déby évoque un risque d'embrasement au Tchad

agrandir la photo N'DJAMENA (Reuters) - Le président tchadien Idriss Déby, dont le régime est menacé par une rébellion armée venue de l'Est, a évoqué le risque d'un embrasement similaire à celui de Côte d'Ivoire si l'élection présidentielle devait être reportée.

"S'il n'y a pas d'élection le 3 mai, (...) il y aura un vide constitutionnel et il n'est pas exclu qu'on assiste à une guerre civile généralisée facilitée par le régime de Khartoum", a déclaré mardi le chef de l'Etat dans un entretien accordé à l'envoyé spécial de l'agence Reuters.

Les rebelles, recrutés et armés par le Soudan selon N'Djamena, se sont attaqués jeudi à la capitale où ils ont été repoussés par l'armée et ont juré de perturber le scrutin à l'occasion duquel Déby briguera un troisième mandat.

"Le Soudan a agressé le Tchad jusqu'à venir à la porte de N'Djamena. Comment appelez-vous cela si ce n'est pas la guerre?

"Si on nous agressait demain, nous répondrions. Nous ne voulons pas la guerre, mais nous nous défendrons!", a-t-il affirmé, accusant son voisin oriental de vouloir exporter son régime fondamentaliste.

"Le Tchad est un pont. Si ce pont cède par rapport à Khartoum, c'est toute l'Afrique au sud du Sahara qui va être menacée de déstabilisation. Ce sera pire que la Côte d'Ivoire, pire que la guerre dans les Balkans."

Les autorités tchadiennes ont présenté des prisonniers et des équipements qui prouvent, assurent-elles, l'implication du Soudan dans l'offensive de jeudi. Une équipe formée par les Nations unies et l'Union africaine sera autorisée à les inspecter dans les jours qui viennent, a assuré le président, qui a exhorté à nouveau la communauté internationale à garantir la sécurité au Darfour.

Cette région de l'ouest du Soudan, frontalière du Tchad, est depuis février 2003 le théâtre d'affrontements entre mouvements rebelles et milices arabes soutenues par Khartoum qui ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts et deux millions de déplacés et qui menacent la stabilité de la région.

"Nous demandons l'intervention, non seulement onusienne, mais l'intervention militaire de la communauté internationale", a-t-il rappelé.

"UN TRAITEMENT SPÉCIAL POUR LE TCHAD"

Déby, au pouvoir depuis près de 16 ans, a par ailleurs exclu toute concession dans son litige avec la Banque mondiale sur l'affectation des recettes pétrolières de ses gisements de Doba, dans le Sud.

Prié de dire s'il était prêt à faire des compromis sur ce point, le président a répondu à Reuters: "Non! Je dis non parce que le Tchad n'est pas le seul pays pétrolier au monde. Le Tchad n'est pas le seul pays pétrolier en Afrique. Pourquoi y a-t-il un traitement spécial pour le Tchad?"

Auparavant, le ministre du Pétrole, Mahamat Nasser Hassan, avait déclaré à Reuters qu'à la suite d'une offre de médiation américaine, le gouvernement tchadien avait bon espoir de régler d'ici la fin du mois son différend avec la Banque mondiale et les compagnies pétrolières membres du consortium exploitant le pétrole de Doba.

N'Djamena menace de fermer le 30 avril les vannes du pétrole si la Banque mondiale ne débloque pas ses dividendes gelés ou si le consortium piloté par l'Américain Exxon Mobil ne verse pas au moins 100 millions de dollars.

La Banque mondiale a gelé sur un compte en dépôt fiduciaire les avoirs pétroliers du Tchad, accusant N'Djamena d'avoir violé un accord en amendant unilatéralement en décembre la législation sur les revenus pétroliers pour puiser dans les fonds réservés en théorie aux générations futures.

Par le passé, le chef de l'Etat a déclaré que le Tchad avait besoin de la manne pétrolière, dont une partie devrait théoriquement alimenter "un fonds pour les générations futures", pour l'aider à assurer la sécurité nationale face aux raids des insurgés et aux risques de contagion du conflit du Darfour.

Lundi, le président a repoussé au 30 avril un premier ultimatum concernant la suspension des opérations d'extraction fixée à ce mardi midi. Il avait fait état d'une offre de médiation du gouvernement américain dont l'un des hauts fonctionnaires du département d'Etat chargés des affaires africaines, Donald Yamamoto, est attendu, d'après des diplomates, en début de semaine prochaine à N'Djamena.

"Les Etats Unis vont se mettre aux négociations pour demander à la banque mondiale de revenir sur sa décision. Si le 30 avril la BM n'a pas lâché, nos allons fermer les ventes", a affirmé Déby.

 

Le Conseil de sécurité condamne l'extension du conflit du Darfour vers le Tchad

Wang Guangya 13 avril 2006 – Dans une déclaration à la presse, le Conseil de sécurité a condamné aujourd'hui toute tentative de prendre le pouvoir par la force au Tchad, ainsi que les récentes attaques contre les camps de réfugiés.

« Les membres du Conseil de sécurité expriment leur profonde préoccupation au regard de la détérioration de la situation au Darfour et des récentes attaques de groupes armés au Tchad », a déclaré aujourd'hui à la presse son président pour le mois d'avril, l'ambassadeur de la Chine Wang Guangya.

« Ce qui se passe au Tchad a un lien direct avec ce qui se passe au Darfour. Ces rebelles viennent du Darfour et c'est la suite d'attaques qui ont lieu en mars et décembre dernier », a-t-il déclaré, affirmant que « les rebelles ont reçu l'appui des milices janjaouites ».

Les milices arabes janjaouites, soutenues par le gouvernement soudanais, sont accusées d'être responsables d'une grande partie des exactions contre les populations du Darfour, dont une partie est réfugiée au Tchad.

« Il est donc possible que ces événements puissent avoir des conséquences sur les pourparlers d'Abuja », a dit l'ambassadeur de la France.

« Les conséquences pourraient aussi conduire à la déstabilisation de la République centrafricaine, puisqu'il semble que les troupes soient passées au Tchad par ce pays », a-t-il aussi déploré.

Interrogé sur la possibilité d'invoquer la 'responsabilité de protéger', principe de droit international adoptée au Sommet mondial de septembre, qui permettrait l'intervention de la communauté internationale lorsqu'un pays ne pourrait pas ou ne voudrait pas protéger sa propre population, Jean-Marc de la Sablière a indiqué que le Darfour était aujourd'hui au « premier plan du programme de travail du Conseil de sécurité ».

 

Darfour : Kofi Annan "satisfait" de la décision de l'Union africaine de remplacer sa mission par une force de l'ONU

10 mars 2006 – « Nous sommes satisfaits de la décision annoncée à Addis Abeba, où l'Union africaine (UA) semble avoir convenu de l'expansion et de la transition de sa force à une opération de maintien de la paix des casques bleus de l'ONU », a déclaré aujourd'hui le Secrétaire général, à l'issue d'un déjeuner de travail avec les membres du Conseil de sécurité.

« Nous avons aussi débattu de la nécessité d'accélérer le processus de paix à Abuja », a indiqué Kofi Annan, lors d'une rencontre avec la presse rappelant que le Conseil de sécurité en inviterait bientôt le médiateur, Salim Salim, à New York.

L'Union africaine et le gouvernement soudanais avaient récemment fait connaître leurs réticences envers le projet de remplacer l'actuelle Mission de l'Union africaine (MUAS) par une opération plus musclée des Nations Unies, demandée par le Secrétaire général.

Le Secrétaire général avait en effet plaidé en février pour l'envoi d'une force plus importante, plus robuste et plus mobile que l'actuelle force de l'UA, déployée en 2004, qui compte actuellement 7.000 hommes.

Dans la foulée, le Conseil de sécurité avait demandé au Secrétaire général d'étudier « différentes options » dans la perspective d'une transition (dépêche du 13.01.06).

Interrogé sur l'opposition exprimée récemment par le gouvernement soudanais au déploiement d'une telle force, le Secrétaire général a souligné que l'ONU n'irait « nulle part en forçant son chemin ».

Kofi Annan a souhaité aussi pouvoir travailler avec l'UA et le gouvernement soudanais « pour garantir la sécurité au Darfour, qui permettrait aux travailleurs humanitaires de poursuivre leurs travaux ».

Citant les entraves à l'aide humanitaire, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a annoncé hier qu'il était contraint de réduire de moitié ses opérations au Darfour.

Le Secrétaire général s'est par ailleurs déclaré préoccupé par les menaces proférées à l'encontre de son Représentant spécial, Jan Pronk, et contre les travailleurs humanitaires au Soudan.

« Je suis encouragé par les mesures prises par le gouvernement, qui a arrêté deux des personnes auteur des menaces », a-t-il dit, précisant que cela signifiait que les autorités prenaient la question au sérieux.

Kofi Annan a enfin confirmé que les préparatifs d'une opération de maintien de la paix au Darfour se poursuivaient à l'ONU et que certaines des forces déjà sur le terrain « changeraient de casquette ».

Le Secrétaire général a réitéré son appel aux pays donateurs à renforcer leur soutien à la MUAS. « On ne peut se permettre ni de laisser un vide entre l'opération de l'UA et celle des Nations Unies, ni de laisser la situation se détériore », a conclu Kofi Annan.

 

Soudan : citant les entraves à l'aide humanitaire, le HCR réduit de moitié ses opérations au Darfour

9 mars 2006 – Alors que se poursuivent les négociations en vue de l'envoi d'une opération de maintien de la paix au Darfour, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés a annoncé aujourd'hui une réduction de 44% du budget de ses opérations dans la région en raison de la détérioration des conditions de sécurité, qui limite considérablement son action.

« L'insécurité grandissante au cours des derniers mois a contraint, en janvier dernier, les Nations Unies à imposer à son personnel sur le terrain des restrictions de mouvement », déplore le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) dans un communiqué publié aujourd'hui à Genève.

Le HCR a lancé un nouvel appel de fonds pour le Darfour, tout en révisant ses exigences à baisse, passant de 33 millions de dollars à 18,5 millions de dollars pour l'année 2006.

« Compte tenu de l'accès limité à certaines zones, et à la réduction du personnel sur le terrain, le HCR a été forcé à réduire son opération au Darfour de près de moitié, tout en essayant de garder une certaine dose de flexibilité », ajoute le communiqué.

« Les conditions de l'assistance humanitaire au Darfour sont pires que jamais » a affirmé aujourd'hui Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU, lors d'une conférence de presse donnée à New York pour le lancement du Fonds central d'intervention d'urgence (CERF).

« On nous tire dessus, on nous pille, on nous détourne » a déploré le Secrétaire général adjoint, précisant que si l'on s'attendait à ce que la situation s'améliore avec l'entrée des ex-rebelles du Sud du Soudan au gouvernement, c'était loin d'être le cas.

En outre, le Secrétaire général a indiqué aujourd'hui, lors d'un point avec la presse à New York, être en consultation avec l'Union africaine et le gouvernement soudanais pour les préparatifs visant à remplacer la Mission de l'Union africaine au Darfour par une opération de maintien de la paix des Nations Unies.

Kofi Annan a indiqué qu'il avait abordé la question notamment avec le chef du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine. Dans le cadre de sa tournée en Afrique la semaine prochaine, le Secrétaire général s'entretiendra avec le président de la République du Congo, Denis Sassou-Nguesso, qui assume actuellement la présidence de l'Union africaine.

Alors que se poursuivent les exactions contre la population civile dans cette région de l'Ouest du Soudan, l'envoi d'une opération de maintien de la paix fait désormais l'objet de fortes réticences de la part du gouvernement soudanais, comme de l'Union africaine elle-même, avait informé le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk.

Ce dernier était aujourd'hui à Paris pour participer à une réunion de la Banque mondiale sur le Soudan, a indiqué le porte-parole du Secrétaire général, Stéphane Dujarric, lors de son point de presse quotidien, au siège de l'ONU, à New York.

Jan Pronk s'était rendu en début de semaine au Caire, où il s'était entretenu avec le ministre égyptien des Affaires étrangères et le secrétaire général de la Ligue des États arabes.

 

Khartoum rejette catégoriquement l'idée d'une force de l'ONU ou de l'OTAN au Darfour, selon Jan Pronk

28 février 2006 - A New York pour rendre compte de la situation sur le terrain, l'envoyé de l'ONU au Soudan a indiqué aujourd'hui que le gouvernement du Soudan avait pris fermement position, au mois de février, contre le déploiement d'une force des Nations Unies au Darfour et qu'il rejetait, plus encore, des troupes de l'OTAN qui seraient assimilées à une " invasion ".

" Le gouvernement du Soudan a pris fermement position, dans le courant du mois de février, contre le remplacement d'une force de l'ONU par une force de l'Union africaine (UA.). Et c'est nouveau ", a rapporté Jan Pronk, Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, lors d'une conférence de presse donnée aujourd'hui au siège de l'ONU à New York, à l'issue de consultations à huis clos avec les membres du Conseil de sécurité.

" Le gouvernement craint que ce transfert ne soit un complot qui amènera le Soudan à la même situation que l'Iraq ", a expliqué le Représentant.

" Le climat à Khartoum devient de plus en plus anti-ONU. Il y a des menaces, des avertissements ", a-t-il mis en garde. " Ils parlent de recolonisation, d'invasion, d'impérialisme, d'un complot contre le monde arabo-musulman ", a-t-il précisé.

Le Secrétaire général avait plaidé, le mois dernier, pour l'envoi d'une force plus importante, plus robuste et plus mobile que l'actuelle force de l'UA, déployée en 2004, qui compte actuellement 7000 hommes (dépêche du 23.01.06). Dans la foulée, le Conseil de sécurité avait demandé au Secrétaire général d'étudier " différentes options " dans la perspective d'une transition.

Selon Jan Pronk, les autorités soudanaises sont aussi fermement opposées au déploiement d'une force dominée par l'OTAN récemment proposée par le président des Etats-Unis George W. Bush. " Si on parle d'une force de l'OTAN plutôt que d'une force de l'ONU, ce sera vu par les Soudanais comme le début de l'Iraq ", a-t-il estimé.

Une telle force serait " un désastre assuré ", a-t-il insisté. " Les gens commenceraient un Djihad contre elle ", a-t-il ajouté.

Dans de nombreuses régions du Darfour, les forces armées soudanaises, appuyées par les miliciens, continuent d'attaquer les populations civiles du Darfour, de violer les femmes, de piller et de brûler les villages, a répété Jan Pronk.

" Quelque 300 personnes ont été tuées au Darfour depuis le 1e décembre ", a-t-il précisé, rappelant que " selon l'UA, les milices à cheval, suivies de voitures de l'armée, attaquent les villages ".

Le conflit qui fait rage au Darfour depuis trois ans a déjà provoqué le déplacement de deux millions de personnes et, au total, trois millions de personnes, soit la moitié de la population de la région, ne survivent que grâce à l'aide internationale.

Dans son exposé à la presse, Jan Pronk a aussi rappelé que seul " un bon accord de paix " au Darfour, discuté actuellement entre les parties à Abuja, permettrait à une éventuelle force de l'ONU de " maintenir la paix " dans la région. Il a également estimé qu'il serait nécessaire d'avoir une confirmation de la décision prise le 2 février dernier par le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine, soutenant la transition d'une force de l'UA à une force de l'ONU.

" Il semble que l'UA reconsidère sa décision ", a indiqué le représentant.

" Le Soudan a envoyé des délégations dans plusieurs pays pour plaider sa cause à savoir le maintien de la force de l'UA et non son remplacement par une force de l'ONU ", a-t-il fait remarquer.

Enfin, Jan Pronk a souhaité la tenue d'une conférence internationale où la communauté internationale s'engagerait à fournir des ressources pour que les troupes de l'UA puissent rester sur le terrain pour jusqu'à ce que la transition soit possible - probablement à la fin de l'année.

 

Attaques, viols et pillages continuent au Darfour, selon la mission de l'ONU au Soudan

23 février 2006 – Selon la Mission des Nations Unies au Soudan, les forces armées soudanaises, appuyées par les miliciens, continuent d'attaquer les populations civiles du Darfour, de violer les femmes, de piller et de brûler les villages, a rapporté aujourd'hui le porte-parole du Secrétaire général.

« Selon la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS selon son acronyme anglais), quatre villages du Nord du Darfour ont été aujourd'hui attaqués, des soldats auraient pillés et brûlés les maisons et violé une femme », a rapporté aujourd'hui Stéphane Dujarric, porte-parole du Secrétaire général, lors de son point de presse quotidien, au siège de l'ONU à New York.

« L'UNMIS a reçu des informations selon lesquelles les forces armées, appuyées par les miliciens, ont attaqué un village situé dans le nord de la région. Ils s'en sont pris à la place du marché et détruit l'alimentation en eau, tuant au passage de nombreux animaux », avait informé hier le porte-parole.

« D'autres informations font état d'une attaque contre un second village, Al Amin, situé dans le nord du Darfour, où la place du marché a été mise à sac et des huttes brûlées », indiquait encore Stéphane Dujarric.

« En outre, un véhicule de l'Union africaine a été volé lundi par des hommes armés non identifiés », ajoutait-il.

« Dans de nombreuses régions du Darfour, les meurtres et les viols continuent et les gens fuient par milliers. Il y a aujourd'hui 2 millions de déplacés et 3 millions de personnes, soit la moitié de la population du Darfour, ne survivent que grâce à l'aide internationale. Bien des endroits deviennent trop dangereux pour que les agents humanitaires puissent s'y aventurer », avait rappelé le Secrétaire général le 25 janvier dernier.

Constatant que les forces de l'Union africaine sont trop peu nombreuses sur le terrain - 5.000 soldats et 2.000 policiers et observateurs militaires pour un territoire de la taille du Texas – pour protéger la population, le Secrétaire général avait plaidé pour « le passage d'une force de l'Union africaine à une opération des Nations Unies au Darfour ».

Répondant à cet appel, le Conseil de sécurité avait demandé au Secrétaire général, le 3 février dernier, d'établir un plan d'urgence présentant diverses options dans la perspective d'une transition de la mission de l'Union africaine au Darfour à une opération des Nations Unies.

 

samedi 18 février 2006, 4h26

George W. Bush se prononce pour un rôle de l'OTAN au Darfour

TAMPA, Floride (AP) - Le président américain George W. Bush a estimé vendredi qu'il faudrait "probablement doubler" la force internationale déployée dans la province soudanaise du Darfour pour solutionner la crise et s'est prononcé en faveur d'une participation de l'OTAN.

Les Nations unies se préparent à envoyer des Casques bleus et à prendre le contrôle de la force de l'Union africaine, composée de 7.000 hommes, qui n'a pas réussi à endiguer la violence au Darfour.

Le conflit qui sévit dans cette vaste région de l'ouest du Soudan a fait plus de 180.000 morts et deux millions de déplacés depuis 2003. Le gouvernement de Khartoum est accusé d'avoir lancé des milices arabes, les janjawid, contre les populations civiles noires de la région. Un cessez-le-feu a été conclu en avril 2004 mais il n'est pas respecté.

"La stratégie visait à encourager les troupes de l'Union africaine à essayer d'apporter un peu de sécurité à ces pauvres gens", a déclaré George W. Bush vendredi à Tampa (Floride). "L'effort était noble mais n'a pas atteint son objectif".

Pour le chef de la Maison Blanche, une mission efficace devra être placée "sous l'intendance de l'OTAN", qui serait chargée de la planification et de la coordination des opérations. AP

 

Les grandes puissances devront jouer leur rôle pour stopper le carnage au Darfour

9 février 2006 – Pour répondre au mandat que donnera le Conseil de sécurité à la future force des Nations Unies au Darfour, les grandes puissances devront fournir des troupes bien entraînées et des équipements de premier ordre, a affirmé aujourd'hui le Secrétaire général, estimant que le Soudan pourrait accepter l'entrée de troupes non africaines.

« Si le Conseil de sécurité nous demande de nous déployer sur le terrain – et nous en sommes au stade des préparatifs – nous nous attendons à le faire avec une force totalement différente de celle de l'Union africaine et avec un concept d'opérations totalement différent », a déclaré aujourd'hui le Secrétaire général lors d'une rencontre avec la presse à New York.

« Les forces de l'Union africaine ont accompli un travail noble et courageux. Elles n'ont pas eu les effectifs qui auraient été requis pour une région de la taille du Darfour [à peu près la taille de la France]. Elles n'ont pas eu de soutien logistique. Elles n'ont pas eu la mobilité, tant au sol que dans les airs, nécessaire pour couvrir une région de cette taille », a-t-il rappelé.

Kofi Annan a souhaité une force des Nations unies, que le Conseil de sécurité lui a demandé de préparer, « très mobile sur le terrain », « une force capable de sillonner le terrain grâce à des jeeps et des véhicules blindés de transports de troupes ».

« Elle devra aussi avoir des équipements aériens tactiques capables de se rendre sur le terrain lors d'un appel au secours, pas d'arriver une fois que le mal est fait, et capable d'envoyer aux milices le message qu'elle peut répondre, qu'elle est partout et qu'elle sera là à temps pour les empêcher d'intimider et de tuer des civils innocents », a-t-il réclamé.

« Mais une telle force exigera la participation de gouvernements disposant de troupes très bien entraînées et équipées. Il ne sera pas facile pour les grandes puissances qui disposent de ces armées de déléguer à des pays du tiers-monde. Elles devront jouer leur rôle si nous voulons stopper le carnage au Darfour », a affirmé le Secrétaire général.

Les grandes puissances devront « fournir des troupes et de l'équipement », ou « nous aider à en trouver pour mettre en œuvre le mandat qu'elles nous donneront », a-t-il insisté.

Interrogé sur le risque qu'une nouvelle « guerre sainte » ne soit lancée au Soudan, pays islamique, si des pays occidentaux envoyaient des troupes sur le terrain, le Kofi Annan a confirmé que cette possibilité avait été soulevée dans le pays.

« C'est pourquoi il faut travailler avec le gouvernement du Soudan. L'Union africaine doit nous aider à convaincre le gouvernement que nous venons pour maîtriser la situation, et non pas en tant que force d'invasion ou de combat », a-t-il expliqué.

« Nous avons déjà sur le terrain des experts et des troupes qui n'appartiennent pas à la région pour aider les forces de l'Union africaine, avec le consentement du gouvernement soudanais. Je ne crois pas qu'il soit impossible qu'ils autorisent au Darfour une force de l'ONU comportant des troupes qui ne soient pas africaines », a-t-il précisé.

Le Secrétaire général a confirmé par ailleurs qu'il soulèverait la question lors de sa prochaine visite à Washington auprès du président des Etats-Unis George W. Bush.

 

Le Conseil de sécurité demande au Secrétaire général de préparer une force de l'ONU au Darfour

Conseil de sécurité 3 février 2006 – Le Conseil de sécurité a demandé aujourd'hui au Secrétaire général, par la voie d'une déclaration présidentielle, d'établir « sans retard » un plan d'urgence présentant diverses options dans la perspective d'une transition de la mission de l'Union africaine au Darfour à une opération des Nations Unies.

« Ce plan devrait prévoir une approche intégrée et unifiée » et « une utilisation maximale des ressources existantes de la Mission de l'Union africaine au Darfour (MUAS) et de la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS selon son acronyme anglais) sous réserve de l'accord des pays qui fournissent des contingents », a déclaré aujourd'hui au nom de ses 15 membres le président du Conseil de sécurité pour le mois de février, l'ambassadeur des Etats-Unis John Bolton, lors d'une séance consacrée à la situation au Soudan.

Le Conseil demande par ailleurs au Secrétaire général « une évaluation, à confirmer par le Conseil, des tâches clefs à réaliser dans le Sud-Soudan et au Darfour en vue d'affecter et de redéployer dans toute la mesure possible les hommes et les équipements en place ».

Enfin, les préparatifs devront conduire le Secrétaire général à envisager, dès que possible, un examen de la structure actuelle de l'UNMIS, « y compris en matière de commandement et de contrôle et de logistique, en vue d'y apporter les ajustements nécessaires pour utiliser au mieux les ressources disponibles lorsque l'Union africaine aura jugé possible et acceptable le passage à une mission des Nations Unies ».

« Le Conseil interviendra tout au long de ce processus », indique la déclaration.

En attendant, « le Conseil souligne combien il importe de continuer d'appuyer fermement la MUAS jusqu'à ce que la transition éventuelle soit menée à terme ».

Le 25 janvier dernier, le Secrétaire général avait estimé dans une tribune au « Washington Post » que « le passage d'une force de l'Union africaine à une opération des Nations Unies au Darfour » était « désormais inévitable », affirmant que « pour que la transition se déroule bien, le Conseil de sécurité » devait « rapidement prendre une décision ferme ».

« Cela étant dit, il ne faudrait surtout pas s'imaginer qu'il suffira, pour régler la crise, de placer l'actuelle mission de l'Union africaine sous le drapeau de l'ONU », prévenait par ailleurs le Secrétaire général.

« La nouvelle opération devra avoir un mandat clair et vigoureux qui l'autorise à protéger ceux qui sont en danger, en recourant à la force si nécessaire, et disposer des moyens de le faire. Il faudra donc qu'elle soit plus étoffée, plus mobile et nettement mieux équipée que la MUAS », expliquait Kofi Anann.

En attendant, précisait le Secrétaire général, « la mission de l'Union africaine doit être maintenue et renforcée » car « il faudrait des mois à l'ONU pour déployer une telle opération ».

Sur le plan politique, le Conseil de sécurité a insisté à nouveau aujourd'hui sur « l'importance qu'il y a à conclure d'urgence les négociations d'Abuja » sur le Darfour, et lance un appel à toutes les parties afin qu'elles négocient de bonne foi pour parvenir dès que possible à un accord de paix.

« Il réaffirme, dans les termes les plus énergiques, la nécessité pour toutes les parties au Darfour de mettre fin à la violence et aux atrocités et exige de toutes les parties au conflit au Darfour qu'elles coopèrent pleinement avec la MUAS et s'acquittent de toutes les obligations qu'elles ont contractées », conclut le Conseil de sécurité.

Le 12 janvier 2006, le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine avait annoncé sa décision d'appuyer, en principe, l'idée que la Mission de l'Union africaine au Soudan passe le relais à une opération des Nations Unies, et de prier le Président de la Commission de l'Union africaine d'engager des consultations avec l'ONU et d'autres parties prenantes sur la question.

Le 13 janvier dernier, le Représentant spécial avait plaidé devant le Conseil de sécurité pour le déploiement d'une force « beaucoup plus importante » dans la région, qui serait « en mesure de prévenir les attaques contre les civils et de désarmer les milices janjaouites », responsables des pires atrocités (voir notre dépêche du 13 janvier 2006).

« Notre stratégie de paix a échoué au Darfour », avait estimé Jan Pronk.

 

Aucune amélioration de la situation des droits de l'homme au Soudan, selon un rapport du HCDH

27 janvier 2006 – Un an après la signature de l'Accord de paix global entre le gouvernement soudanais et les rebelles sudistes qui devait garantir les libertés fondamentales, la situation des droits de l'homme ne s'est pas améliorée au Soudan, a dénoncé le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH) dans un rapport publié aujourd'hui (voir dans notre rubrique ONU et Darfour ci-dessus ; note de l'IDRP)

« Les efforts destinés à améliorer la situation des droits de l'homme au Soudan restent éloignés des engagements pris, à la suite de la signature, il y a un an, de l'accord de paix », a estimé aujourd'hui le HCDH, dans un communiqué publié à Genève, à l'occasion de la parution d'un rapport sur l'évolution de la situation des droits de l'homme au cours des six derniers mois.

« Les efforts destinés à améliorer la situation sur le terrain restent éloignés des espoirs soulevés. Même si certaines réformes requièrent encore du temps pour être appliquées et pourront apporter des changements positifs dans un futur proche, d'autres initiatives n'ont été que superficiellement mises en oeuvre et de manière inadéquate », déplore le HCDH.

« Ceci est particulièrement vrai au Darfour, souligne le Haut Commissariat, où l'Accord de paix global, la constitution intérimaire et d'autres mesures politiques positives ont été ombragées par un système judiciaire inefficace, un conflit qui se poursuit et les nombreuses violations des droits l'homme ».

« A Khartoum, les allégations de torture par la Sécurité nationale, les Services de renseignement militaires les fonctionnaires de police ont été rapportés », accuse encore le rapport.

« L'absence de garanties de procès justes aussi bien que les conditions de détention inhumaines sont source de graves préoccupations », ajoute le communiqué.

Les conclusions du rapport sont basées sur des enquêtes menées sur le terrain et des informations collectées auprès des victimes, des témoins et des autorités gouvernementales.

Le rapport contient des recommandations pour « aider le gouvernement du Soudan à mettre fin à la culture de l'impunité qui règne dans le pays » et notamment à « mettre en place un système judiciaire à la fois suffisamment financé et véritablement réformé ».

Le HCDH appelle aussi le gouvernement soudanais « à cesser les attaques contre les civils » dans la région du Darfour et « à désarmer les milices » janjaouites qui commettent les pires atrocités.

Dans une tribune publiée mercredi dans le « Washington Post », le Secrétaire général affirmait que la dégradation de la situation au Darfour est telle que le passage d'une force de l'Union africaine à une opération des Nations Unies est désormais inévitable.

Kofi Annan appelait le Conseil de sécurité, jugé « sur la sellette », à « rapidement prendre une décision ferme ».

Notre stratégie de paix a échoué au Darfour », avait affirmé, le 13 janvier dernier, le représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk.

Devant le Conseil de sécurité, Jan Pronk plaidait aussi pour le déploiement d'une force « beaucoup plus importante » dans la région du Darfour, qui serait « en mesure de prévenir les attaques contre les civils et de désarmer les milices janjaouites ».

L'Accord de paix global, qui mettait fin à 21 de guerre civile entre le gouvernement et la rébellion sudiste, avait été signé le 9 janvier 20005 à Nairobi. La guerre civile a fait au total 1,5 millions de morts.

 

Darfour : le Secrétaire général appelle toutes les parties à cesser les hostilités

27 janvier 2006 – Préoccupé par le regain considérable de violence dans la région de Jebel Marra, au Darfour, en particulier par les violents combats observés dans les zones de Golo et de Shearia, le Secrétaire général a appelé toutes les parties à cesser immédiatement les hostilités.

« Le Secrétaire général est profondément préoccupé par le regain considérable de violence dans la région de Jebel Marra, au Darfour, en particulier par les violents combats observés dans les zones de Golo et de Shearia, qui ont contraint les agences humanitaires à quitter les lieux », indique un message transmis aujourd'hui par son porte-parole.

Dans son message, le Secrétaire général a aussi condamné « l'attaque perpétrée à Golo par les forces de l'Armée de libération du Soudan et appelle toutes les parties à cesser immédiatement les hostilités ».

Il a enfin réitéré « son appel à toutes les parties au conflit pour qu'elles respectent les accords et les dispositions du droit humanitaire international ».

« Seul un règlement négocié permettra de trouver une solution durable à ce conflit », a insisté le Secrétaire général.

Dans une tribune publiée mercredi dans le « Washington Post », le Secrétaire général affirmait que la dégradation de la situation au Darfour est telle que le passage d'une force de l'Union africaine à une opération des Nations Unies est désormais inévitable.

Kofi Annan appelait le Conseil de sécurité, jugé « sur la sellette », à « rapidement prendre une décision ferme »

 

Darfour : l'ONU évacue le personnel humanitaire pris dans des affrontements

26 janvier 2006 – La Mission des Nations Unies au Soudan a évacué aujourd'hui sept de ses membres basés à Sharia, au Sud-Darfour, ainsi que 36 membres d'une ONG du village de Daya, y compris les victimes d'un accident d'hélicoptère survenu hier alors qu'il portait secours au personnel pris dans un affrontement entre rebelles et forces gouvernementales.

« La Mission des Nations Unies au Soudan a évacué sept de ses membres basés à Sharia, au Sud-Darfour, vers Nyala, à la suite de combats entre le groupe rebelle de l'Armée de libération du Soudan et les forces gouvernementales ». « Les combats continuent », a déclaré aujourd'hui la porte-parole de la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS selon son acronyme anglais).

L'UNMIS a indiqué par ailleurs que le bilan de l'accident d'hélicoptère intervenu hier à Daya, s'établissait à un mort, une membre de l'organisation non gouvernementale GOAL.

Les autres passagers n'ont pas subi de blessures graves et les blessés ont été traités à l'hôpital d'Al Fasher.

Cet hélicoptère s'était écrasé hier avec à son bord trois membres d'équipage et 13 membres d'organisations non gouvernementales, peu de temps après son envol, dans le village de Daya, situé dans le Darfour occidental.

L'hélicoptère avait été envoyé pour évacuer les membres de l'ONG GOAL à la suite des affrontements opposant forces gouvernementales et membres de l'Armée de libération du Soudan.

L'UNMIS affirme aujourd'hui avoir évacué les 36 membres de l'ONG vers Al Fasher.

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk, avait appelé hier toutes les parties au conflit au Darfour – et en particulier les mouvements rebelles– à faire preuve de retenue et à permettre aux travailleurs humanitaires de se déplacer librement.

Son appel faisait suite à une attaque perpétrée par le groupe rebelle de l'Armée de libération du Soudan contre un convoi de 80 camions dans le nord du Darfour, incident au cours duquel une vingtaine de policiers soudanais ont trouvé la mort.

Dans une tribune publiée hier dans le « Washington Post », le Secrétaire général affirmait que la dégradation de la situation au Darfour est telle que le passage d'une force de l'Union africaine à une opération des Nations Unies est désormais inévitable (voir notre dépêche du 25 janvier 2006).

Il y appelait le Conseil de sécurité à « rapidement prendre une décision ferme ».

 

Darfour : Jan Pronk plaide pour le déploiement d'une force "beaucoup plus importante"

Jan Pronk 13 janvier 2006 – Reconnaissant que « notre stratégie de paix a échoué au Darfour », le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan a plaidé aujourd'hui pour le déploiement d'une force « beaucoup plus importante » dans la région, qui serait « en mesure de prévenir les attaques contre les civils et de désarmer les milices janjaouites », responsables des pires atrocités.

« Il n'y a toujours pas de paix au Darfour. La poursuite de la violence, des assassinats, des viols et des violations des droits de l'homme ne constituent pas seulement une tragédie pour le peuple du Darfour mais une violation des exigences contenues dans les résolutions du Conseil de sécurité », a déclaré aujourd'hui Jan Pronk, Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan et Chef de la Mission préparatoire des Nations Unies au Soudan (MINUS), lors d'une séance publique au Conseil de sécurité sur la situation au Soudan.

« Les parties au Darfour ont échoué et le délai fixé au 31 décembre pour parvenir à un accord de paix est passé sans que personne n'y prête attention. Il semble que les parties ont perdu le sens de l'urgence », a-t-il fait.

« Elles parlent mais n'obtiennent pas de résultats et l'on se demande si elles se préoccupent vraiment du sort de plus de deux millions de personnes vivant dans les camps de réfugiés », a-t-il ajouté.

Le Représentant spécial a souhaité que les parties au Darfour s'inspirent du processus qui a conduit à la signature de l'Accord de paix global entre le Sud et le Nord, dont le point de départ a été la mise en place du cessez-le-feu.

Il a estimé par ailleurs que que l'Union africaine (UA) avait accompli un travail remarquable mais qu'elle a subi un manque de ressources et de moyens considérables pour prévenir les attaques.

La situation dans le Darfour est chaotique, a-t-il poursuivi, la terreur continue de régner et les réfugiés ne font plus confiance à personne.

En conséquence, Jan Pronk a estimé qu'il fallait déployer une force « beaucoup plus importante » sur le terrain.

« Un telle force ne doit pas être en attente mais intervenir là où les individus sont menacés. Cette force doit être solide et en mesure de se défendre et prévenir les attaques contre les civils et de désarmer les milices janjaouites qui auraient dû être désarmées par le gouvernement soudanais », a-t-il expliqué.

« Ceci n'a pas été fait malgré les demandes contenues dans les résolutions du Conseil de sécurité », a-t-il relevé.

« Cette force élargie devrait rester sur le terrain suffisamment longtemps pour instaurer la confiance, au moins trois à quatre ans après la conclusion d'un accord de paix », a encore dit Jan Pronk.

Trois années de violence et de « nettoyage » dans le Darfour montrent clairement que « notre stratégie de paix a échoué », a-t-il conclu. « La responsabilité ultime revient aux auteurs de ces crimes mais nous devons faire plus pour les arrêter et mettre un terme à l'impunité ».

Hier, le Secrétaire général avait annoncé que les Nations Unies envisageaient le déploiement d'une force de réaction rapide sur le terrain, qui serait plus puissante que celle de l'UA. Elle disposerait « d'équipements sophistiqués » et « d'un soutien aérien » (voir notre dépêche d'aujourd'hui).

Dans sa résolution 1593, adoptée le 31 mars dernier, le Conseil de sécurité avait décidé de déférer au Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) la question du Darfour depuis le 1er juillet 2002.

Dans des résolutions précédentes, le Conseil de sécurité avait exigé du gouvernement du Soudan qu'il désarme des milices arabes Janjaouites et qu'il mette fin à l'impunité. Il avait aussi imposé au Soudan un embargo sur les armes et imposer des sanctions individuelles – gel des avoirs et interdiction de voyager – aux belligérants.

Le conflit, qui rage au Darfour depuis février 2003, a déjà provoqué la mort de plus de 70.000 civils et le déplacement de près de deux millions de personnes.

 

jeudi 5 janvier 2006, 19h56 

La guerre civile menace l'Est du Soudan, selon un rapport du ICG

NAIROBI (Reuters) - Le différend entre Khartoum et les rebelles de l'est du Soudan pourrait dégénérer en une guerre civile aux effets dévastateurs pour la population civile soudanaise, juge l'International Crisis Group (ICG).

Un an après la conclusion d'une paix pour le Sud-Soudan entre le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS) et le gouvernement soudanais, le Soudan demeure le théâtre d'une guerre civile au Darfour et d'un conflit larvé dans l'Est.

A en croire l'ICG, le retrait prévu de 3.000 combattants du MPLS ce mois-ci de zones aux mains des rebelles du Front de l'est a pris du retard et pourrait être reporté à mars.

Lorsque les combattants du MPLS seront partis, une lutte risque de s'engager pour le contrôle de l'est du pays, poumon économique. L'inconnue est selon l'ICG la façon dont Khartoum va alors réagir.

"On peut craindre le pire, vu la brutalité dont a fait preuve le gouvernement dans sa gestion de la rébellion au Darfour, dans le Sud et dans les monts Nuba", a déclaré David Mozersky, un expert de l'ICG, en présentant jeudi un rapport sur l'Est du Soudan.

"Je pense qu'ils auront pour politique de prendre pour cibles les civils qu'ils considèrent complices des rebelles."

Si les rebelles ne sont que 2.000, ils ont selon Mozersky la capacité de perturber l'activité économique de la zone, au niveau de Port Soudan, seul port du pays, de l'oléoduc acheminant le brut soudanais ou des mines d'or.

Une guerre ne manquerait en outre pas d'avoir de graves conséquences pour les livraisons d'aide humanitaire pour des populations durement touchées.

Selon l'ICG, il appartient au SPLM d'effectuer une médiation entre les rebelles de l'est, ses anciens alliés, et le gouvernement central. Des négociations sont prévues ce mois-ci en Libye.

 

Nous ne sommes toujours pas à l'abri d'un génocide au Darfour, affirme Juan Mendez

11 octobre 2005 Le Conseiller spécial pour la prévention des génocides, a rendu compte hier à la presse de sa dernière visite au Darfour où il a constaté que la situation s'était gravement détériorée et que les populations n'étaient toujours pas à l'abri d'un génocide ou « d'un deuxième génocide », alors que certains membres du Conseil de sécurité ont refusé de l'écouter.

S'exprimant d'abord sur la question de la protection des civils, Juan Mendez, Conseiller spécial du Haut Commissariat aux droits de l'homme pour la prévention des génocides, a souhaité rappeler hier, lors d'une conférence de presse donnée à New York, « deux épisodes sans précédent dans la région », « deux attaques intervenues dans des camps de personnes déplacées, l'une au Darfour Ouest, l'autre au Darfour Nord », causant la mort d'une trentaine de civils dans les deux cas.

« Dans le premier cas, les assaillants sont entrés dans les camps à cheval. Dans l'autre, ils sont arrivés avec des camions appartenant à l'armée soudanaise », a précisé Juan Mendez.

« Jusqu'à maintenant, la situation dans ces camps était dangereuse, les femmes étaient violées si elles en sortaient, il y avait beaucoup d'abus à l'intérieur, mais il n'y avait eu aucune attaque massive contre des civils », a-t-il insisté.

" Il y a une escalade de la violence contre les civils », a-t-il constaté à l'issue d'une visite de cinq jours sur le terrain.

Sur le plan de l'assistance humanitaire, a continué le Conseiller pour la prévention des génocides, beaucoup de progrès ont été réalisés depuis un an. Mais, a-t-il nuancé, au cours des deux derniers mois, il a été très difficile pour les organisations non gouvernementales d'apporter de l'aide aux populations et, plus particulièrement, dans le Darfour Ouest.

« On a compté 12 attaques contre le personnel humanitaire au cours des deux derniers mois », a-t-il indiqué.

Si la violence continue à s'intensifier au Darfour, les 11 000 travailleurs humanitaires qui portent secours à plus de 2,5 millions de personnes ne pourront pas maintenir leurs opérations, avait prévenu, le 28 septembre dernier, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires.

Face à l'impunité qui continue de prévaloir au Darfour, Juan Mendez a tenu à rappeler que pour tous les Etats, « la coopération avec la Cour pénale internationale n'était plus une question de choix ».

Depuis que le Conseil de sécurité a renvoyé l'affaire à la CPI, chaque Etat a l'obligation de coopérer avec la Cour, a-t-il rappelé.

Le Conseil de sécurité avait en effet voté le 31 mars dernier la résolution 1593 qui saisit la CPI des crimes contre l'humanité commis au Darfour.

« Le gouvernement du Soudan, qui fait comme s'il n'avait pas besoin de la CPI, a mis en place ses propres tribunaux. Nous observons les premiers jugements, rendus par la cour spéciale que le gouvernement soudanais a créé, et nous sommes très déçus par le fait que cette cour traite d'affaires complètement secondaires, qui n'ont rien à voir avec ce qui s'est passé pendant le pic du conflit en 2003-2004 », a rapporté le Conseiller.

Concernant le processus de paix, Juan Mendez a regretté que les représentants de toutes les communautés ne soient pas présents lors des pourparlers qui ont repris à Abuja le 15 septembre denier et qu'il n'y ait pas de distinction faite entre ceux qui ont perpétré les atrocités et les autres.

Répondant à une question sur le refus de plusieurs membres du Conseil de sécurité - Etats-Unis, Russie, Chine et Algérie – d'entendre le compte rendu de sa visite, le Conseiller a déclaré qu'il était rentré de sa mission avec un message urgent, qu'il avait remis un rapport au Secrétaire général, qu'il lui avait dit qu'il souhaitait exposer la situation au Conseil de sécurité et que le Secrétaire général avait soumis sa demande aux membres du Conseil.

Juan Mendez a expliqué que les recommandations de son rapport étaient dans la même ligne que celles qu'il avait faites au Secrétaire général un an plus tôt, à l'issue de sa première visite au Darfour.

Dans son rapport, le Conseiller recommande notamment de renforcer la présence de l'Union africaine (UA) sur le terrain en lui donnant véritablement les moyens d'agir, à savoir les hommes, le matériel et l'argent nécessaire pour opérer sur le terrain.

Il faut aussi lui donner un mandat plus précis, mieux définir là où les hommes de l'UA qui sont censés protéger les civils du Darfour doivent se poster. « Le mandat n'est pour l'instant pas assez précis », a-t-il regretté.

« Nous demandons à l'UA de mener une tâche qui est impossible à remplir si nous ne l'aidons pas plus », a-t-il encore dit.

Il faut aussi renforcer la pression sur le gouvernement du Soudan pour qu'il cesse de restreindre la liberté de mouvement des troupes de l'UA.

Il en va donc, selon Juan Mendez, à la fois de la responsabilité du gouvernement du Soudan mais aussi de la communauté internationale.

A un journaliste qui lui demandait pourquoi il avait émis des recommandations similaires alors que la situation s'était détériorée depuis lors, ce qui montrait que les recommandations n'étaient forcément les bonnes, le Conseiller a rappelé que grâce à certaines des recommandations déjà mises en œuvre, des développements favorables étaient intervenus au cours de l'année.

Il a aussi dit que la majorité des recommandations n'avaient pas été appliquées et que c'est pourquoi les choses n'avaient pas fonctionné comme souhaité.

En septembre 2004, Juan Mendez avait rendu compte au Conseil de la situation, après avoir effectué une visite avec Louise Arbour, Haut Commissaire au droits de l'homme, et émis un certain nombre de recommandations pour éviter que le situation ne se détériore pas.

« A l'heure actuelle, nous ne sommes pas près d'empêcher un génocide ou d'empêcher qu'il ne se reproduise de nouveau, selon le point de vue que l'on adopte », a déclaré Juan Mendez, faisant référence au fait que pour certains – le gouvernement américain notamment -, il y a eu génocide au Darfour – et que pour d'autres, les preuves d'un génocide ne sont pas rassemblées.

« Nous pourrions non pas arriver à une situation similaire à celle du Rwanda mais retourner à la situation qui prévalait au Darfour en 2003-2204, ce qui est suffisamment grave », a-t-il encore affirmé.

Concernant le Darfour, le Secrétaire général avait demandé à la Commission d'enquête internationale sur les violations des droits de l'homme perpétrées au Soudan de déterminer s'il y avait eu génocide au Darfour. Après avoir mené une enquête minutieuse, la Commission avait conclu à de graves violations des droits de l'homme mais elle n'a pas pu déterminer l'intention de détruire tout ou partie d'une communauté définie par sa race ou religion. Elle a renvoyé cette question à la CPI, a-t-il précisé.

Le rapport de la Commission d'enquête, publié le 28 février dernier, avait confirmé que le gouvernement soudanais et les milices Janjaouites avaient commis des crimes contre l'humanité.

Juan Mendez a terminé son intervention en indiquant que les milices Janjaouites n'avaient toujours pas été désarmées comme le Conseil de sécurité l'avait demandé pendant des mois et des mois. « Il n'y a même pas de plan adopté pour désarmer les Janjaouites. D'ailleurs, plus personne ne parle des Janjaouites », a-t-il rappelé.

« Je suis convaincu que ces milices sont très organisées, liées avec le gouvernement du Soudan, et qu'elles sont toujours opérationnelles. Si elles n'opèrent pas de manière aussi cruelle qu'elles le faisaient en 2003-2004, c'est justement parce que certaines des mesures recommandées ont été appliquées », a-t-il conclu.

Après l'Envoyé de l'ONU au Soudan, puis le Secrétaire général, le Conseil de sécurité, dans une déclaration à la presse de son président, ont condamné le 10 octobre dernier le regain de violence au Darfour, dont les plus récentes sont le fait de deux groupes rebelles.

« Manifestement l'impunité continue à prévaloir au Darfour », avait déjà affirmé Juan Mendez, à l'issue de sa visite au Soudan.

 

Darfour : les travaux d'enquête de la CPI ont commencé, indique son Procureur au Conseil de sécurité

29 juin 2005 Compétente au regard des crimes commis au Darfour, la Cour pénale internationale, qui a ouvert une enquête officielle le 1er juin dernier, a déjà bien entamé ses travaux, notamment en établissant des accords de coopération avec le gouvernement soudanais et l'Union africaine, a indiqué aujourd'hui le Procureur de la Cour au Conseil de sécurité. Il a aussi appelé au soutien du Conseil dans ses efforts.

« Le renvoi de la situation au Darfour à la CPI fait intervenir une composante juridique internationale, indépendante et impartiale dans les efforts collectifs internationaux et régionaux pour mettre fin à la violence au Darfour », a estimé ce matin Luis Moreno Ocampo, Procureur de la Cour pénale internationale, lors d'un exposé devant le Conseil de sécurité.

Le Conseil de sécurité a renvoyé au Procureur de la CPI la situation au Darfour par sa résolution 1593 (2005) du 31 mars 2005. Cette résolution appelle le Soudan et toute autre partie au conflit au Darfour à coopérer avec la Cour.

Présentant un tableau des activités de la Cour depuis qu'elle a été saisie, Luis Moreno Ocampo a commencé par rappeler que la CPI était bien compétente pour examiner la situation dans le pays.

Lorsque le Procureur est saisi d'une situation, le Statut lui impose d'effectuer un examen préliminaire, afin de déterminer s'il y a une base raisonnable pour ouvrir une enquête.

Pour prendre sa décision, le Procureur doit s'interroger sur la compétence de la Cour et sur la recevabilité, notamment au regard de la gravité des crimes commis et du fait que des procédures seraient ou non véritablement engagées sur le plan national en relation avec l'affaire en question.

Il prend en compte en outre l'intérêt de la justice : après prise en compte la gravité du crime et des intérêts des victimes, il peut subsister des raisons sérieuses de considérer qu'une enquête ne servirait pas les intérêts de la justice.

Au regard de ces critères, Luis Moreno Ocampo a indiqué aujourd'hui « qu'il existe une quantité suffisante d'informations crédibles révélant la commission de crimes graves commis au Darfour relevant de la compétence de la Cour ».

« Ces crimes comprennent le meurtre de milliers de civils, la destruction et le pillage à grande échelle de villages, conduisant au déplacement d'environ 1,9 millions de civils. Les conditions de vie résultant de ces crimes ont conduit à la mort de dizaine de milliers de personnes du fait de la maladie et de la famine, en particulier chez les plus vulnérables, à savoir les enfants, les malades et les personnes âgées. Les informations révèlent aussi un schéma répété de viols et de violence sexuelle », a-t-il rappelé.

S'agissant des procédures pénales engagées au niveau national, le Procureur de la Cour a déterminé que leur absence conduisait à la compétence de la CPI. L'examen de ce critère est constamment réactualisé, a-t-il souligné, précisant que son Bureau le réévaluerait en fonction de l'évolution de la situation au niveau national.

« Compte tenu de tous ces facteurs, j'ai ouvert, le 1er juin 2005, une enquête liée aux crimes commis au Darfour », a déclaré Luis Moreno Ocampo, qui a précisé que depuis lors le gouvernement du Soudan avait communiqué des informations concernant la création d'un nouveau tribunal spécial pour juger les responsables de crimes commis au Darfour.

Se tournant vers les activités de la Cour depuis l'ouverture de l'enquête, le Procureur a rappelé que la résolution 1593 du Conseil de sécurité imposait à toutes les parties de coopérer pleinement avec la CPI.

Outre des réunions exploratoires menées à La Haye avec les autorités soudanaises, une délégation de la CPI s'est rendue à Addis Abeba pour finaliser un accord de coopération avec l'Union africaine (UA). Luis Moreno Ocampo avait rencontré en mai dernier le président du Nigeria et président de l'UA, Olesegun Obasanjo. Au cours de cet entretien, le Procureur avait reconnu l'importance des « mécanismes traditionnels de justice et de réconciliation ».

D'autres contacts sont mis en place avec la Ligue arabe qui joue aussi un rôle pour mettre fin au conflit au Darfour.

Au plan technique, la Cour poursuit activement ses préparatifs de recrutement du personnel et de planification des stratégies juridiques, en mettant l'accent sur des mesures pour assurer la protection des victimes et des témoins, et pour la préservation des éléments de preuve. La CPI garde aussi l'attention sur les crimes qui continuent d'être commis.

« Dans les prochaines semaines, mon Bureau requerra la coopération du gouvernement du Soudan et d'autres parties au conflit au Darfour », a conclu Luis Moreno Ocampo, indiquant que l'engagement du Conseil de sécurité serait vital à cet égard.

 

Soudan : le Procureur de la Cour pénale internationale ouvre officiellement une enquête sur le Darfour

6 juin 2005 Après une analyse minutieuse, le Procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno Ocampo, a conclu que les conditions fixées dans le Statut du tribunal pour l'ouverture d'une enquête étaient réunies, à savoir l'existence de crimes de guerre ou de crimes contre l'humanité, donnant ainsi suite au renvoi adressé par le Conseil de sécurité.

Avant de parvenir à la décision d'ouvrir d'une enquête sur les crimes commis au Darfour, le Procureur a « reçu les archives documentaires de la Commission internationale d'enquête sur le Darfour, recueilli des milliers de documents et consulté plus de 50 experts indépendants », indique un communiqué de la Cour pénale internationale  publié aujourd'hui à La Haye.

« L'enquête sera impartiale et indépendante, et s'intéressera principalement aux personnes portant la responsabilité pénale la plus lourde concernant les crimes commis au Darfour », indique le communiqué.

« Pour les besoins de l'enquête, il sera nécessaire d'obtenir la coopération durable des autorités nationales et internationales. Cette coopération s'inscrira dans le cadre d'un effort collectif venant compléter les initiatives de l'Union africaine et d'autres organisations visant à mettre fin à la violence au Darfour et à promouvoir la justice. Les mécanismes traditionnels africains peuvent constituer un complément important à ces efforts, et permettre d'obtenir la réconciliation locale », a déclaré le Procureur, Luis Moreno Ocampo.

Dans le cadre de son enquête sur les crimes commis dans le nord de l'Ouganda, le Procureur de la CPI avait déjà évoqué l'importance que pouvait revêtir « les processus de réconciliation en cours et de la justice traditionnelle ».

Le Procureur invite par ailleurs « toutes les parties prenantes à fournir à son Bureau les renseignements, les éléments de preuve et le soutien pratique nécessaires à l'exécution de son mandat ».

La CPI a compétence à l'égard des crimes graves, sanctionnés par le droit international, commis sur le territoire d'États parties ou par des ressortissants d'États parties. En outre, la Cour a compétence à l'égard de situations concernant tout État, lorsque celles-ci lui sont renvoyées par le Conseil de sécurité de l'ONU en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations Unies, rappelle le communiqué.

« Lorsque le Procureur est saisi d'une situation, le Statut lui impose d'effectuer un examen préliminaire, afin de déterminer s'il y a une base raisonnable pour ouvrir une enquête. Aux fins de cette analyse, le Procureur peut rechercher des renseignements auprès d'États, d'organes de l'ONU, d'organisations intergouvernementales et non gouvernementales, ou d'autres sources dignes de foi ».

Pour prendre sa décision, le Procureur doit s'interroger sur la compétence de la Cour et sur la recevabilité, notamment au regard de la gravité du crime et du fait que des procédures seraient ou non véritablement engagées sur le plan national en relation avec l'affaire en question.

Il prend en compte en outre l'intérêt de la justice : après prise en compte de la gravité du crime et des intérêts des victimes, il peut subsister des raisons sérieuses de considérer qu'une enquête ne servirait pas les intérêts de la justice.

Le Conseil de sécurité a renvoyé au Procureur de la CPI la situation au Darfour par sa résolution 1593 (2005) du 31 mars 2005. Cette résolution appelle le Soudan et toute autre partie au conflit au Darfour à coopérer avec la Cour.

La résolution invite également la Cour et l'Union africaine à examiner ensemble des modalités pratiques susceptibles de faciliter les travaux du Procureur et de la Cour, et notamment à envisager que les procédures se tiennent dans la région.

La Commission internationale d'enquête sur le Darfour a été établie par Kofi Annan, en octobre 2004. Dans le rapport qu'elle a présenté aux Nations Unies en janvier 2005, elle a indiqué qu'il y avait des raisons de croire que des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre avaient été commis au Darfour, et a recommandé le renvoi de la situation à la CPI.

 

Darfour : le Secrétaire général appelle l'OTAN et l'UE à l'aide

14 février - Le Secrétaire général a appelé hier l'OTAN et l'Union européenne à apporter au plus vite une aide concrète à l'Union africaine pour mettre fin à la tragédie du Darfour et rappelé que les capacités de l'Union africaine en matière de sécurité restaient dérisoires au regard de l'ampleur du problème.

« Même avec l'aide de l'ONU, de l'Union européenne, des États-Unis et d'autres donateurs, les capacités de l'Union africaine en matière de sécurité restent dérisoires au regard de l'ampleur du problème » au Darfour, la province de l'Ouest du Soudan, a déclaré le Secrétaire général dans un discours prononcé dimanche 13 février à Munich, lors la 41e Conférence annuelle sur la sécurité internationale.

« Chaque jour qui passe voit mourir des personnes dont nous n'avons pas assuré la protection », a rappelé Kofi Annan.

« Des mesures supplémentaires doivent être prises d'urgence. Les organisations qui disposent de capacités réelles – comme l'OTAN et l'Union européenne, qui sont largement représentées dans cette conférence – doivent réfléchir sérieusement à l'aide concrète qu'elles peuvent apporter pour mettre fin à cette tragédie », a indiqué le Secrétaire général.

« Nous devons travailler ensemble, en étroite coopération, et établir une stratégie efficace pour mettre fin aux tueries et protéger les plus vulnérables. Ce serait abandonner les populations du Darfour que ne pas agir », a-t-il ajouté.

Le Secrétaire général a également rappelé « qu'au Darfour, une commission d'enquête des Nations Unies avait établi, le mois dernier, que la population civile avait été victime de crimes de guerre, qui pourraient bien constituer des crimes contre l'humanité » et que « le Conseil de sécurité étudiait à présent les dispositions à prendre pour veiller à ce que les auteurs de ces actes répondent de leurs crimes ».

Le Secrétaire général a par ailleurs rappelé que « dans des conditions particulièrement difficiles, l'ONU s'apprêtait à déployer une opération de maintien de la paix dans le sud du Soudan, afin d'appuyer l'accord de paix récemment conclu ».

 

Le lundi 31 janvier 2005

Selon une commission de l'ONU : Crimes contre l'humanité au Darfour mais pas de génocide

Hervé Couturier - Agence France-Presse - New York (Nations unies)

Le gouvernement soudanais et les milices arabes ont commis «de sérieuses violations» de la loi internationale au Darfour, équivalentes à «des crimes de guerre» ou «des crimes contre l'humanité», estime un rapport onusien publié lundi, qui évite toutefois d'utiliser le terme «génocide».

Selon ce rapport d'une commission de l'ONU, créée pour enquêter sur les allégations de massacres et d'autres abus commis au Darfour, il semble que le gouvernement et les milices soudanais n'aient pas commis de génocide mais se soient rendus coupables d'abus généralisés dont la torture, le viol, le meurtre et le pillage de civils.

«La conclusion selon laquelle aucune politique de génocide n'a été poursuivie ni appliquée au Darfour par les autorités du gouvernement, ni directement ni par l'intermédiaire des milices sous leur contrôle, ne doit en aucune façon servir à diminuer la gravité des crimes perpétrés dans la région», souligne le rapport.

La commission onusienne demande au Conseil de sécurité de l'ONU de soumettre immédiatement le cas du Darfour au Tribunal pénal international (TPI), estimant que «de sérieuses violations de la loi internationale sur les Droits de l'Homme et la loi humanitaire (perpétrées) par toutes les parties continuent» dans cette région de l'ouest du Soudan.

Si la commission n'utilise pas le mot «génocide» pour qualifier la situation au Darfour, elle détaille toutefois une série de violations, dont l'échec du gouvernement soudanais à protéger les civils des attaques rebelles, l'usage d'une force disproportionnée et les attaques visant à forcer la population à fuir la région.

Certaines des violences commises mériteraient le qualificatif de «crimes de guerre», et «vu le schéma systématique et répandu de nombre de ces violations, elles équivalent également à des crimes contre l'humanité», estime le rapport.

La commission de l'ONU blâme le gouvernement soudanais pour avoir participé aux attaques et pour complicité avec les milices arabes, tout en accusant les rebelles de violences massives.

«Il n'y avait aucune nécessité militaire justifiant la destruction et la dévastation causées. Les cibles de destruction lors des attaques (...) étaient exclusivement des civils», précise la commission.

Un peu plus tôt lundi, le ministre soudanais des Affaires étrangères avait déclaré que les enquêteurs des Nations unies n'avaient pas établi l'existence d'un génocide au Darfour. «Nous avons une copie du rapport et ils ne disent pas qu'il y a un génocide», avait souligné le chef de la diplomatie soudanaise Mustafa Osman Ismail en marge du sommet de l'Union africaine à Abuja, au Nigeria.

Le gouvernement soudanais et les rebelles du Darfour ont annoncé lundi leur intention de relancer les négociations de paix en février, offrant ainsi une nouvelle lueur d'espoir après trois conférences de la paix et un accord de cessez-le-feu qui n'ont pas suffi à faire taire les armes.

Les Nations unies ont qualifié la situation au Darfour de la pire crise humanitaire du monde, estimant que sur les deux millions de personnes déplacées à cause des exactions, quelque 70 000 sont mortes de faim et de maladies. Des milliers d'autres ont été tuées dans des combats, sans qu'aucun bilan exact ne puisse être dressé.

Voir le rapport sur le Darfour (31 janvier 2005)

 

 

Contributions sur le Darfour :

Pierre Paul Dika (Université de Reims, France) : 

Yves-Jean Gallas (Mouvement de la paix et Collectif Darfour) :

Marc Lavergne :

Patrick Simon, Directeur adjoint de l'IDRP :

Darfour : en Afrique, encore l'odeur du pétrole ( août 2004) 

 

ONU et Darfour

Résolution 1784 du 31 octobre 2007 sur le Darfour et le Soudan

Résolution 1779 du 28 septembre 2007 sur le Darfour

Résolution 1769 du 31 juillet 2007 sur le Darfour

Résolution 1755  : situation au Darfour du 30 avril 2007

Rapport Soudan et Darfour : résolution 1706 du Conseil de sécurité, 31 Août 2006

Rapport de l'ONU sur les enfants soldats au Darfour, 17 août 2006

Rapport Soudan et Darfour du Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH), 27 janvier 2006

Rapport du Secrétaire général de l'ONU sur la situation au Darfour (4 mars 2005)

Résolution 1556 du Conseil de sécurité de l'ONU relative au Darfour (30 juillet 2004)

Site de la mission de l'ONU au Darfour

 

 

Sites utiles

L'actualité sur le site de l'UNHCR (haut commissariat aux réfugiés) : http://www.unhcr.fr/cgi-bin/texis/vtx/news 

Les enfants du Darfour : site Unicef : http://www.unicef.org/french/infobycountry/sudan.html 

Exposition de l'UNICEF sur les enfants du Darfour http://www.viiphoto.com/haviv/darfur/ 

Organisation mondiale de la Santé et Darfour : http://www.who.int/features/darfur/fr/index.html 

La Croix Rouge Internationale et les réfugiés du Darfour : http://www.redcross.int/FR/mag/magazine2005_2/22-23.html 

Dossier Darfour à Radio Canada : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/actualite/nouvelles/200410/26/001-Darfour.shtml

Bureau pour la coordination des actions humanitaires de l'ONU :http://www.irinnews.org/Frenchfp.asp?SelectTheme=Enfants

Dossier spécial Darfour de la Revue Enjeux internationaux